‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 44 sur 108 · DE SUISSE · texte numérisé non relu

DE SUISSE

Ce fragile sentier qui nous porte un matin ,

Et qui croule le soir, sous le pas incertain !...

Encor, si de la route où le hasard assemble,

Les cœurs faits pour s’aimer disparaissaient ensemble. On se consolerait... L’un sur l’autre appuyé.

Le sol serait plus sûr, et moins glissant au pied !... Mais sur l’étroit espace où penchent nos carrières, Le préjugé divise, et jette des barrières Que franchissent à peine un timide regard ,

Ou des mots déguisés sous un voile de fard...

Ornes penscrs! pourquoi vous tourner vers la France?... C’est là que mon cœur aime, aime sans espérance!... Cependant , si le sort m’était moins rigoureux, ' Si je pouvais un jour de mes doigts amoureux Toucher £n frissonnant sa chevelure blonde.

Son cou si blanc, son sein qui I jatte et me réponde... Si, pour mettre le comble à ma félicité,

Iju songe, qui souvent dans mes nuits a flotté, Offrait à mes désirs sa saisissable image....

Si je pouvais aussi mettre à ses pieds l’hommage De l’amour le plus pur, lui plaire, et l’obtenir !... Mais je sens à longs flots la tristesse venir,

Et mon cœur se noyer dans sa mélancolie....

J’oubliais.... ce jour est promis à la folie :

Oh ! partons !... d’autres fleurs orneront le chemin , D’autres bruits saisissants, d’autres vallons... Demain L’Asli doit détailler à nos yeux le spectacle De ses eaux débordant d’un vaste réceptacle :

I?6 SOUVENIR f>F SUISSE.

Près du lac de Brientz nous resterons longtemps...

C’est ainsi que mon cœur revoie vers ce temps ,

Court comme le bonheur ; passé comme un beau rêve , Comme un flot azuré qui vient baiser la grève.

Et se retire après...'

J’ai revu le vieux toit

(Et je ne l’ai pas vu , l’œil sec et le cœur froid)

Où mes sens engourdis commencèrent à vivre...

Une mère... un enfant, dont le regard m’enivre... Mon vieux père... des sœurs... dans mes bras enlacés... Un frère... des amis... Mais ce n’est pas assez,

Hélas! et je me sens toujours un vide à l’âme...

L’illusion du moins m’entoure de sa flamme :

Aux scènes du passé j’assiste, et crois venir;

L’image dans mon cœur reste, et le souvenir Adoucit aujourd’hui ma tristesse, et la trompe.

Ainsi, quand sur les monts, le pâtre de sa trompe Sonne au matin, le son que chaque écho redit,

Du haut des Alpes roule, et cent fois rebondit.

De montagne en montagne il court, et se prolonge, Et dans la longue ivresse où sa douceur la plonge, L’oreille écoute encor, dans son ravissement,

Ce son quand il n’est plus qu’un retentissement!...

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