PREMIERE PARTIE
Son Ame ii'rat rien que Irmirrur, Son corps qu’harmoairtu contour* Tout ton être que l'œil umw N'eit qu'on pressentiment d'amour.
xmaasiax
Quand on descend le Rhône, on vous montre un coteau, Où gisent dispersés les débris d’un château.
Son âge remontait jusqu a la guerre sainte.
Il couvrait le rocher de son immense enceinte.
Le regard, en plongeant du sommet de ses tours, D’un lointain vaporeux embrassait les contours.
Sur ces hauteurs assis, comme au faîte d’un trône.
LE GLACIER
Le châtelain voyait passer les flots du Rhône ,
Qui se perdaient ensuite en méandres d’argent.
Sur les flancs du coteau , par groupes s’étageant , Autour du fier manoir, les maisons du village Semblaient faire à ses pieds , acte de vasselage.
11 avait pour seigneur un de ces vieux barons,
Dont les aïeux avaient gagné leurs éperons
Près du tombeau du Christ, par le glaive et la lance.
Là, retiré du monde, il vivait en silence.
Et sous les lambris d’or dévorait le chagrin Qui vient pencher aussi le front d’un suzerain !
11 avait vu mourir une femme chérie, lit d’un regret rongeur son âme était flétrie.
Une fille pourtant encore lui restait,
Image de sa mère — et sur elle portait De ses jours ébranlés le fragile édifice.
Du bienfait de la mort, il fit le sacrifice!...
A son unique enfant tout entier consacré,
Pour elle , il regarda comme un devoir sacré De vivre , de veiller avec un œil de mère.
Écarter le souci qui rend l’enfance amère,
Et la prive en sa fleur d’un éclat qu’il flétrit,
l)K LA KOLLK-FIA.VCKE.
Sous le prétexte vain d’en voir mûrir l’esprit; S’attacher, avant tout, à purifier l’âme,
Et la faire brûler d’une pieuse flamme
Four celui qui des temps tient dans sa main le sort,
Et des mondes créés fait mouvoir le ressort,
C’était toute la loi qu’il s’était imposée!...
Souvent sur la colline, humide de rosée,
Heureuse, à ses côtés il la faisait asseoir.
Et tournait ses regards vers les splendeurs du soir.
Or, elle grandissait, l’enfant de la nature :
Et Dieu n’avait jamais béni sa créature
D’un bonheur plus naïf, d’un front plus caressant.
Sous le parfum des fleurs la vie apparaissant.
Sourit à seize ans fraîche, et brillante de charmes!
Souvent on la voyait bondir sous les grands charmes Qui jetaient leur ombrage en face du château : Souvent on la perdait derrière le coteau,
Alors que , folâtrant dans la longue prairie ,
Sa tète se mêlait avec l’herbe fleurie.
Après l’insecte ailé des buissons s’élevant ,
Elle volait , joyeuse, et les cheveux au vent !
Et sur les bords du fleuve, au bruit de ses murmures, De la plante qui rampe elle cueillait les mûres.
LE GLACIER
Des oiseaux qu’elle aimait, en changeant le gazon , Ses caresses venaient adoucir leur prison.
Chaque jour, le carré qu’avec soin elle arrose,
Lui donnait pour couronne et l’œillet et la rose ,
Et chaque jour croissaient sa grâce et sa beauté.
Elle n'avait non plus jamais mis de côte De la religion la morale éternelle.
Car c’était un besoin quelle sentait en elle.
Eveline , c’était de notre enfant le nom ,
Au pauvre mendiant n’avait jamais dit : Non!
\je matin de bonne heure, au seuil de la chaumière C’était elle toujours qu’on voyait la première. Auprès du moribond que la douleur abat.
Elle restait longtemps, au chevet du grabat,
Et là, lui répétant des mots doux d’espérance.
Sa voix ne manquait pas d’adoucir sa souffrance. Elle répandait l’or, ce baume à bien des maux : Aussi les malheureux , au loin dans les hameaux , N'auraient pu sans bénir, dire : Mademoiselle!
Mais encore plus loin elle étendait son zèle;
Les filles du village et les petits garçons ,
Chaque jour au château, recevaient scs leçons.
Elle leur enseignait le divin catéchisme,
DE LA FOLI.E-FIAHCÉE. 2.13
Et là, sans le savoir, les préservait du schisme Dont les livres impurs répandaient le venin,
Que boit le campagnard , au cœur simple et bénin. Elle ignorait son rang, et la pauvre orpheline Retrouvait une sœur dans la bonne Eveline!
Le soir, dans la chapelle aux gothiques arceaux.
Le baron catholique assemblait ses vassaux.
Un spectacle touchant venait remuer Tâme.
Le visage éclairé par le rayon de flamme Qui partait d’une lampe en onduleux reflet,
La jeune châtelaine ouvrait le chapelet :
Et puis aux accents lents de sa voix angélique Répondait du baron la voix mélancolique,
Dont le son dominait les tons divers d’un chœur,
Où chacun à genoux priait de tout son cœur.
Or, il vint un moment où la fleur qui se fane,
Où l’insecte brillant à l’aile diaphane,
Ne virent plus près d’eux Eveline accourir.
Le cri vint sur sa lèvre en murmure mourir,
La colombe languit, dans sa cage oubliée...
Elle devint rêveuse , et , la tête pliée ,
Et du rocher pendant ses pieds au fil de l’eau,
Elle voyait passer en silence le flot.
LK GLACIER
Et parfois effeuillant la pâle marguerite,
Comme pour y trouver la destinée écrite,
Elle laissait sur l’onde échapper les débris,
Que la vague emportait souillés et défleuris !
On la voyait ainsi passer de longues heures. •
Souvent la jeune fille, avec son livre d’heures,
Voulant se recueillir, et prier au saint lieu,
Se penchait sur la page , et restait au milieu !
Elle disparaissait , alors que le jour tombe,
Et jamais de ses pleurs, sa mère , dans la tombe,
N’avait comme à présent senti couler le flux Sur ses débris glacés qui ne répondaient plus !
Souvent devant son père elle fondait en larmes...
De son enfant chéri le vieillard en alarmes,
Ne pouvait s’expliquer le subit changement.
11 demandait la cause, et toujours vainement.
Un jour, plus que jamais qu’il la voyait chagrine.
Il la prit dans ses bras, serrés sur sa poitrine :
«Éveline! dit-il, qu’as-tu, ma pauvre enfant?
« En te voyant pleurer, mon cœur aussi se fend !
« Ouvre-toi pour ce sein où ta tête se penche.
«Parle! on souffre bien moins quand la douleurs épanché.
DE LA FOLLE-FIAKCEE. a35
« De ton chagrin secret donne-moi la moitié!
« Non! donne-le-moi tout! Parle donc, par pitié!
« T’a-t-on dit au hameau qu’on en veuille à ma vie?
« Je ne puis loin du monde éveiller son envie:
« Seulement d’être aimé fut mon ambition ,
« Je n’ai rien à craindre. »
Or, la révolution,
Dans notre France, au loin commençait à s’étendre.
Partout le sol craquait , et l’on pouvait entendre ,
Mêlés à des aceents d’un imposant frisson ,
Je ne sais quels bruits sourds, et quel lugubre son,
Comme en fait un volcan, lorsque, de ses entrailles Qui vont crever, la flamme, avec les funérailles ,
S’apprête sur la terre à lancer la terreur.