AUX SUISSES
Sur vous domine et vous pressure Sous le poids des impôts?...
C’est vous qui le créez, le pouvoir... chaque année Refond l’autorité de vous seuls émanée,
Et le Lindre, aussi fier dans son humble canton Qu’un sénateur siégeant sur son ivoire à Rome,
Y fait entendre sa voix, comme Fabius ou Caton.
Ah ! gardez, gardez-les, ces mœurs des premiers âges! Qu’une noble fierté brille sur vos visages,
Et conservez toujours votre simplicité!
Car il faut être pur avant que d’être libre,
Si l’on veut garder l’équilibre Une fois arrêté.
Mais quand l’amour de l’or, l’ambition stérile Ont parlé, — quand l’envie, invisible reptile.
Glisse et ronge le cœur, qui saigne sous sa dent , C’en est fait: la discordeaux cent voix crie: aux armes! Et soudain la foule en alarmes Y répond en grondant.
O Suisses! dont l’histoire à la nôtre s’attache,
Que la fin n’en soit pas empreinte d’une tache. Arrachez ce bandeau de votre œil enchanté!
Sortez, quand il est temps, d’une ivresse morbide, Fantôme décevant et vide De votre liberté!