‹ Heures d'Italie: Lombardie, Vénetie, Marches, OmbrieChapitre 4 sur 8 · LA DESCENTE DU BREN.NER · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DU BREN.NER

ve pas le besoin de demander au Temps de « suspendre son vol ».

Et cependant, comment ne pas savourer la simple joie de vivre, de respirer, d'ouvrir les yeux, sur cette terre latine oij je reviens si souvent, comme vers une maîtresse aimée, avec des larmes aux paupières ? « A vingt ans, dit Barrés, Ton se persuade que les villes fameuses sont des jeunes femmes. On se hâte, le cœur en désordre, vers un rendez-vous d'amour. » Pour l'Italie, il me semble que j'ai toujours vingt ans. Parfois, dans l'agitation de Paris, il me suffit d'un tableau entrevu, d'une rue ensoleillée, d'un air entendu, d'un jardin en fleurs, d'un faitdivers dans un journal, pour me rappeler un coin précis de Rome ou de Florence, pour me donner l'envie irrésistible de revoir telle ou telle de ces petites villes où j'ai vécu quelques jours et qui, depuis, me semblent

presque miennes : nn peu de notre cœur resterait-il ainsi partout où nous avons passé, comme ces plantes vivaces qui se fixent au sol dès qu'elles s'y sont posées? Quand je franchis les Alpes, quand je suis l'une de ces routes par où le Nord aborde l'Italie, l'une de ces belles civilisalrices, comme les appelle l'auteur du Voyage de Sparte qui déclare qu' « à chaque fois que nous les descendons, elles nous rajeunissent l'àme », le seul fait de mettre le pied sur le sol italique me donne une joie enfantine et presque ridicule. J'ai l'impression que mes yeux s'ouvrent de nouveau à ce que Léonard de Vinci appelait la bellezza delmondo. Je songe à ce doge aveugle qui, lors de la prise de Constantinople, tendait les bras vers les murs conquis et demandait aux croisés où il devait poser les mains pour avoir l'illusion de posséder plus vite cette Byzance qu'il ne

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