L.ISBETH
i/ja
Ont osé de l’amour lui tenir le langage,
Et, chauds admirateurs, courtisé ses appas;
Mais tous ils l’ont trouvée incorruptible et sage.
Or, un jour, sur le lac elle ne revint pas,
Jugeant de sou déclin que l’heure était venue,
Et dans ce triste arrêt d’elle-même porté,
Par le monde craignant d’être enfin prévenue.
Car le temps sur sa tête avait déjà noté Dix fois quatre printemps : à cet âge l’on change ! Uisbeth ne revint plus au lac, quand la saison Y ramène la foule, et Lisbeth eut raison.
En renonçant ainsi d’avance à la louange ,
Dont elle eût vu baisser le tribut annuel.
Son cœur est resté pur de haines et de fiel.
Et, comme le soleil, qui traverse le ciel,
Teint le couchant d’un feu dont ne luit plus l’aurore De même pour I âsbeth. Au loin on cite encore Sa beauté, qu’à Brientz frappe déjà l’oubli.
A peine y retient-on, de cet astre pâli.
Un nom , un souvenir, une idée imparfaite;
Et quand les étrangers, dans son humble retraite, Aux habitants du lieu demandent à la voir,
Le pasteur, en mouillant dans son lait son pain noir Tourne de leur côté sa figure hébétée,
Écoute la demande, à deux fois répétée,
Puis en hochant la tête, aux curieux répond Par un mot vague, ou bien un silence profond.
Pourtant, dans son chalet, éloigné du rivage,
L1SBET1I.
Je l’ai vue, et j’ai pu contempler le ravage Du temps qui, sur sa tête, a marqué ses pas lourds. Cette tête , qu’ornait la toque de velours ,
Cette tête charmante, et si fraîche et si blonde,
Qui brillait sur le lac, et se mirait dans l’onde,
Et qui fut admirée, au bord de la Neva ,
Quand près d’elle un murmure en encens s’éleva Chez le Russe engourdi, qui la voit et s’étonne,
Se penche maintenant, comme, aux vents de l’automne. On voit languissamment se pencher une (leur.
Dans ces yeux où brillait cette douce chaleur,
Charme qui se répand sur ce qui l’environne.
Flambeau venu d’en haut à l’homme réjoui,
Flambeau souvent perfide, où l’insecte ébloui Voltige et vient brûler son aile diaphane ,
Dans ces beaux yeux enfin le talisman n’est plus.
Vous que guidait peut-être une attente profane,
Dont l’âme se livrait à des vœux superflus ,
Oh! vous ne verrez rien au terme du voyage:
Lisbeth n’est plus que comme, après un long naufrage, Quelques rares débris, échoués au rivage,
Que comme un mausolée, où le ciseau tremblant A laissé sur le marbre blanc Une imparfaite image.
Caaunterbrounn,
ou
Ça Daller î)u üleurtrr.
.'ü« htood !
Mÿ broihiM-'a and my owb, and »hed bjr ia«!
Bt io».
wmimmx
« lacoubé ne vient pas!... pourtant, par ce chemin,
« Elle doit au hameau retourner ce matin.
« Sur ce rocher désert, assis, je vais attendre...
« Depuis qu’elle a seize ans, lacoubé, froide et tendre, « Semble me rechercher, et me fuir à la fois...
« On dirait qu’un secret l’oppresse comme un poids , « Ou que tous ses pensers sont autant de caprices...:
« Hier j’avais franchi plus de vingt précipices;
« J’avais atteint, moi seul, la cime du glacier.
« Dix chamois, tour à tour, avaient senti l’acier
LAOUNTKRBROUNN.
« Des traits île mon carquois... et, roi de la journée, « J’ai passé sous ses yeux , la tète couronnée.
« Je m’étais dit d’avance, en consultant mon cœur,
« Qu’un sourire, un regard écherrait au vainqueur.
« Non! lacoubé ne m’offre, au retour de la chasse, « Qu’un air embarrassé, qu’un silence de glace!...
« lacoubé! tu m’as fait cruellement souffrir!
« Mais ce mystère obscur, je veux le découvrir,
« Je veux voir lacoubé, seule, sur son passage,
« Lui dire: « Souviens-toi de notre premier âge,
« Iacoid>é! souviens-toi que, dans tes premiers jeux,
« Près des torrents, au pied des sapins orageux,
« Un ami te suivait !... et de ta pauvre mère... u Je t’en conjure, au nom d’une image si chère,
« Parle-moi! Pourquoi donc es-tu changée ainsi? «Parle-moi sans détour! que tout s’oublie ici,
« lacoubé! Par mes pleurs, ne fais pas l’insensible!
« Nous sommes seuls!... »
«Tu mens! dit une voix terrible, « Tu mens! de par l’enfer!... » Iæ chasseur se tourna Du côté que partait la voix , et frissonna.
Un nuage effrayant recouvrait la vallée,
Comme le dernier sceau qui ferme un mausolée; Dans l’ombre, les hiboux, ces esprits de la mort ,