‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 61 sur 108 · I.E MONT S’-ÊOTH A RI · texte numérisé non relu

I.E MONT S’-ÊOTH A RI

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Le vainqueur qui des jeux fit par deux fois le tour!

Sous la tente, un banquet attendait le jeune bote. L’avoyer lui céda la place la plus haute,

Four qu’on pût à la fois fixer les yeux sur lui.

Car jamais tant d’adresse en Suisse n’avait lui ,

Ni tant d’enthousiasme! et jamais jeunes filles,

Provenant dans Altorf des plus riches familles,

Pour servir un vainqueur, debout à son côté,

N’avaient voulu rester! jamais n’avait flotté

Sur un festin, musique et plus douce et plus pure!

Cependant à l’écart, et dans une encoignure,

Se tenait triste et morne un groupe de vieillards.

Nul ne les observait , et parfois leurs regards Tombaient sur le vainqueur comme à la dérobée.

Baissant le front, et l’âme en secret absorbée,

Ils semblaient redouter d’en dévoiler le fond,

Et gardaient, l’un pour l’autre, un silence profond.

A la fin, plus hardi, hochant sa tête chauve,

L’œil au ciel, l’un d’eux dit à mi-voix: « Dieu me sauve!

« Aux tirs de mon pays j’ai souvent assisté, u Mais un si grand bonheur n’a jamais éclaté,

« Et tant d’adresse, allez ! ne peut venir d’un homme...

« Hum ! au mont Saint-Gothard , et sous le pont qu’on noinim- « Pont du Diable, est un antre, en forme d’entonnoir,

« D’où l’on a vu parfois surgir un démon noir!... »

Et sans contrainte, Fritz à son bonheur se livre, Et dans les vanités, et dans le vin s’enivre.

LE MUHT s'-GOTHAHD.

Et l’on chante à sa gloire un louangeur refrain.

Et quand sa coupe est vide, actives et sans frein ,

Les riantes Hébés l’emplissent à mesure...

Tout à coup dans la foule, en long habit de bure, Et les yeux effarés, un vieillard apparaît...

A son bras étendu, pour bénir toujours prêt,

A son front haut, chacun reconnaît père Antoine,

Et se rangeant autour, livre passage au moine.

Et sa robe en marchant frôle, et dans une main Il tient un crucifix, qu’il élève en chemin...

Droit à la place où Fritz, des mains d’une sirène Prenait sa coupe, il court. « Au hameau d’Urserène, « Hâte-toi, mon fils! va !... Là, sur son lit de mort,

« En proie à la souffrance, au chagrin , au remord , « Avant de consentir à confesser sa faute,

« I .a pauvre Juana te demande à voix haute.

« Va, pars! elle t’attend... de ta célérité « Dépend le sort, mon fils! de son éternité. »

Mais Fritz ne répond pas. L’émotion lui coupe La voix, et de sa main défaillante la coupe Qui s’échappe à ses pieds, d’un flot pourpré les teint. Tout le feu du triomphe est dans ses yeux éteint. Immobile, et le front couvert d’un voile sombre.

Il parut tout à coup voir tournoyer une ombre; Dans son âme troublée une voix bourdonna.

C’était la voix, c'était l’ombre de Juana!...

11 se souvint qu'un soir, sous une longue allée.

Seuls, ils s'étaient perdus au fond de la vallée.

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