I.E GLACIER
« Tu paraissais alors plus que jamais troublée :
« Tu venais de quitter Edmond... l’ainierais-tu ?... »
En achevant ces mots, le vieillard s’était tu. D’Eveline le sang qui monte et se dilate ,
Colora son beau front de teintes d’écarlate.
Un sourire effleura sa lèvre, gracieux.
Vers l’humide gazon elle baissa les yeux.
Le trouble avait saisi la jeune châtelaine,
Et dans son sein gonflé s’arrêtait son haleine.
« Ma fille! c’est assez! et je tiens ton secret! ><
11 dit , et pour partir le père est déjà prêt.
Du fleuve en un instant il gagne l’autre rive.
Vers le château d’Edmond il se presse, il arrive. Seul avec le jeune homme il s’entretint longtemps.
Leur famille à tous deux datait du même temps. Leur rang était le même, égale leur fortune, Sympathiques leurs goûts , leur croyance était une. Le vieillard sut qu’Edmond brûlait d’un pur désir D’obtenir Éveline — il bondit de plaisir,
Et du jeune homme prit la main avec étreinte.
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ii 7
Les deux amants dès lors se virent sans contrainte. Us passaient à causer ensemble de longs jours.
Le charme de se voir croissait plus vif toujours. Heureux les jeunes seins qu’un amour pur effleure !...
Déjà de leur hymen on avait fixé l’heure.
Il était convenu que, dès le lendemain,
Ensemble de la Suisse ils prendraient le chemin. L’enthousiaste Edmond avait vu ces contrées ,
Et des mâles beautés qu’il avait rencontrées,
Son âme reflétait les brillantes couleurs.
Il dépeignait ces prés , tout émaillés de fleurs ,
Ces forets où le soir passe la brise errante,
Ces beaux lacs, ces rochers, et leur eau murmurante !
Quand il parlait surtout de ces palais déserts ,
Dont les sommets d’argent montent au haut des airs, De ces blocs s’effilant en longues pyramides ,
De ces ponts suspendus, dont les voûtes humides Réfléchissent sans fin dans leur brillant cristal Toute la pourpre et l’or d’un luxe oriental ,
Éveline , l’enfant ardent de la nature ,
En extase restait devant cette peinture!...
LE GL4CIEH
Cependant les fiancés ont enfin vu venir L’aurore du grand jour qui devait les unir.
Tout était préparé dans la chapelle sainte,
Où souvent Eveline, à genoux dans l’enceinte,
A. pleuré sur sa mère endormie au tombeau !
Et déjà sur l’autel attendait le flambeau.
Edmond se promenait, absorbé, dans la salle, Dont les piliers portaient la voûte colossale ,
Et partout du baron les antiques aïeux De leurs cadres sur lui semblaient fixer les veux. De ces fiers chevaliers les armes anoblies Pendaient contre les murs , en riches panoplies.
Eblouissante aux yeux de grâce et de blancheur, Eveline apparut dans toute sa fraîcheur.
Sur son front virginal , où le saphir rayonne , Les fleurs de l’oranger s’enlaçaient en couronne. Sa robe laissait nus ses beaux bras assouplis,
Et sa jeune suivante en portait les longs plis. Couverte de son voile, et la taille élancée, Rougissait en marchant , la timide fiancée.
Les villageois causaient, réunis sous l’ormeau: On attendait encor le pasteur du hameau.
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Soudain des bons vassaux il traverse le groupe, Pâle, court au baron, et: «Sauvez-vous! la troupe, « Là-bas , des factieux roule comme un torrent.
« Ils vont mettre au château le brandon dévorant.
« Entendez-vous tout près , au pied de la colline ,
« Les clameurs demandant le père d’Éveline?...
« Fuyez ! de résister tout espoir serait vain.
« Quant à moi, retenu par un lien divin,
« Pasteur, je dois m’offrir à leurs mains égarées,
« Et périr au milieu des brebis effarées. »
— « Et moi ! dit le baron , avec mes fiers aïeux. »
Et d’un air froid et calme il élevait les yeux
Vers les nobles portraits qui couvraient les murailles.
— « Et de nous deux ce jour verra les funérailles! » Ajouta sur-le-champ le généreux Edmond.
— a Fasse, dit Eveline, au haut d’un autre mont,
« Que je n’aille jamais chercher au loin ma tombe!...
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