DE SUISSE
Qu’uu flacon captiva, parfume le cristal.
Oh ! oui , je m’en souviens de ces jours pleins d’ivresse. Dont chaque image en foule autour de moi se presse, Comme les flots du lac où nous avons vogué...
De ces mots , de ce rire , et si franc et si gai ,
De cette liberté de tout penser, tout dire,
Liberté sans laquelle on ne peut interdire L’ennui que l’étiquette apporte en un. salon...
Quand je rentre en pensée au fond de ce vallon ,
Où, semblable au fracas d’un tonnerre qui croule,
Le torrent furieux en bondissant se roule ,
Où deux murs de rochers sombres et vaporeux ,
Sur leurs sommets aigus, paraissent vers les cieux Vouloir faire monter un peuple de fantômes ,
Je m’arrête, écrasé sous ces sublimes dômes;
Et le cœur abîmé , du fond de mon néant ,
Je m’écrie : Oh! mon Dieu! que ton pouvoirest grand!... \
Mais quand , le lendemain , de la Schedec sublime , Je me retourne, et quand la distance qui lime,
Lime en rapetissant les choses , me fait voir Ce torrent si fougueux, couché dans un fond noir, Comme un rameau jauni qui tomba du vieux chêne, Ou comme un vermisseau que la torpeur euchaîne, Et qui dort... je comprends... je comprends la grandeur Du Dieu qui , dominant l’immense profondeur,
Voit rouler à ses pieds les soleils et les mondes!
SOIIVKKIII
Je causais avec vous de ces choses profondes;
Et votre cœur ému sentait et répondait ;
Et je m’enrichissais des éclairs qu’il rendait.
Ainsi le feu caché que renferme l’agate.
Qu’on l’excite: soudain il s’échappe, il éclate,
Et de tous ces ravons subits et jaillissants Qui viennent se toucher, se croiser en tout sens ,
Doit bientôt resplendir une vive lumière...
Et nous marchions toujours vers de nouveaux tableaux : Le jour dora les monts... il descendit par flots Sur les pâles replis de leurs robes neigeuses ,
Comme un manteau de pourpre... Aimables voyageuses! Que j’aimais à vous voir, lorsque vous élevant ,
Pour admirer d’en haut, vous vous tourniez souvent !
Kosenloï ! c’est toi ! salut à tes cascades !
Salut à tes glaciers, arrondis en arcades Sur l’abîme ! Cristal limpide et transparent Qui réfléchit le ciel, et l’onde du torrent !
Palais de l’Alhambra ! resplendissante voûte,
Qui, fondant au soleil, s’écoule goutte à goutte !
Et vous ! dans ce vallon, tout brillant de couleurs , Riez, charmante enfant ! jouez avec des fleurs.... Jouez; mais si mon cœur à la mélancolie Se livre, et sur lui-même un instant se replie, Pardonnez... Quand j’ai vu votre pied si léger Sur l’abîme bondir, oublieux du danger,
J’ai frémi... Ce. tableau m’a rappelé la vie,
Le bonheur... cette erreur à jamais poursuivie,