‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 76 sur 108 · I. 'étranger la pria de ne point y toucher · texte numérisé non relu

I. 'étranger la pria de ne point y toucher

Et d’un signe invitant Ursule à s’approcher.

Le plaça dans ses mains avec un pur sourire —

Et puis il demanda qu’on se remît à lire.

La veuve se rassit , la Bible dans sa main ,

Et l’inconnu penchant la tête sur son sein,

Ecouta jusqu’au bout l’histoire du bon ange.

Et maintenant prions (pièce temps affreux change!..

KKO.FIBIRC. .

Ils se sont à ces mots agenouillés tous trois Vers lu niche éclairée où pendait une croix:

L’étranger prononça quelques mots d’un langage Que l’on n’entend jamais ici-bas! et l’orage,

A peine eut-il prié, s’arrêta court dans l’air.

Le nuage vers lui rappela son éclair;

Ix* tonnerre et les vents soudain firent silence,

La nuit redevint calme, et du chaos immense Où le monde effrayé paraissait confondu ,

Le ciel, ce pavillon sur nos fronts suspendu,

A l’œil émerveillé sortit bleu de ses voiles,

F.t tout resplendissant de ses milliers d’étoiles!

« O vous , cria la veuve , en restant à genoux,

« Vous à qui le tonnerre obéit, dites-nous « Quel est votre pays, et comment on vous nomme,

« Et si vous n’êtes pas autre chose qu’un homme?... »

Alors l’étranger : « Femme! auparavant je dois « Rendre hommage à celui qui, de l’un de ses doigts,

« Peut ébranler le monde, et commande la foudre!

« Pour qui moi-même et vous nous ne sommes que poudre, « Et devant qui, tombant et plein d’humilité,

« Je crie : A lui seul gloire! et dans l’éternité!

« Ilosanna ! — Ma patrie est bien loin, et ses routes

KNGKLSEftG.

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« \ux pieds découragés échappent presque toutes.

« Mon nom est Azraël... »

Or, pendant qu’il parlait , Ursule l’observait timide. Il lui semblait Que cette voix n’était pas pour elle étrangère.

Elle aurait bien voulu , pauvre fille ! lui faire Beaucoup de questions, mais elle n’osait pas...

U’étranger devinait d’Ursule l’embarras :

Il vint avec douceur s’asseoir à côté d’elle.

« Ursule ! — « Qui vous dit qu’Ursule l’on m’appelle?... — « Ursule!» reprit-il, d’un ton encor plus doux,

« Sachez depuis longtemps que je veille sur vous !

« Et j’ai franchi ce seuil, dans l’orage, à cette heure, « Pour l’unique motif qu’il est votre demeure.

« Ici, pendant trois nuits, je veux faire séjour,

« Et causer avec vous jusqu’au troisième jour.

« Car moi , je vous connais, Ursule! je vous aime;

« Mais je désire aussi que vous m’aimiez de même! »

D’Ursule le front blanc se couvrit de rougeur, Comme on voit d’incaruat s’embellir une fleur.

Elle baissa les yeux , sans faire de réponse.

En ce moment, la veuve à l’étranger annonce Que son lit disposé dans l’alcôve l’attend.

Il se lève, sa main vers Ursule s’étend,

Et de son humble cliambre il a gagné la porte.

KNGKLBERC;.

Comme un fait merveilleux la légende rapporte Que, dans cet instant même, un moine du couvent , Pour veiller et prier, dans la nuit se levant ,

Aperçut devant lui, du fond de sa cellule, Resplendir de clartés la cabane d’Ursule!...

Comment elle passa la nuit, je n’en sais rien :

Tout ce que l’on raconte , et que je sache bien,

C’est que le lendemain, sous sa mante voilée,

La jeune fille encore était toute troublée!

Azraël l’aperçut, il la prit à l’écart,

Et sa voix qu’appuyait le pouvoir du regard ,

En parlant faisait naître une divine flamme Qui brûlait par degrés la vierge au fond de lame. De pavs inconnus il l’entretint longtemps...

« Là, dit-il, plus d’orage... Un suave printemps « Y déploie à jamais ses ailes embaumées !

« Sur des plaines sans borne, et toujours parsemées « D’ombrages et de fleurs d’un éclat radieux,

« Retentissent sans fin des sons mélodieux !

« Là s’enivre le cœur d une indicible extase,

« Et l’immense besoin d’un amour qui s’embrase « Est toujours satisfait et toujours renaissant'...

F.NGELBERG.

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— « C’est étrange, disait Ursule en rougissant.

. « Toutes les nuits j’entends au-dessus de ma couche, « Les mêmes mots sortir d’une céleste bouche...

« Et le bel ange, plus vous voient mes yeux troublés, « Plus je trouve , Azraël, que vous lui ressemblez!... »

— « Ursule! lui dit-il, Ursule! ma chérie!

« Parmi toutes les fleurs dont s’orne ina patrie,

« Aucune pour les yeux n’est plus belle que vous,

« Aucune pour le cœur n’a de parfums plus doux.

« Vous méritez sur vous que l’eau de mon ciel pleuve! « Vous méritez de boire à l’onde de ce fleuve « Qui donne aux habitants de ce diviu séjour « Une vie éternelle, un éternel amour! »

Ursule répondit : « Vous me rendez confuse :

« A ce bonheur si grand mon âme se refuse.

« Mais que suis-je donc moi? pauvre fdle, Azraël !

« La plus faible parmi celles qui vers l’autel ,

« Des hameaux «lu vallon viennent en robe blanche, « Humbles, s’agenouiller, et prendre, le dimanche,

« Ce pain mystérieux que l’on donne au couvent.

« Misérable roseau que peut briser le vent!...

— « C’est votre humilité, jeune fille ! que j’aime,

« Et la modestie est le plus beau diadème

KNC.IIBCRG.

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« Qui puisse couronner une tête ici-bas!

« Dans 111a patrie , Ursule ! on ne recevrait pas « Un ange, s’il avait de son propre mérite « Une trop haute idée, et les places d’élite « Ne se donnent qu’à ceux qui pensent dans leur cœur « En être dignes moins...

— « Oh ! » dit avec candeur Ursule, qui leva ses yeux pleins de surprise,

« Ce n’est pas comme ici ! Je voudrais être admise « Dans ces pays si beaux, mais à condition « D’avoir une place humble et sans distinction !... »

Dans ces épanchements, et bien d’autres encore , Où vibrait d’Azraël la voix douce et sonore,

Qui portaient dans le cœur un charme ravissant , Mais que redirait mal mon langage impuissant. Les heures s’écoulaient: et lorsqu’avec emphase 1 /étranger lui peignait sa patrie, eu extase Ursule l’écoutait.

La mère, à son aspect,

S’éloignait eu tremblant, dans un muet respect. Elle l'aurait voulu bien loin de sa demeure:

Et voyant les larcins qu’il faisait d’heure en heure. Dans le cœur de sa fille, à l’amour maternel ,

Elle aurait désiré se plaindre d’Azraël.

Mais à ce feu divin qui de ses \eux s’élance,

Elle était interdite, et gardait le silence.

I NCELBF.RO.

Et le troisième jour, Azraël à l’écart De nouveau prit Ursule, et dit: « De mon départ « Voici l’heure qui vient... mais seul, de cette plage « Je ne partirai pas — vous serez du voyage!

« Prends cette bague, Ursule, en souvenir de moi :

« Qu’en la voyant ton cœur batte d’un saint émoi!

« Le signe de la croix, qu’en dessus elle porte,

« Est doux... de ma patrie il t’ouvrira la porte.

« Et dans ces régions avant de parvenir,

« Par des liens sacres nous devons nous unir!

« Prends ! prends-la, mon Ursule ! et deviens ma fiancée!

— « Oh! non! dit-elle, oh! non!» craignant par la pensée D’avoir déjà souillé la sainteté d’un vœu...

Azraël voyait bien, sans qu’elle en fît l’aveu,

Sa vague inquiétude — il sourit. « Oh! ce trouble « Ajoute à ta beauté, le prix en devient double.

« Sois rassurée: il est, dans mon pays lointain,

« Une femme qui luit des splendeurs du matin.

« Des rayons enflammés forment son diadème.

« Son trône se confond dans le trône suprême ,

« Et, débordant d’amour et de ravissement, u Dans l'extase sans nom d’un saint épanchement , «On la voit incliner, rayonnante et sereine,

a I 8 KNGELBRMG.

« Sur le sein du Très-Haut sa tête souveraine!

« Ursule! ce soleil qui fait naître les fleurs,

«Qui sans fin de la terre aspire tous les pleurs,

« Cette reine adorable et pour qui tout s’accorde,

« Ce gage de pardon et de miséricorde,

« Cette femme enfin, c’est une vierge!

• Son œil ,

« Qui plonge des hauteurs, sait découvrir le seuil « Où , pleurante et honteuse, et de peur qu’on ne sache a Toute sa nudité, la misère se cache! —

« Elle soutient la veuve, adopte l’orphelin.

« Mais dejoie et d’amour tout son cœur se sent plein, « Quand elle voit d’en haut, dès leur adolescence,

« De jeunes fronts voués comme elle à l’innocence.

« Elle brûle soudain de les voir partager « Son bonheur infini. Je suis son messager!

« C’est moi qui viens ici cueillir ces jeunes plantes ,

« Et porter doucement leurs tiges chancelantes « Dans ces jardins heureux que rien ne peut flétrir,

« Où pour toujours, Ursule! elles vont refleurir!...

« Or, notre reine à tous, cette vierge des vierges n Te regardait, Ursule! à la lueur des cierges,

.< Quand on te consacrait au pied de son autel.

« Alors en souriant elle dit: Azraël !

« Va chercher cette fleur pour orner mon royaume! « Pour charmer ici l’œil , et répandre son baume !

Ursule! me voilà!

ENGELUFRG.

« Vierge ! réjouis-toi ,

« Et dans une pieuse ivresse embrasse-moi !

« Car nous allons quitter ensemble cette terre « Qui ne peut vous offrir, quand votre sein s’altère , « Que des sources sans goût , eaux froides du torrent! « Que brûle le soleil de son feu dévorant ,

« Que glacent en hiver les frimas et la neige ,

« Et qu’ébranle, en passant, le funèbre cortège « Des foudres, des éclairs, de la pluie, et du vent!

« Ce soir, sur la montagne, à pied nous élevant,

« Nous partirons de là, pour une autre contrée!...

— « Ma mère viendra-t-elle ? Oh ! de moi séparée ,

« Elle serait en proie à des chagrins cuisants,

« Et supporterait mal le lourd fardeau des ans.

« Que ferait-elle, hélas! par moi non soutenue?...

— « L’heure de son départ n’est pas encor venue.

« Mais dès que le moment pour elle aura sonné ,

« Alors j’arriverai. Puis, sur elle incliné ,

« De paroles de paix, soutenant sa vieillesse,

« Ursule ! je promets d’adoucir sa tristesse !

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Ca iSHontagnr & rs Singes.

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