‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 52 sur 108 · L AOUN TER BROU N · texte numérisé non relu

L AOUN TER BROU N

Allaient et revenaient d’un bord à l’autre bord. Chaque roc s’animait en forme sépulcrale.

Des bruits où se mêlait quelque chose qui râle Sortaient d’entre les pins, et s’entendaient souvent; Et d’immenses débris, détachés par le vent, Croulaient en avalanche, aux parois de l’abîme.

Tout semblait respirer et l’horreur et le crime ! ' Comme un monstre écumant que l’orage gonflait , Sur son lit fracassé la Litchêne ronflait !

■< Tu mens! refit la voix, comme un coup de tonnerre;

« Tu ne me comptais pas !...

— «Serait-ce toi, mon frère?

— « Plus de frères, ici! tu n’es que mon rival!

‘ — « Mais je ne savais pas...

— «Tu méconnaissais mal!

a Tu connaissais mal, Fritz! ce qui brûle en mon âme!

« Au large!

— « Ioan! qu'as-tu ? tes yeux lanceut la flamme,

« Ton visage est farouche, et ta voix m’a fait peur!

« Cialme-toi , mon Ioan !

— « Non , au large! ou malheur!

« Malheur à toi, Fritz... fuis! il en est temps eucore!...

« Non!... reste... une pensée en mon sein vient d’éclore « Fritz! des rapports anciens existent entre nous;

l4H » I.AOIlNTFRllROltNPf.

« Car nous Fumes liercés sur les mêmes genoux ,

« Nous suçâmes la vie à la même mamelle,

« Fritz! et le souvenir au même toit nous mêle.

« Veux-tu rester amis, et nous donner la main?

a Quel démou a , dis-moi , soufflé sur ton rhemin ; « loan, tout ce langage a de t|Uoi me surprendre !

« Es-tu fou?

— « Non ! écoute! et tu vas me comprendre.

« Tu le sais déjà, Fritz! la nature, en naissant,

« Ne m’a fait d’un esprit ni doux, ni caressant.

« A mes traits, à ma marche embarrassée et gauche, «Chacun ne voit en moi qu’une grossière ébauche:

« Comme toi , je n’ai pas la grâce et la beauté :

« La noblesse et l’éclat furent de ton côté.

« A moi la force ; à moi cette humeur mâle et sombre;

« Ce cœur où tout se grave, et fermente dans l’ombre. a Fritz!... je suis jaloux!... j’aime avec rage Iacoubé;

« Et l’orgueil de mon front à ses pieds s’est courbé...

— «Que dis-tu! mais a-t-elle écouté ton hommage?...

— « Non! Fritz!... et ce qui fait que je tremble'de rage,

« C’est qu’elle t’aime!

— «Elle! elle!

— «Oh ! ne m’interromps pas!

« Hier, après la chasse, elle a cherché tes pas.

Ï.JOUNTERBRCUJNN. t/j9

« J’avais vu dans son air toute son âme empreinte,

« Flottante, devant moi, de l’amour à la crainte.

« Elle t’avait fait peine, et te suivait, errant.

« Je frémis... et je vins sur le bord du torrent,

« Où je sais qu’elle doit repasser dès l’aurore...

« Et c’est ici qu’en proie au feu qui me dévore,

« Tiraillé de tout sens par des spectres de morts,

« Roulant mille pensers de meurtre et de remords,

« Revenant tour à tour de l’amour à la rage,

« Seul, au milieu du bruit, des vents et de l’orage,

« Derrière le rocher, immobile, et debout,

« J’ai passé cette nuit... Ecoute jusqu’au bout!

« Ce qui me reste à dire est grave et te concerne...

« L’arrêt est immuable!... et le désert nous cerne!

« Fritz! tu fus de l’enfer l’instrument innoccut,

« Et je ne voudrais pas me tremper dans ton sang ;

« Mais dans l’ombre et le vide où mon âme se broie,

« J’ai faim et soif de meurtre, il me faut une proie! « lacoubé va venir! cache la vérité,

« Rappelle sa froideur, feins d’en être irrité.

« Et bravant , à ses cris , la douleur qui te navre ,

« Fais rouler sous tes pieds, et foule son cadavre!.., « Maintenant, Fritz! il faut choisir, de son trépas « üü du tien !... Vois ! je suis armé; tu ne l’es pas...

« J’ai dit... et ma fureur à ce prix se relâche.

— « loan ! tu n’es qu’un fou , si tu n’es pas un lâche!...

— « Fritz! Fritz! que ui’as-tudit ! tu provoques ta fin!... « Sombre 1 .aounterhrouun ! couvre un nouveau Caïn!...

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