RETOUR
il jouissait au bruit du torrent qui s’épanche...
Dans l’arrière-saison , à l’heure où le jour penche ,
II écoutait frémir un sublime concert;
De bonne heure il aima le calme et le désert.
Pour les cœurs ainsi faits chanter est une ivresse.
Ils chantent pour jeter un fardeau qui les presse ; Qu’importe s’il s’en va, dispersé par le vent!
Lorsque l’oiseau des mers, qui plane en s’élevant.
Jette au-dessus des flots un cri sourd qui s’y plonge.
Ce n’est pas dans l’espoir que sa voix se prolonge Hors de l’abîme mouvant !
Je t’aime, ô poésie! et toujours pour toi-même;
Je t’aime d’un amour pur d’intérêt; je t’aime,
Comme on aime au village, une fraîche beauté,
Pauvre enfant du hameau, que le sort n’a doté,
En comptant la croix d’or qui vient de sa grand’mère , Que d’un front qui rougit, et de beaux yeux pour plaire!...
Je serais bien ingrat si je ne t’aimais pas !
C’est toi qui m’as servi de soutien et de guide ,
Et tu in’as consolé dans la carrière aride Où trébuchaient mes pas!
Dans le bruit des cités , au sein de la campagne , Partout, partout tu fus ma fidèle compagne;
La teinte de mon âme aussi fut ta couleur,
Et tu t’enveloppas d’ombres et de douleur.
4 LA eoÉSIfi.
Quand inoa sein oppressé se refusait aux la nues,
O poésie ! alors de moi tu t’approchais ,
De ton aile tu me touchais;
Et je pleurais, sentant d’inexprimables charmes. Semblable au rocher nu que Moïse frappa,
Quand soudain de ses flancs entr’ouverts s’échappa Sur les fils de Jacob une écumante pluie !...
Tu sentis avec moi la tristesse qui plie,
Sous les chênes plaintifs tu m’appris à m’asseoir,
Et souvent tu m’as dit, le front sur une tombe,
Ou suivant du regard les nuages du soir,
Comme ici-bas tout passe et tombe !
Ce n’est pas tout encore... un autre souvenir,
Bien cher, doit à tes pieds me faire revenir,
Et doit rendre éternel le lien qui nous lie...
Une lyre timide à l’écart gémissait,
Et le murmure qui dans son sein frémissait,
N’était qu’amour et que mélancolie...
Ce n’est pas que déjà l’épreuve du malheur Eût fait pesants ses jours , et sa vie importune ;
Que ses illusions, tombant une par une,
Comme les feuilles qui s’échappent d’une fleur,
Ou comme les grains d’or d’un collier qu’on dénoue, Jmi montrassent déjà l’ombre et la nudité Que traîne en soi la vie, et ce monde enchanté,
Qui ne vaut même pas le mépris qu’on lui voue!
Bf.TOllB
(kir elle n'avait pas vingt ans: à peine encor la; monde dans son sein avait-il vu cet ange;
Près d’elle à peine avait murmuré la louange ,
Qui chatouille le cœur comme un charmant accord , (Et qui n’est, trop souvent, qu’une ironie amère); Elle ignorait le mal, dans sa simplicité;
Et comme la colombe, aux beaux jours de l’été.
Elle avait pour abri les ailes de sa mère!...
Mais aussi quelque chose en elle étincelait, Mystérieux (lambeau, dont la puissance intime Laisse voir à demi ce monde, qu’on n’estime Qu’illuminé de son reflet.
Et c’était pour cela qu’elle était attristée...
Nulle n’en aurait pu comprendre la raison,
Et là , comme une fleur, seule elle était restée Etrangère dans sa saison !
Alors, ô poésie! alors tu vins près d’elle;
Tu lui dis qu’un jeune homme était bien malheureux , Bien malheureux... puis, qu’il devait être fidèle... Enfin tu dis mon nom...
«... Voilà le chemin creux,
« Où l’homme, aveugle-né qui tâtonne et qui glisse , « Et contre la souffrance incessamment eu lice,
« Traîne ses pas que marque un long sillon de pleurs! « Dans ce triste chemin s’il faut que chacun passe ,
A LA PoésiK.
« L’un sur l’autre appuyés , ahrégcz-en l’espace ,
« Et dans un même flot confondez vos douleurs!... »
Ainsi tu lui disais, divine poésie!
Et celle que mon cœur avait déjà choisie ,
Sourit à la fois et pleura...
O toi, qui me parlais dans mes nuits d’insomnie, Comme à l’homme qui dort vient parler son génie, Toi que jamais en vain mon âme n’implora,
Toi qui m’as tout donné , transports , saintes ivresses , Salutaires pensers... tout , jusqu’à ces tristesses Dont une âme vulgaire ignore les attraits ,
Quand mes regards, cherchant une image chérie, Tous les soirs se tournaient vers le ciel , sa patrie !
O toi , que poursuivait ma jeune rêverie ,
Avec qui , tout petit , j’eus des rapports secrets !
Fille du ciel! beauté plaintive et vaporeuse,
Ne m’abandonne pas dans ma félicité !
Le bonheur coûte trop, si, pour se dire heureuse, L’âme accepte à la fois silence, nullité!...
Oh! reviens! ceins ton front d’une fraîche guirlande; Que le sourire aussi sur ta lèvre descende;
Parfume tes cheveux !
laisse de la douleur les cordes se détendre!
Que ton luth avec moi frémisse et fasse entendiT Des airs mélodieux!
Oh! viens!... Mais si tu n’es qu’un ange qui console,