I. 'étranger la pria de ne point y toucher
Et d’un signe invitant Ursule à s’approcher.
Le plaça dans ses mains avec un pur sourire —
Et puis il demanda qu’on se remît à lire.
La veuve se rassit , la Bible dans sa main ,
Et l’inconnu penchant la tête sur son sein,
Ecouta jusqu’au bout l’histoire du bon ange.
Et maintenant prions (pièce temps affreux change!..
KKO.FIBIRC. .
Ils se sont à ces mots agenouillés tous trois Vers lu niche éclairée où pendait une croix:
L’étranger prononça quelques mots d’un langage Que l’on n’entend jamais ici-bas! et l’orage,
A peine eut-il prié, s’arrêta court dans l’air.
Le nuage vers lui rappela son éclair;
Ix* tonnerre et les vents soudain firent silence,
La nuit redevint calme, et du chaos immense Où le monde effrayé paraissait confondu ,
Le ciel, ce pavillon sur nos fronts suspendu,
A l’œil émerveillé sortit bleu de ses voiles,
F.t tout resplendissant de ses milliers d’étoiles!
« O vous , cria la veuve , en restant à genoux,
« Vous à qui le tonnerre obéit, dites-nous « Quel est votre pays, et comment on vous nomme,
« Et si vous n’êtes pas autre chose qu’un homme?... »
Alors l’étranger : « Femme! auparavant je dois « Rendre hommage à celui qui, de l’un de ses doigts,
« Peut ébranler le monde, et commande la foudre!
« Pour qui moi-même et vous nous ne sommes que poudre, « Et devant qui, tombant et plein d’humilité,
« Je crie : A lui seul gloire! et dans l’éternité!
« Ilosanna ! — Ma patrie est bien loin, et ses routes
KNGKLSEftG.
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« \ux pieds découragés échappent presque toutes.
« Mon nom est Azraël... »
Or, pendant qu’il parlait , Ursule l’observait timide. Il lui semblait Que cette voix n’était pas pour elle étrangère.
Elle aurait bien voulu , pauvre fille ! lui faire Beaucoup de questions, mais elle n’osait pas...
U’étranger devinait d’Ursule l’embarras :
Il vint avec douceur s’asseoir à côté d’elle.
« Ursule ! — « Qui vous dit qu’Ursule l’on m’appelle?... — « Ursule!» reprit-il, d’un ton encor plus doux,
« Sachez depuis longtemps que je veille sur vous !
« Et j’ai franchi ce seuil, dans l’orage, à cette heure, « Pour l’unique motif qu’il est votre demeure.
« Ici, pendant trois nuits, je veux faire séjour,
« Et causer avec vous jusqu’au troisième jour.
« Car moi , je vous connais, Ursule! je vous aime;
« Mais je désire aussi que vous m’aimiez de même! »
D’Ursule le front blanc se couvrit de rougeur, Comme on voit d’incaruat s’embellir une fleur.
Elle baissa les yeux , sans faire de réponse.
En ce moment, la veuve à l’étranger annonce Que son lit disposé dans l’alcôve l’attend.
Il se lève, sa main vers Ursule s’étend,
Et de son humble cliambre il a gagné la porte.
KNGKLBERC;.
Comme un fait merveilleux la légende rapporte Que, dans cet instant même, un moine du couvent , Pour veiller et prier, dans la nuit se levant ,
Aperçut devant lui, du fond de sa cellule, Resplendir de clartés la cabane d’Ursule!...
Comment elle passa la nuit, je n’en sais rien :
Tout ce que l’on raconte , et que je sache bien,
C’est que le lendemain, sous sa mante voilée,
La jeune fille encore était toute troublée!
Azraël l’aperçut, il la prit à l’écart,
Et sa voix qu’appuyait le pouvoir du regard ,
En parlant faisait naître une divine flamme Qui brûlait par degrés la vierge au fond de lame. De pavs inconnus il l’entretint longtemps...
« Là, dit-il, plus d’orage... Un suave printemps « Y déploie à jamais ses ailes embaumées !
« Sur des plaines sans borne, et toujours parsemées « D’ombrages et de fleurs d’un éclat radieux,
« Retentissent sans fin des sons mélodieux !
« Là s’enivre le cœur d une indicible extase,
« Et l’immense besoin d’un amour qui s’embrase « Est toujours satisfait et toujours renaissant'...
F.NGELBERG.
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— « C’est étrange, disait Ursule en rougissant.
. « Toutes les nuits j’entends au-dessus de ma couche, « Les mêmes mots sortir d’une céleste bouche...
« Et le bel ange, plus vous voient mes yeux troublés, « Plus je trouve , Azraël, que vous lui ressemblez!... »
— « Ursule! lui dit-il, Ursule! ma chérie!
« Parmi toutes les fleurs dont s’orne ina patrie,
« Aucune pour les yeux n’est plus belle que vous,
« Aucune pour le cœur n’a de parfums plus doux.
« Vous méritez sur vous que l’eau de mon ciel pleuve! « Vous méritez de boire à l’onde de ce fleuve « Qui donne aux habitants de ce diviu séjour « Une vie éternelle, un éternel amour! »
Ursule répondit : « Vous me rendez confuse :
« A ce bonheur si grand mon âme se refuse.
« Mais que suis-je donc moi? pauvre fdle, Azraël !
« La plus faible parmi celles qui vers l’autel ,
« Des hameaux «lu vallon viennent en robe blanche, « Humbles, s’agenouiller, et prendre, le dimanche,
« Ce pain mystérieux que l’on donne au couvent.
« Misérable roseau que peut briser le vent!...
— « C’est votre humilité, jeune fille ! que j’aime,
« Et la modestie est le plus beau diadème
KNC.IIBCRG.
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« Qui puisse couronner une tête ici-bas!
« Dans 111a patrie , Ursule ! on ne recevrait pas « Un ange, s’il avait de son propre mérite « Une trop haute idée, et les places d’élite « Ne se donnent qu’à ceux qui pensent dans leur cœur « En être dignes moins...
— « Oh ! » dit avec candeur Ursule, qui leva ses yeux pleins de surprise,
« Ce n’est pas comme ici ! Je voudrais être admise « Dans ces pays si beaux, mais à condition « D’avoir une place humble et sans distinction !... »
Dans ces épanchements, et bien d’autres encore , Où vibrait d’Azraël la voix douce et sonore,
Qui portaient dans le cœur un charme ravissant , Mais que redirait mal mon langage impuissant. Les heures s’écoulaient: et lorsqu’avec emphase 1 /étranger lui peignait sa patrie, eu extase Ursule l’écoutait.
La mère, à son aspect,
S’éloignait eu tremblant, dans un muet respect. Elle l'aurait voulu bien loin de sa demeure:
Et voyant les larcins qu’il faisait d’heure en heure. Dans le cœur de sa fille, à l’amour maternel ,
Elle aurait désiré se plaindre d’Azraël.
Mais à ce feu divin qui de ses \eux s’élance,
Elle était interdite, et gardait le silence.
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Et le troisième jour, Azraël à l’écart De nouveau prit Ursule, et dit: « De mon départ « Voici l’heure qui vient... mais seul, de cette plage « Je ne partirai pas — vous serez du voyage!
« Prends cette bague, Ursule, en souvenir de moi :
« Qu’en la voyant ton cœur batte d’un saint émoi!
« Le signe de la croix, qu’en dessus elle porte,
« Est doux... de ma patrie il t’ouvrira la porte.
« Et dans ces régions avant de parvenir,
« Par des liens sacres nous devons nous unir!
« Prends ! prends-la, mon Ursule ! et deviens ma fiancée!
— « Oh! non! dit-elle, oh! non!» craignant par la pensée D’avoir déjà souillé la sainteté d’un vœu...
Azraël voyait bien, sans qu’elle en fît l’aveu,
Sa vague inquiétude — il sourit. « Oh! ce trouble « Ajoute à ta beauté, le prix en devient double.
« Sois rassurée: il est, dans mon pays lointain,
« Une femme qui luit des splendeurs du matin.
« Des rayons enflammés forment son diadème.
« Son trône se confond dans le trône suprême ,
« Et, débordant d’amour et de ravissement, u Dans l'extase sans nom d’un saint épanchement , «On la voit incliner, rayonnante et sereine,
a I 8 KNGELBRMG.
« Sur le sein du Très-Haut sa tête souveraine!
« Ursule! ce soleil qui fait naître les fleurs,
«Qui sans fin de la terre aspire tous les pleurs,
« Cette reine adorable et pour qui tout s’accorde,
« Ce gage de pardon et de miséricorde,
« Cette femme enfin, c’est une vierge!
• Son œil ,
« Qui plonge des hauteurs, sait découvrir le seuil « Où , pleurante et honteuse, et de peur qu’on ne sache a Toute sa nudité, la misère se cache! —
« Elle soutient la veuve, adopte l’orphelin.
« Mais dejoie et d’amour tout son cœur se sent plein, « Quand elle voit d’en haut, dès leur adolescence,
« De jeunes fronts voués comme elle à l’innocence.
« Elle brûle soudain de les voir partager « Son bonheur infini. Je suis son messager!
« C’est moi qui viens ici cueillir ces jeunes plantes ,
« Et porter doucement leurs tiges chancelantes « Dans ces jardins heureux que rien ne peut flétrir,
« Où pour toujours, Ursule! elles vont refleurir!...
« Or, notre reine à tous, cette vierge des vierges n Te regardait, Ursule! à la lueur des cierges,
.< Quand on te consacrait au pied de son autel.
« Alors en souriant elle dit: Azraël !
« Va chercher cette fleur pour orner mon royaume! « Pour charmer ici l’œil , et répandre son baume !
Ursule! me voilà!
ENGELUFRG.
« Vierge ! réjouis-toi ,
« Et dans une pieuse ivresse embrasse-moi !
« Car nous allons quitter ensemble cette terre « Qui ne peut vous offrir, quand votre sein s’altère , « Que des sources sans goût , eaux froides du torrent! « Que brûle le soleil de son feu dévorant ,
« Que glacent en hiver les frimas et la neige ,
« Et qu’ébranle, en passant, le funèbre cortège « Des foudres, des éclairs, de la pluie, et du vent!
« Ce soir, sur la montagne, à pied nous élevant,
« Nous partirons de là, pour une autre contrée!...
— « Ma mère viendra-t-elle ? Oh ! de moi séparée ,
« Elle serait en proie à des chagrins cuisants,
« Et supporterait mal le lourd fardeau des ans.
« Que ferait-elle, hélas! par moi non soutenue?...
— « L’heure de son départ n’est pas encor venue.
« Mais dès que le moment pour elle aura sonné ,
« Alors j’arriverai. Puis, sur elle incliné ,
« De paroles de paix, soutenant sa vieillesse,
« Ursule ! je promets d’adoucir sa tristesse !
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