LA LÉGENDE
Au bord de l’Italie, en un bourg d’Urserène,
Cette longue vallée, et riante et sereine,
Qui fait du Saint-Gothard oublier la noirceur, Autrefois vivait Fritz. - — Aventureux chasseur,
Sur les Alpes, sautant des rocs aux cimes blanches, 11 faisait à ses pieds rouler les avalanches.
Il aimait le danger qu’il fixait sans effroi ,
Et tous les jeux guerriers d’un pays mâle et froid ,
I70 I.K MONT S’-GOTHAKO.
Dont les enfants encor cherclieut à se repaître. Quand le fifre annonçait une fête champêtre A l’heureux villageois, qui dirige les pas De la beauté qui tourne, et sourit dans ses bras, Fritz aussi se montrait aux danses du village.
De plus d’une conquête il se vantait: volage.
Il admit dans son cœur des caprices d’un jour,
Mais jamais n’y laissa faire un plus long séjour.
Sauf à la vaine gloire, il était insensible...
Alors il se répand qu’un grand tir à la cible Aura lieu dans Altorf , le chef-lieu du canton. Partout on en parlait: la fête, disait- on,
Devait des plus beaux jours effacer la merveille.
Et Fritz bientôt l’apprend, et dans son cœur s’éveille De gloire et de triomphe un immense désir.
Léger et palpitant d’espoir et de plaisir,
Il saisit son mousquet, avec soin l’examine,
Prend la rose des monts, où joyeux il chemine, Enjolive, en marchant, son feutre d’un rameau,
Et vole, accompagné des vœux de son hameau.
A peine a-t-il atteint de la route le faîte.
Qu’il entend retentir une clameur de fête, il arrive. Les monts, de leurs manteaux neigeux, Protégeaient près du lac, le théâtre des jeux.
L’onde réfléchissait la pourpre de l’aurore,
Comme un vaste miroir! et l’on voyait encore Des barques aborder de moment en moment.
D’autres semblaient de loir» s’approcher lentement...
LE MONT S’-GOTHARl).
(Joe haute barrière environnait l’enceinte:
Sous la tente, où d’Altorf brillait l’emblème sainte, La foule circulait en habit des beaux jours,
Et les clameurs allaient, en grossissant toujours... Chaque canton voulait, sans se porter envie , Montrer ce qu’il avait de splendeur et de vie. Comme un signe de paix et de fraternité,
Leurs drapeaux, en faisceau par la brise agité,
L’un à l’autre semblaient se rendre une caresse..-.
Ijes jeux sont commencés : et tous par leur adresse, Brillent, et du point noir le plomb crible Le tour. Fritz enfin pour Altorf se présente à son tour.
11 tient l’arme pesante, en jouant la balance...
Il se fit dans l’enceinte un moment de silence,
Et la foule attentive autour vint se ranger.
Chacun s’intéressait à ce jeune étranger,
Et plus d’un œil de femme, au coup qu’elle combine, Suit la direction que prend sa carabine.
Le coup part en sifflant : le point noir est percé!
Un cri d’étonnement dans les airs est lancé.
Trois fois l’heureux tireur recommença l’épreuve,
Et d’adresse trois fois donna la même preuve !
Des acclamations s’élèvent comme un chœur :
« Triomphe à l’étranger! gloire! gloire au vainqueur!.. »
Fritz radieux reçut la couronne de chêne,
Et les filles d’Altorf formant comme une chaîne Sur leurs hras enlacés portèrent tour à tour,