L AOUN TER BROU N
Allaient et revenaient d’un bord à l’autre bord. Chaque roc s’animait en forme sépulcrale.
Des bruits où se mêlait quelque chose qui râle Sortaient d’entre les pins, et s’entendaient souvent; Et d’immenses débris, détachés par le vent, Croulaient en avalanche, aux parois de l’abîme.
Tout semblait respirer et l’horreur et le crime ! ' Comme un monstre écumant que l’orage gonflait , Sur son lit fracassé la Litchêne ronflait !
■< Tu mens! refit la voix, comme un coup de tonnerre;
« Tu ne me comptais pas !...
— «Serait-ce toi, mon frère?
— « Plus de frères, ici! tu n’es que mon rival!
‘ — « Mais je ne savais pas...
— «Tu méconnaissais mal!
a Tu connaissais mal, Fritz! ce qui brûle en mon âme!
« Au large!
— « Ioan! qu'as-tu ? tes yeux lanceut la flamme,
« Ton visage est farouche, et ta voix m’a fait peur!
« Cialme-toi , mon Ioan !
— « Non , au large! ou malheur!
« Malheur à toi, Fritz... fuis! il en est temps eucore!...
« Non!... reste... une pensée en mon sein vient d’éclore « Fritz! des rapports anciens existent entre nous;
l4H » I.AOIlNTFRllROltNPf.
« Car nous Fumes liercés sur les mêmes genoux ,
« Nous suçâmes la vie à la même mamelle,
« Fritz! et le souvenir au même toit nous mêle.
« Veux-tu rester amis, et nous donner la main?
a Quel démou a , dis-moi , soufflé sur ton rhemin ; « loan, tout ce langage a de t|Uoi me surprendre !
« Es-tu fou?
— « Non ! écoute! et tu vas me comprendre.
« Tu le sais déjà, Fritz! la nature, en naissant,
« Ne m’a fait d’un esprit ni doux, ni caressant.
« A mes traits, à ma marche embarrassée et gauche, «Chacun ne voit en moi qu’une grossière ébauche:
« Comme toi , je n’ai pas la grâce et la beauté :
« La noblesse et l’éclat furent de ton côté.
« A moi la force ; à moi cette humeur mâle et sombre;
« Ce cœur où tout se grave, et fermente dans l’ombre. a Fritz!... je suis jaloux!... j’aime avec rage Iacoubé;
« Et l’orgueil de mon front à ses pieds s’est courbé...
— «Que dis-tu! mais a-t-elle écouté ton hommage?...
— « Non! Fritz!... et ce qui fait que je tremble'de rage,
« C’est qu’elle t’aime!
— «Elle! elle!
— «Oh ! ne m’interromps pas!
« Hier, après la chasse, elle a cherché tes pas.
Ï.JOUNTERBRCUJNN. t/j9
« J’avais vu dans son air toute son âme empreinte,
« Flottante, devant moi, de l’amour à la crainte.
« Elle t’avait fait peine, et te suivait, errant.
« Je frémis... et je vins sur le bord du torrent,
« Où je sais qu’elle doit repasser dès l’aurore...
« Et c’est ici qu’en proie au feu qui me dévore,
« Tiraillé de tout sens par des spectres de morts,
« Roulant mille pensers de meurtre et de remords,
« Revenant tour à tour de l’amour à la rage,
« Seul, au milieu du bruit, des vents et de l’orage,
« Derrière le rocher, immobile, et debout,
« J’ai passé cette nuit... Ecoute jusqu’au bout!
« Ce qui me reste à dire est grave et te concerne...
« L’arrêt est immuable!... et le désert nous cerne!
« Fritz! tu fus de l’enfer l’instrument innoccut,
« Et je ne voudrais pas me tremper dans ton sang ;
« Mais dans l’ombre et le vide où mon âme se broie,
« J’ai faim et soif de meurtre, il me faut une proie! « lacoubé va venir! cache la vérité,
« Rappelle sa froideur, feins d’en être irrité.
« Et bravant , à ses cris , la douleur qui te navre ,
« Fais rouler sous tes pieds, et foule son cadavre!.., « Maintenant, Fritz! il faut choisir, de son trépas « üü du tien !... Vois ! je suis armé; tu ne l’es pas...
« J’ai dit... et ma fureur à ce prix se relâche.
— « loan ! tu n’es qu’un fou , si tu n’es pas un lâche!...
— « Fritz! Fritz! que ui’as-tudit ! tu provoques ta fin!... « Sombre 1 .aounterhrouun ! couvre un nouveau Caïn!...