‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 74 sur 108 · UX SUISSES · texte numérisé non relu

UX SUISSES

•io6

Retournez, retournez à vos gras pâturages,

Stirvos monts... A vos pieds quand grondent les orages, Quand tout s’ébranle au cri que la France a crié , Demeurez seuls en paix sur vos rochers sublimes ,

Et de la pointe de vos cimes Regardez en pitié,

En pitié vos voisins: dans leur sein qui bouillonue, Un demi-siècle attend une aube qui rayonne,

Mais qu’on n’a vu rougir qu’au sang des nations !

O Suisses ! regardez la France où la parole Est comme l’âme et le symbole Des révolutions !

Ce n’est pas chose aisée, alors qu’on la déchaîne,

De guider l’avalanche au-dessus de la plaine... L’aveugle, sans un bras, doit bientôt s’égarer;

Et le feu qui dormait dans le sein de la terre,

Quand il s’est ouvert un cratère ,

Ne veut plus y rentrer!...

(Ênjelberÿ,

Oli

Cil Xtlontagnf Tire Singes.

O yr» t th«r«‘n a litioa «a pare , »n hright .

Thaï ihe hein* to "hom it ia niTen ,

Malh hathrd in a «en <if livin* lijjht ,

And tbe theme nf thaï tiiloa ia — lien «en:

JUnoae.

;*)'/ f Vj * Jli'irt,

Ausvusmx

La nuit sur la vallée étendait son horreur.

L’ouragan aux cent voix y grondait en fureur.

Et les vents déchaînés , en balayant les cimes, Détachaient les glaçons qui tombaient aux abîmes. Et des bois, emportés avec leurs sols croulants,

D’un mont à l’autre allaient ceindre de nouveaux flancs. Et les torrents roulaient les hêtres centenaires,

Et mêlaient leur voix haute à celle des tonnerres.

EHGELBERG.

La pluie, en clapottant, couvrait de ses réseaux Un chalet qui semblait abîmé sous les eaux ,

Et dans lequel priaient, à la lueur d’un cierge,

Deux femmes à genoux... « Quelle nuit , sainte Vierge! » Disait en se signant , à travers un éclair,

La plus pâle des deux. «Tous les démons dans l’air «Paraissent déchaînés! et, sous la horde immonde,

« Les alpes vont s’ouvrir... Voici la fin du monde...

« Miséricorde, ô Dieu !... »

La veuve encor parlait,

Alors que tout à coup, par un bout du chalet,

Un long sapin , lancé du haut de la colline , S’introduit en sifflant comme une javeline,

Rase sa tête, et sort, en brisant les carreaux ,

Par la fenêtre en face, à travers les barreaux!...

« Ah ! s’écria la vieille , en sa douleur amère ,

« Dieu ne veut pas avoir pitié de nous! — Ma mère! » Dit alors la plus jeune, au front de séraphin,

« Ma mère! à tout ceci nous verrons une fin.

« Pour que d’autres dangers le ciel encor nous sauve, « Prions, prions!.. » La mère, inclinant son front chauve, Reprit son chapelet et se mit à prier...

Soudain la foudre éclate et vient faire crier Du chalet de sapin les bases chancelantes.

La veuve est renversée, et de ses mains tremblantes, Par un pouvoir suprême, elle sent arracher Ix> chapelet rompu qui court sur le plancher!...

ENGEI.BFKG.

ao 9

« Le bon Dieu ne veut pas de moi ! voici la preuve.

Dit la vieille en pleurant. — a Oh! non, c’est uneépreuve, . « Comme en souffrent souvent ceux qu’il aime le plus.

« Parmi les affligés Dieu trouve ses élus!

« Qu’en votre cœur troublé l’espoir vienne renaître !...

« Oh ! je ne vous l’ai pas encore fait connaître : o Depuis qu’à la madone, à l’autel du couvent, a Vous m’avez consacrée, un ange vient souvent:

« Et, laissant dans les airs un lumineux vestige,

« Il s’approche en riant, sur ma tête il voltige,

« Et sa voix a des mots d’une étrange douceur !

« 11 répète qu’il m’aime, il m’appelle sa sœur.

« Avant que l’ouragan , d’une odeur de bitume a Eût rempli le chalet, là, comme de coutume,

« Il murmurait encor des mots mélodieux :

« Son front était plus doux, son œil plus radieux.

« Et puis, il me semblait, sur son aile argeutée,

« Qu’avec lui dans son vol il m’avait emportée...

« le montais , je montais dans le vague des airs :

« Et je montais toujours — et j’entendais des airs « Dont vibraient dans mon cœur les notes frissonnantes...

« O ma mère ! j’ai vu des choses étonnantes !

« Puis, l’ange descendait, vous prenait doucement,

« Et nous nous confondions dans un embrassement!... a Ma mère, vous tremblez! Votre poitrine saute!...

« Allez chercher la Bible, et lisez à voix haute « L’histoire de Tobie, et de l’ange gardien. »

U lu

F.NGF.I.BF.RG.

A sa fille jamais n’ayant refusé rien ,

I,a mère alla tout droit vers une vieille armoire.

De ses hardes tira la grosse Bible noire ,

Puis ouvrant le feuillet, pour la centième fois,

A sa fille elle lut, d’une tremblante voix,

L’histoire , interrompue à chaque éclat de foudre, Menaçant d’écraser, ainsi qu’un grain de poudre .

Le malheureux chalet qui pliait et craquait.

La veuve cependant, que la peur suffoquait ,

Distraite, poursuivait de l’histoire la chaîne,

Et l’horloge étouffée en sa caisse de chêne,

D’une voix sourde et lente avait compté minuit.

Quand trois coups du dehors, frappés à petit bruit , Viennent se faire entendre au milieu de la porte.

— a Qui va là ? » s’écria la vieille à demi morte ,

En laissant échapper le livre de ses mains,

« Et qui peut à cette heure, errer par les chemins « C’est quelque esprit mauvais, quelquedémon, ma fille!...

— « Plutôt un pèlerin qui, loin de sa famille,

« Et surpris par l’orage et par l’obscurité,

« Vous demande un asile et l’hospitalité.

« Au pauvre pèlerin je vais ouvrir, ma mère ! »

Aussitôt à la porte elle courut légère.

ENCELBF.KC..

Page 1