‹ Heures d'Italie: Lombardie, Vénetie, Marches, OmbrieChapitre 5 sur 8 · LA DESCENTE DU BBENNEU · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DU BBENNEU

verrait jamais. Le salut magnifique de Virgile me revient aux lèvres :

Salve, magna pai'ens frugum, Satiirnia tcllus

et, instinctivement, je répète l'exclamation de Pline : Hcvc est Ilalia diu sacra...

Ces mômes mots, en ces mêmes lieux, au début de ce même mois de septembre, Gœthe les prononça sur celte route du Brenner dont les lacets serpentent au-dessous de la voie ferrée, entre des prairies et des bois de sapins. C'est ici que la lumière des cieux latins charma pour la première fois les yeux avides et le cœur tourmenté du chancelier de la cour de Weimar. Son enthousiasme est touchant; il se manifeste avant la frontière, dès Botzen. (( Tout ce qui végète à peine dans les montagnes, écrit-il, est ici plein de vie et de force, le soleil est ardent et chaud et Ton se remet à croire à un Dieu... Sur cette

terre, je me sens chez moi, non en voyageur ou en exilé... 11 me semble que j'y suis né, et que j'y ai été élevé et que je reviens d'une excursion au Groenland ou d'une pêche à la baleine... Je salue jusqu'à la poussière qui couvre ma voiture... » La conquête fut immédiate et devait être définitive. Six semaines plus tard, dans une mauvaise auberge de Foligno, mal installé, ne pouvant reposer sur un lit malpropre, à la lueur d'une pauvre cliandelle, il écrivait : « Diit-on me traîner jusqu'à Rome sur la roue d'ixion, je ne me plaindrais pas. »

Rien n'est plus charmant, plus délicieusement italien que cette Rotzen autrichienne, toute fleurie comme une ville toscane, qui étale ses jardins de roses entre les rouges parois de ses monts de porphyre. Peu de sites sont aussi pittoresques. Vers le Nord, l'horizon est fermé par quelques-unes des crêtes

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dentelées de ces moutagnes dolomitiques dont les lignes étranges avaient tellement séduit l'œil de Léonard de Vinci qu'on peut les reconnaître dans plusieurs de ses paysages et notamment à l'arrière-plan de la Sainte Anne du Louvre. Des vignes superbes couvrent la plaine, plantées d'une façon assez spéciale, formant comme une série de toits sous lesquels on peut librement circuler. La campagne, les costumes, les maisons, la ville que souvent Ion appelle Bo/zano, tout a l'aspect italien et Ion trouve déjà dans l'accent un peu du zézaiement vénitien.

Cette vallée de l'Adige est infiniment curieuse avec ses deux murailles de porphyre qui la longent de chaque côté. Les teintes rouges des rochers, le vert des arbres, le bleu intense du ciel font un ensemble à la fois très chaud et très gai. Trente, moins encore que Botzen, est autrichienne; et, plus

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bas, des l'entrée du val Lagarina, dos souvenirs de Dante ajoutent encore à cette impression d'Italie. Voici, près de Lizzana, les restes du château oii, exilé de Florence, il fut l'hôte du comte Gastelbarco ; et voici les Slavini di Marco, d'une tristesse et d'une désolation poignantes, qui frappèrent si fort son imagination. Le charme de la vallée est complètement détruit par ce colossal éboulement ; au soir tombant, l'effet est vraiment tragique et je comprends que le poète, au début d'un chant de son Enfer ^ voulant dépeindre l'horreur d'un lieu particulièrement sauvage, se soit rappelé cette sinistre vision. Comme pour en sortir plus vite, le train se hâte. 11 franchit, dans un grand bruit de ferrailles, la célèbre Ghiusa di Verona où l'Adige s'est lui-mume creusé un passage dans le roc ; et rien n'est plus fantastique que ce sombre défilé vu par un crépuscule d'été. Tantôt les

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