DCLXXIV
Les génies philosophiques ne brillent guère dans la conversation, par le consciencieux désir qu’ils ont de considérer les objets sous toutes les faces et de ne pas se prononcer à la légère. A la fois par lierté et par pitié, ils préfèrent se taire que de lasser l’attention d’un auditoire frivole. Pour se montrer dans toute leur éloquence, ils doivent se sentir entourés d’esprits larges, compréhensifs, et par cela même bienveillants, qui leur permettent de fuir le terre à terre de la banalité en se livrant avec confiance aux grands problèmes qui les occupent et les échauffent. Les barques légères effleurent sans difficulté le rivage, mais au vaisseau de haut bord il faut la profondeur de l’abîme pour qu’il vogue librement.
HEURÏS DE PHILOSOPHIE
DCLXXV
In pulverum...
Passant, qui chemines avec nonchalance au doux soleil du printemps, sur la prairie en fleurs, vois ces affreux débris humains que l’on retire du sol et qui demeurèrent enfouis durant tant d’années... Mais tu t’écartes par un mouvement d’horreur, comme pour dire : Ceci ne me concerne point. C’est toi-même, ô infortuné déjà marqué pour le trépas, que je veux te montrer en ces débris informes, toi-même dans un avenir bien court! Reste donc, et médite longuement en présence de ces ossements épars que la vie tenait jadis réunis et animait de sa douce flamme. Ces membres fangeux s’impressionnaient aussi, jadis, à l’influence des saisons, et éprouvaient tes sensations d’aujourd’hui. Dans ce squelette battait un cœur généreux, rempli d’espérances heureuses; au fond de ces ténébreux orbites que le limon emplit, s’allumait un regard admirateur des beautés terrestres; sous ce crâne brisé germaient des pensées enthousiastes qui semblaient devoir être victorieuses de l’implacable destin; sur cette bouche ricanante et immobilisée à jamais, erraient des sourires affectueux et libres. Mais la vie providentielle, qui rampe et bondit en silence, vint avec son glaive et trancha le nœud qui tenait rassemblée cette multitude de fibres qui formaient la créature vivante. La terre jusqu’alors nourricière se fit dévorante, et par sa voracité dispersa dans l’inertie des éléments qui constituaient un être libre. Contemple sans frémir, si tu l’oses, l’œuvre épouvantable! La voilà désormais, cette créature affectueuse et dévouée, la voilà plongée en d’impénétrables ténèbres et engloutie dans les abimes de l’éternel silence. Plus de regard, plus de mouvement, plus de silence pour redire tant d’émotions éteintes!.. Plus rien que des ossements friables qui s’émiettent dans le sol et se sont déjà revêtus de sa couleur terreuse. Interroge ces débris, attends, écoute, tâche de pénétrer la sombre énigme, et tu te sentiras écrasé sous l’insondable mutisme de la matière.-.. Je m’arrête, car
heures dè pHîLôsôEMfË
déjà tu m’as compris; tu t’aperçois que ce ne sont que les débris d’une étroite prison dont un esprit s’est délivré, que je t’ai fait voir; qu’une apparence trompeuse, proie inévitable des éléments, qu’un lourd vêtement de mort porté peu de jours par une âme prisonnière. Réfugie-toi donc au cœur de ton cœur; tu y entendras la consolante prophétie de la fin des temps : Ero mors tua, ô morsl
DCLXXVI
Les derniers seront les premiers : parole divine et éternelle. Il faut entendre par derniers ceux qui le sont volontairement ou avec résignation. C’est sur la base chrétienne qu’il faut établir les philosophies : elle est immuable, comme l’essence même de notre nature. Nul n’arrive au Père que par le sacrifice. Hors l’esprit chrétien, il n’est pas de sentiment véritablement humain. Cet esprit fut celui de tous les philosophes aimés des hommes qui précédèrent Jésus. Il renferme toute poésie et toute métaphysique. En lui seul les cœurs viennent se fondre. Poétique, il apprécie la fugacité de toutes choses, montrant le nescio quid flebile jusque dans les beautés qui nous charment. Philosophique, il enseigne la résignation, cet héroïsme interne. Il durera jusqu’à la consommation des siècles. Nul génie ne pourra contre lui. En vain par- Icra-t-on de progrès ; ce progrès ne peut se produire que dans les sciences pratiques, extérieures, matérielles. Depuis Isaïe, Homère, saint Augustin, Dante, le cœur des hommes n’a point progressé. Ce qui fut moralement beau, il y a des milliers d’années, l’est encore aujourd’hui. Vainement, pour se distinguer de la foule, affichera-t-on une doctrine antichrétienne. L’amour-propre seul entraine à de tels écarts. Quelle valeur peut avoir une philosophie qui ne s’adresse qu’aux esprits raisonneurs? De même que le fond de toute lumière est la chaleur, la base de toute science psychologique est l’amour divin.
MeCrks de philosophie
DCLXXVII
Quand la mort fauche un homme en sa jeunesse, beaucoup se hâtent de dire que le défunt a tout fait pour ne point vivre ; il était intempérant, dissolu, sans prudence... Telle est l’oraison funèbre habituelle. Elle se dit d’ailleurs naturellement, sans pensée de mépris, et avec le sous-entendu, que soi-même on ne méritera jamais de tels reproches. Le mort est couclié dans la nuit impénétrable, sourd et sans riposte ; on peut en parler librement, sans crainte de démenti!
DCLXXVIII
Folabo et requiescam. Cette espérance qui accompagne sans cesse le penseur religieux, ne manque pas de charme. — Vous vous consumerez encore dans les soins inutiles, ô infortunés, livrés à toutes les vicissitudes d’une existence incertaine, et lui, il sera déjà couché dans la profondeur des jours évanouis ! — On ne cherche le mouvement que pour arriver à l’immobilité, expression de l’idéal. Le calme séduit plus que l’agitation. Si la mer tumultueuse inquiète la pensée, le pré paisible inspire la sécurité.
DCLXXIX
Il est grand, le nombre des génies qui n’ont point atteint à la renommée, parce que le talent, fruit d’un patient labeur, n’est pas venu en aide à leur inspiration. Ils ont vécu en de vagues rêveries, dont ils ne pouvaient saisir les contours flottants. Indifférents aux honneurs, ils ont méprisé un succès qui ne s’obtient que par des sacrifices constants, et ils ont pu renfermer en leur cœur leurs plus fiers désirs de gloire. Un amour infini les a troublés délicieusement, et ils n’ont cherché d’autre bonheur que de vivre penchés vers le foyer de leur âme. Heureux de la conscience
de leur sincérité et du sentiment du beau, ils sont demeurés abrités en leur obscuritéconime sous une aile protectrice. D’autres ont été fauchés par le temps au moment où ils allaient pouvoir le braver. Malheureuses ces intelligences qui, malgré leur ferme désir de se perpétuer ici-bas, n’ont pu laisser en ce monde une trace de leur passage et ont emporté dans la tombe les sentiments qu’elles nous destinaient! — Et plus malheureux nous-mêmes, de n’avoir pu les recueillir! Les cœurs trop pleins ont de ces fins prématurées, comme les épis mûrs avant la saison et qui tombent sous le poids de leurs graines. Nous pouvons leur appliquer cette parole fatidique :
Nitens lux, horrenda procelîa, tenebris aternis involiita.
DCLXXX
La Renommée qui séduit les poètes, enclins à chercher les secrets de la nature et de leur cœur, les mène parfois à leur propre renoncement. La Gloire est pâle : elle s’élève drapée du linceul de celui qui lui dévoua ses jours. Elle est pure, hautaine, excellente, mais, hélas! c’est de loin que les mortels la contemplent! On admire les penseurs, sans les chérir : le respect éloigne la tendresse, et la grandeur tue l’intimité. Vous avez aimé, 6 illustres écrivains, vous avez soufi'ert, vous vous êtes élevés, mais c’est en échappant à l’affection des simples, c’est en perdant jusqu’à ces liumaines faiblesses qui naguère vous rendaient chers à tous ! V’ous ne grandissiez que sur les déceptions de votre cœur. A mesure que vos pensées s’approfondissaient, vous voyiez s’anéantir vos espérances; et les sentiments de votre jeunesse s’évaporaient comme la rosée sous un soleil ardent. Vous vous faisiez marbres, ô grands hommes, pour éterniser des sentiments fugitifs; et, réfugiés en votre âme, vous étiez admirés, et pourtant méconnus! On méconnaissait la fièvre de votre jeunesse si noblement recueillie, votre gloire intérieure et le sombre envolement de vos plus douces chimères.
Heures dè phIlosoEHIE
Admire et vénère, passant, les hommes de gloire, mais pleure sur leur sacrifice! Agenouillé devant leur mausolée et évoquant leurs ombres, rappelle-toi tous les soupirs contenus, tous les plaisirs refusés, toutes les ardeurs dévorées, toutes les sourdes angoisses, toutes les désespérances qui troublèrent ces grands cœurs qui ont cessé de battre. Songe à cet amer contentement, triomphal en sa mélancolie, qui lentement s’empara d’eux à mesure qu’ils dévoilaient aux profanes les trésors de leur génie. Rappelle-toi qu’enfants, eux aussi, ils foulèrent joyeusement les prés en fleurs; qu’adolescents, ils connurent les langueurs de la passion, alors qu’ils vivaient dans l’ivresse du poète et sentaient briller en eux la flamme qu’ils élevèrent comme un fanal au-dessus des flots de la multitude. 'En admirant leur génie, c’est leur vie intime, méconnue, tout humaine, que tu dois te retracer, en aimant fraternellement ces demi-dieux qui n’ont été que célébrés !
DCLXXXI
l'icil lier durum pietas.
Une grande infortune nous rend pieux, en nous donnant le sentiment de notre fragilité. L’homme malheureux, dont le cœur est comblé de chagrins, a recours à l’Être invisible, qui est toute justice, toute compassion, tout amour. Il prie... Il ne redoute plus alors les perfidies des hommes et les accidents de la vie. Ne s’affligeant plus de la perte irréparable de ses jours, il sait attendre la mort d’un cœur ferme. Les événements dont il a souffert ne sont que les effets de la volonté divine, toujours équitable. Voudrait-il réagir contre des instruments passifs.^ Ne cessera-t-il pas une révolte inhumaine? La prière défie tous les malheurs terrestres : elle élève l’àme en des régions calmes , loin des rumeurs et des orages de la vie. Par elle, rien de ce qui fut le charme honnête de l’existence ne peut se perdre; par elle s’effacent les distances de temps et de lieux, sources de tant de larmes. C’est par la prière que les existences se relient, que le passé et l’avenir
MEÜRES de PHlLOSÔPHÎË
s^unîssent en un seul embrassement. Les absents et les morts se retrouvent en l’ame de ceux qui prient. Que de prières s’élèvent vers le même Dieu de tous les points du globe! Sans prévoir l’accueil qui sera fait à ses supplications, chacun est heureux de prier parce qu’il écoute alors le plus noble instinct que la nature ait mis en lui. Ce bonheur seul suffirait pour affirmer la valeur de la prière. Les années de la jeunesse, consacrées au plaisir, ne sont pas celles de la ferveur religieuse : les fortunés ne mendient point. C’est lorsque les joies le délaissent et que son œil s’ouvre aux misères de ce monde, que l’homme se tourne vers le maitre de toute félicité. Aux rayons de sa pieuse espérance, ses larmes tarissent, son désespoir s’apaise. Par son renoncement, il n’a rien perdu : il n’a fait que l’échange du monde visible, devenu misérable, contre un monde spirituel, éternellement heureux.
DCLXXXII
‘La vérité, bien qu’immobile en soi, ne cesse de s’agiter à nos regards. Elle a son foyer hors du temps, mais elle irradie en rayons pâles, dans le monde des métamorphoses. Ces rayons traversent la nature, pour venir se refléter en son front. Combien d’obscurcissements, combien d’éclipses ne subissent-ils pas dans ce difficile trajet! La créature périssante tente vainement de saisir l’essence de la parole éternelle : celle-ci échappe à son investigation. Elle ne possède que des aperçus. L’homme étant lui-même un monde, et comme un résumé de la création, c’est en sa conscience qu’il doit chercher la vérité. C’est par intuition qu’il arrive à connaître quelques-unes des vérités suprêmes de la métaphysique. Cependant, s’il ne voulait vivre qu’en soi, il arriverait à un idéalisme voisin de la démence : il faut donc que les phénomènes de la vie apparente viennent confirmer ses aperçus. Cette expérimentation externe est nécessaire. Quoi de plus vrai que la réalité visible? Bien que nous ne puissions apprécier sa valeur relativement au monde essentiel, nous pouvons espérer qu’elle
Meüres de philosophie
n’cst pas une chimère, et nous pouvons affirmer que si elle est un mirage, il ne nous trompera pas, car l’humanité tout entière, ayant la même vision, serait trompée. Quelle joie pour le penseur que de s’apercevoir qu’il avait bien vu, les yeu.x fermés, et de voir ses trouvailles spirituelles corroborées par ses observations de la nature! Les sciences particulières nous écartent parfois du monde essentiel : nous nous égarons en un seul rayon, nous amincissant pour nous y tenir et remonter vers un détail de la vérité qui, examiné de trop près, nous aveugle. C’est son propre coeur que le philosophe doit premièrement étudier. Qu’il se tienne attentivement en ce centre où il pourra recevoir mille rayons à la fois; il sera là à une distance convenable qui lui permettra de contempler d’ensemble la vérité primordiale, foyer incandescent où les présomptueux aventuriers de la pensée se brûlent les yeux.
DCLXXXIII
Quid multa?
Lorsque, pressés par le temps qui nous entraîne, debout et frissonnant sur le sommet où le désir de connaître nous a portés, nous jetons le regard sur le chemin que nous avons suivi, nous nous sentons pris du vertige du vide qui nous environne. Pour avoir voulu nous élever au-dessus de la région commune, nous voyons le bel astre de la vie se lever et se coucher sous nos pieds. Le spectacle que nous découvrons valait-il tant d’efforts? A mesure que nous montions, n’avons-nous pas senti le froid de l’isolement nous transir davantage? Et notre propre douleur, ne l’avons-nous pas vue s’accroître de toutes celles qu’il nous a fallu contempler? Silencieux spectateurs de l’agitation ténébreuse des vivants, nous avons entendu monter sourdement à nous, dans une atmosphère raréfiée, leurs soupirs et leurs murmures. Nous nous érigions en interprètes, alors qu’il fallait humblement nous perdre dans la multitude infirme, proie certaine de la Mort infatigable! Nous exprimions hautement nos pensées sans savoir si
Meüres de philosophie
elles seraient écoutées! Oh! misérable jeu! Que ne laissions-nous parler les grandes vois des génies que l’humanité enveloppe encore de son amour! A quoi bon, après tant d’autres, chercher ces énigmes qui échappent à la courte vue de l’esprit, et ne se révèlent qu’aux âmes adoratrices! Hélas! on est l’esclave de la vie trouble qui ne cesse de fermenter en soi. C’est par amour pour elle qu’on cherche à s’ancrer sur de la cendre, en s’affirmant aux regards de ses semblables. On craint de disparaitre avant d’avoir pu recueillir ces mille souffles qui semblent sortir du monde essentiel, et dont on veut, pour l’enseignement d’autrui, former ses paroles. On redoute d’être surpris à l’iniproviste par l’éternelle moissonneuse avant d’avoir pu mettre en lumière toutes les expressions de sa pensée, comme si chaque jour n’apportait pas un nouvel enseignement! Il n’y a nulle fin à nos propos et à nos écritures. Si la nature, après le temps de la germination, a ses saisons de repos, il n’en est point de même pour le front de l’homme, ni pour son cœur, car il s’y fait une levée continue de sentiments. Quel est celui, quelque longue que soit sa vie, qui ne doive se résigner à périr plein de paroles? A qui est-il donné de parachever sa tâche ici-bas? Qu’il se rassure donc, le mortel qui marche en sa voie avec bonne intention, et qu’il se console si les jours lui manquent pour réaliser ses aspirations : il a le sort commun. S’il n’a pu que jeter une graine sur cette terre, qu’il se dise qu’elle doit germer et fleurir dans l’avenir à un souffle providentiel.
DCLXXXIV
Immemor hoiiw.
Illusion douce et chère, de croire que nous serons longtemps pleurés! Le jour approche où nos parents, premiers témoins de nos joies et de nos chagrins, ne seront plus; et bientôt nos jeunes amis, compagnons de nos jeux, auront oublié. Dans un siècle, qui songera à retrouver des empreintes effacées? Qui se dira, en
Heures ue philosophie
parcourant tel chemin : C*est ici qu*il promenait ses reves de bonheur avec Tespoir que son souvenir demeurerait toujours vivant? — O mémoire de ceux qui l’ont connu, fragile mausolée, vous aussi vous deviez vous évanouir! Le dernier écho de sa vie était destiné à s’éteindre dans le mutisme de l’oubli. Ses paroles ont couru, emportées par les brises, et son nom, que parfois il grava dans l’écorce d’un arbre, grandit durant bien peu d’années : le bûcheron arriva un jour avec sa cognée, et abattit sans pitié ce souvenir d’une existence obscure. — L’attrait de la vie présente • est pour tous d’une puissance irrésistible; ainsi l’a voulu la nature, notre mère. Près de la fleur qui se flétrit, le bouton à peine éclos s’élève, confiant sur sa tige. Il est dans les créatures comme une aspiration aveugle qui leur fait chérir la vie plus que l’individu. Sur le champ de bataille, le guerrier s’élance éperdument à la victoire, oublieux du jeune compagnon d’armes qui périt à ses côtés. L’action ardente emporte tous les êtres, les poussant pêle-mêle à l’abîme insondable. C’est à vous, ô mortsj de ne point accabler les vivants du fardeau de votre cher souvenir. Vous fûtes, et alors on vous aima. Vous n’êtes plus, et les bras se refusent à étreindre de l’ombre. Vous ne serez plus que poésie! Confondus dans la poussière des générations passées, vous ne vivrez plus qu’au cœur de ceux qui chérissent les créatures par amour de la divinité.
DCLXXXV
Les génies austères sont enclins à accuser de matérialisme les esprits qui, épris de la nature, se complaisent dans la contemplation d’objets périssables. Ils les confondent avec ces caractères nonchalants qui, toujours oisifs, cherchent à vivre de sensations. Mais celui qui contemple la terre avec un noble amour s’exalte A ce qui devait l’avilir. Par son instinct libre, il se retrempe à la fraîcheur native, et loin d’ensevelir son idéal, il le fortifie en le naturalisant. Avant de se perdre aux nombres , il se penche vers cette terre que pressent à chaque instant scs pas : son âme peut
s’élever avec son regard qui s’abaisse. Que de graines ne s’épanouiraient pas en fleurs si elles n’avaient été plongées dans un plantureux limon! Que de joies qui seraient à jamais perdues pour l’homme si, vivant en sa fierté comme un fantôme sur l’arête vive d’un roc, il ne descendait aux réalités de la vie! Il ne peut vivre en hostilité avec ses instincts, ni nourrir l’espoir de contempler l’azur à travers sa tombe; et il serait un ingrat si, d’un esprit bien paré, il regardait avec dédain cette nature où l’instinct le rive et où il puise ses plus touchantes inspirations.
Les adorations s’élèvent du cœur observateur qui sait contempler Dieu dans la création en s’ouvrant au souffle fécondant de la nature.
Des pensées innombrables émanent du ciel, des terres et des océans ; douces et graves paroles du Verbe qui font chérir la vie.
Du milieu des bruits indistincts peuplant l’atmosphère, du fond des champs et des bois, dans l’espace invisible, une voix n’a cessé de murmurer. Elle a vibré dans le sein de l’homme, dès le jour où Dieu, se penchant sur le limon, l’anima de sa flamme.
Elle a dit :
Chair et verbe sommes-nous, chair et verbe devons-nous vivre? Au sang qui circule en nos artères s’abreuvent les idées comme des colombes au ruisseau. Si nous le laissons tarir, nous éloignerons trop tôt les oiseaux voyageurs qui doivent porter notre vie en d’autres mondes.
Elle a dit :
Ne fuyez pas la terre ! Que la cime verdoyante de l’arbre songe à sa racine! Qu’elle remercie la noire et souterraine ouvrière de son rude labeur!
Elle a dit :
Aimez votre nid, mes oiseaux, et les pailles de votre nid, et les landes où croissaient ces pailles; mais aimez aussi le soleil par qui toutes choses germent et fleurissent. Par ce double amour, soyez un des solides anneaux de la chaîne infinie des êtres !
Et nous, fruit de la double vie, ne nous écrierons-nous pas :
O nature! mobile apparence, qui nous révèles l’infini, nous
nous inclinons devant tes métamorphoses. Espace visible de l’immensité, tu nous fais pressentir les régions spirituelles encore obscures à nos yeux, et sous chacun de tes phénomènes, nous voyons luire l’idée qui ne peut périr! La multiplicité de tes créatures, la diversité de tes formes, tes croissances et tes décroissances insensibles, et ce flux régulier du temps producteur et destructeur, accusent le merveilleux génie qui t’anime. Avec la crainte de périr, tu nous donnes l’espérance de renaître. De toi, nous n’acquérons que sincérité, prudence, amour. Ta contemplation fait croitre en nous le désir de perpétuer, propager notre vie, et de nous élever aux régions de l’inaltérable, après avoir rempli notre tâche ici-bas. Penchés vers toi et attentifs à tes formes, nous tenterons de recueillir les pensées que tu viens exprimer à nos regards. Nous accomplirons en toi une part de notre destinée, nous résignant à tes lois et tâchant de nous rapprocher chaque jour de la divinité dont tu t’es échappée, et que nous entrevoyons dans notre grand songe d’avenir.
DCLXXXVI
Bio; àyye).ixô; ev tw o’îijuaTt.
Il est une félicité de contemplation dans laquelle ont vécu quelques solitaires, et qu’a même tenté d’atteindre une secte de philosophes. Elle est un phénomène de l’enthousiasme de la pensée chez des créatures embrasées de l’amour divin. Le plus souvent elle est indépendante de la volonté, et à peine pouvonsnous l’imaginer, tant elle surpasse les facultés humaines. Contempler, pour un être livré à cet immense amour, c’est admirer et chérir un objet qui le captive, c’est l’élargir, l’approfondir en son âme; l’animer de sa propre vie, s’y plonger, s’y confondre, et perdre le sentiment de ce qui l’en distingue. Le contemplatif, ravi en esprit, goûte cette félicité que nous n’entrevoyons qu’en nos rêves, et qui renferme la douceur, la force, la tranquillité et la pureté. — La douceur : la pénombre des temps à venir mêlés
aux temps écoulés; un sentiment recueilli, d’une volupté inexprimable. — La force : le regard fixé sur un point de l’espace, insensible aux formes avoisinantes. — La tranquillité : la paix d’une conscience sereine, le bonheur de sentir se prolonger son affection dans l’infini, par le recueillement. — La pureté : l’oubli du corps qui se spiritualise à la flamme du sentiment. Le cœur se fortifie en son innocence. Dans une sécurité inconsciente, il s’emplit de sentiments religieux, lentement, gravement, comme d’une eau fraîche sourdant de la roche vive. Ne se laissant pas entraîner par son penchant spirituel, pour s’évader de la nature en s’inclinant devant une vision abstraite. Le contemplatif est frappé à la fois des images qui l’environnent et des profondeurs où il se meut. Il arrête tour à tour son regard sur le ciel et sur la terre, voulant percer le mystère par la seule puissance de l’amour; il l’arrête fixement, fondant ses mouvements dans l’immobilité et ses émotions dans un sentiment unique d’adoration muette. Il voit dans chaque détail l’ensemble; dans la forme, l’essence éternelle, et il sort du temps en percevant ses effets. Toute la nature lui enseigne l’amour, ses joies et ses tristesses, sa rêverie et son mystère. Il contemple les nues, tantôt pressées et fuyantes, tantôt mollement remuées par des courants invisibles. Les oiseaux de proie traversant l’éther ne font qu’y marquer un instant leur silhouette arquée; ils s’évanouissent comme des accidents sur la profondeur du ciel : la créature fugitive s’efface sur le fond durable, et l’harmonie universelle absorbe la note isolée. L’imagination ne trouve-t-elle pas toujours à s’exercer sous cette voûte du ciel qui n’a d’autre borne que celle qu’on veut bien y mettre par son indifférence? De sa vie, enflée par la flamme intérieure, le contemplatif ne peut-il emplir cet espace sans mesure, et grandir à la fois en hauteur, en profondeur et en largeur? En hauteur : par l’aspiration céleste, le détachement des affections périssables; en profondeur : par le dédain de l’inconstance, le désir de pénétrer au foyer de l’immuable; en largeur : pat la confiance, le sentiment de la miséricorde, en se penchant, rempli de sentiments secourables, vers la pauvre humanité, triste orpheline.
D’autre part, s’il abaisse les regards sur le sol où il chemine, il voit, à chacun de ses pas, s’offrir un objet à ses contemplations; son œil donne au fini les proportions de l’infini, transformant en pensées les réalités qui viennent s’y peindre. Il croit comprendre l’esprit des formes, et autour de lui s’évanouit la matière et ses meurtrissants contours, pour ne plus lui sembler qu’une transparence spirituelle. Comme transporté dans un monde féerique, il oublie les heures qui mesurent aux créatures leurs métamorphoses; il jouit à la fois des images extérieures et des clartés primordiales : malgré le bruit de ses artères, il sent palpiter en lui l’éternité. Merveilleux miroir que cet homme qui contemple, dans lequel se reflètent le passager et l’éternel, le changeant et l’immuable, sans que l’un puisse effacer l’autre. Immobile d’attitude, il est enivré de la sève originelle; paraissant le plus mort, il est le plus vivant des êtres, vivant de la vie sublimisée. Nulle part ne s’arrêtant aux angles du fini et pénétré d’une chaleur profonde, il ne voit en l’univers qu’amoureuse alliance. Les couleurs tranchées se nuancent, la séparation, la distinction, la division, s’oublient; extérieur et intérieur se confondent; l’unité règne, et la vie devient une flamme ardente et nuancée, où le cœur plonge dans le divin amour et frémit de la volupté spirituelle.
Comme une barque dormante au sein des mers, loin des falaises et des brisants, et qui tremble paisible sur la profondeur de l’abîme, l’ame échappée à la réalité par la contemplation s’immobilise dans la sécurité et plane entre les deux profondeurs, céleste et terrestre. Pendant que le corps et l’esprit, alanguis par un sentiment d’amour, se tiennent passifs et comme attentifs à des merveilles inconnues, une grande ouverture d’âme se produit, par laquelle la création tout entière, avec son double caractère de déterminé et d’indéfini, pénètre; attraction réciproque du connu et de l’inconnu, mariage mystique où le monde visible et l’invisible espace viennent, comme deux glaces opposées, réverbérer leurs formes en une perspective infinie. L’esprit contemplatif se découvre sans crainte devant l’inconnu; il s’y aventure, en compagnie de son camr, devenu compréhensif; — quel plus fidèle
gardien! — et il se perd en ces régions où le raisonnement n’a pas accès, l’oeil fermé sur l’écoulement des choses mortelles. La vie sourde, profonde, sans mesure, il l’éprouve, en s’abîmant dans sa bonté et sacrifiant sa science au ravissement qui l’enlève. L’objet qu’il contemple s’élargit sous son regard, devient démesuré, résume tout l’Etre; et cette immensité qu’il rêve diminue jusqu’.à se condenser dans le point contemplé : il a grandi son cœur jusqu’à engloutir l’univers et posséder Dieu.
Bien que la contemplation puisse s’adresser à deux classes 'd’objets : les visibles et les invisibles, ses caractères sont les mêmes. Les uns, non encore assombris par la spéculation, contemplent l’image extérieure, et par elle, comme par une porte .d’ivoire, pénètrent au royaume spirituel; d’autres fixent une forme intérieure et se courbent avec amour devant la beauté abstraite. Les premiers, en contemplant l’objet matériel, le font éclore en forme spirituelle sous le feu créateur de leur prunelle, et l’absorbant en l’idéal intime; les seconds adorent un idéal en le rapportant aux images extérieures qui en sont elles-mêmes éclairées. Tous sont emportés par le même amour : celui de l’unité. Ils agissent par un double mouvement : — d’expansion , en coulant leur âme dans la nature; — de concentration, en recueillant les innombrables effluves de cette même nature. Ils s’emplissent ainsi de la création, se dilatant et se repliant, s’exaltant et s’humiliant, s’appuyant sur la terre comme sur un banc d’oraison pour atteindre au ciel, et la spiritualisant par les rayons d’une vie intime. L’âme par une respiration spirituelle, tour à tour s’épanouit et se contracte, s’ouvre et se ferme, reçoit et prend, et par là épure les sens et se naturalise.
La contemplation, souvent instinctive, succède parfois à la réflexion, et s’encourage des déceptions de la vie. Lorsqu’un homme, possédé de la double passion de connaître et d’aimer, reconnait sa faiblesse devant l’ardeur de ses désirs, il se plaît à s’abstraire du corps et à se perdre dans l’immortel. Après avoir mis tour à tour son esprit et son corps au service de ses aspirations, il reconnait l’inanité de leurs marches et contre-marches.
L’esprit, soit qu’il compare et argumente, soit qu’il aborde au monde des causes , trouve partout sa borne et s’arrête hésitant devant quelque problème inattendu. Le corps, agité de désirs immodérés, tantôt se soûle aux voluptés* tantôt s’épuise à franchir les distances; mais quelque rohu.ste qu’il se croie, il ne tarde pas à se sentir accablé sous son propre poids. De part et d’autre, l’aspiration n’est pas réalisée. L’homme se trouble de la disproportion qui se produit entre la réalité et ses appétits; haletant après la félicité, il se tourmente de ne goûter que des joies imparfaites. Il cherche la béatitude, le repos jamais interrompu, l’amour qui s’universalise en une puissante langueur; il veut étreindre l’éternel objet de ses désirs, l’ensevelir dans son affection, avec gravité, hauteur, recueillement, se dépouillant de sa chair putrescible et fixant d’un œil clair l’idéal qui le captive. Mais que de bruit et de ténèbres l’environnent! que d’accidents viennent le distraire de sa sublime entreprise! Heureux mille fois si, s’arrachant aux événements, il peut sacrifier ses ambitions à l’enthousiasme qu’il sent éclore en lui. Son esprit est descendu en son cœur pour en doubler la force, et toute son âme luit en son regard tranquille dont chaque rayon devient prière. D’un coup d’aile, le voilà porté par-dessus les controverses et les déchirements. Seul désormais, affranchi de sa liberté relative, il se berce en l’amour divin, se sentant vivre dans toute la création.
Le contemplatif voit partout Viniilé s’accomplir. Au dedans de lui, il la voit s’opérer par la fusion de sa chair, de son cœur et de son esprit : — des instincts, des aspirations et des pensées. Pendant que son cœur échauffe son esprit, celui-ci, plongeant en son cœur, marie l’humilité à l’élévation en un corps où se réalise l’unité des sens, qui, tous, se résument en un seul : la vue , c’està-dire la lumière. Au dehors, il assiste à la même réalisation de l’unité, s’accomplissant dans l’espace et dans le temps. Dans l’espace : la fleur reflétée par le lac mêle ses pétales aux rayons de l’étoile. Dans le temps : la minute qui voit tomber de l’arbre la feuille mourante ne diffère pas de l’instant qui voit rouler l’astre sur lui-même : — réverbération instinctive dans la nature comme
dans l’ame, affection réciproque des extrêmes cherchant à s’évanouir l’im dans l’autre. Tout dans tout, telle est la formule contemplative. La nuance est sentiment; la couleur, pensée; la ligne a sa couleur, sa note; la couleur, sa forme et son esprit. De même, par l’intuition de la correspondance des cercles, les choses qui semblent contradictoires viennent se confirmer. Tout est immobile, et tout se meut! tout s’évapore, et tout se perpétue! tout se fuit, et tout se cherche! tout nous échappe, et tout nous revient! tout meurt, et tout est vivant! — phénomène qui n’est que vision naturelle pour qui possède l’amour contemplatif. L’homme devient un prisme ardent exprimant toutes les perspectives du temps et de l’espace. Naitre et mourir ne sont plus pour lui qu’un même verbe, verbe d’amour, qui fait à ses yeux paraitre et disparaitre les êtres en une oeuvre d’épuration.
Cependant, à côté de ces contemplations religieuses qui réalisent une destinée tout entière et qui nous rappellent les ascètes, songeurs des vastes horizons, il y a des contemplations passagères, plus fréquentes à mesure qu’on aime davantage. Quel est l’homme, si dévoré qu’il soit par l’action, qui n’ait contemplé à de certaines heures de sa vie! Vieillesse, virilité, jeunesse, enfance, ont leurs contemplations; les unes amoureusement naïves, les autres solennelles dans leur sincérité. Moins difficile serait d’exprimer toutes les teintes de l’Océan, que tous les sentiments d’adoration qui se peignent en l’âme humaine. Combien ne diffèrent-ils pas d’intensité ! Tel regard est une contemplation, telle contemplation une somnolence. Il y a l’extase de celui qui contemple intérieurement, dans le ravissement céleste; le songe devant une vérité qui se profile vaguement au-dessus des mouvants phénomènes; le rêve devant un souvenir cher, devant une expression de beauté, aussi bien que l’attention béate devant une forme banale. Le philosophe contemple un objet abstrait, extérieurement ténébreux : la Vérité; l’artiste contemple le divin mariage de la nuit avec le jour, les caresses que se prodiguent les lumières et les ombres. Tout homme contemple la nature. Les animaux aussi semblent parfois se pénétrer de l’esprit des choses. Dans
une attitude pensive, ils fixent des images en consonance avec leurs Instincts. Le héron taciturne, debout dans la fange, songe parmi les joncs tremblants : il contemple l’humide étendue. La colombe, posée au premier rameau de l’orme, rêve sous l’azur du ciel de mai : elle contemple le mol embrassement des branches entre-croisées. L’aigle, perché sur un roc sanglant, réfléchit les abimes en sa prunelle claire ; il contemple l’horreur et jouit de la fauve harmonie. Le ciel contemple la terre, et la nature entière ne cesse de se réverbérer. Par le jeu de l’ombre et de la lumière, de l’immobilité et du mouvement, elle parait à l’œil qui contemple, comme une conscience extérieure, imagée, expressive pour le cœur, et inexprimable par la parole.
Pour la plupart, nous n’avons que de rares moments de repos contemplatif. L’enfance et la vieillesse, c’est-à-dire les deux âges de la vie où l’âme se complaît dans une simplicité produite par l’innocence ou la lassitude, sont des époques de la vie qui nous portent à la contemplation. La nature nous y mène aussi bien que l’expérience. L’enfant s’étonne à la vue d’un monde nouveau pour lui; ignorant tout et voulant tout connaître à la fois, balancé entre deux sentiments, celui de sa faiblesse et celui de la puissance du monde, il s’arrête charmé, dans un équilibre pensif, interrogeant et aimant, désireux et craintif, l’âme dilatée par sa nature candide. Qui n’a vu le petit pâtre immobile sur la rive du ruisseau, tantôt regardant à ses pieds l’eau fuir à travers les joncs, tantôt le regard tourné vers la colline déserte sur laquelle les églantiers et les ronces forment leurs groupes épars? Du lever au coucher du soleil, à quelques jets de pierre de son troupeau, non loin de la lisière de la forêt, il laisse son cœur déborder sur toutes les images champêtres qui l’environnent. Le vieillard, instruit par la ruine de ses passions, se sent porté à mépriser les analyses et à retrouver sa simplicité perdue. Blessé par les courants contraires qui ont traversé son esprit pendant une vie de luttes et de mécomptes, il fait appel à son cœur pour lui voiler les tourments qu’il a jadis éprouvés. La réflexion, qui l’a tant fait souffrir, il la repousse pour se complaire en la seule
Meures de philosophie 375
vue des formes extérieures que sa mélancolie creuse et spiritualise. Vo}’ez-le quand, aux rayons d’un pâle soleil d’avril, assis à l’ombre des arbres qu’il a plantés, oublieux de ses infirmités, il regarde vaguement germer la terre et se mouvoir les nues, l’œil agrandi par sa confiance en Dieu. Ce qu’il éprouve, il ne pourrait le définir : une sérénité, une clémence, et aussi le sentiment de la divine harmonie, qui lui fait contempler, impassible, l’écoulement de ses jours. Contemplation bénie, hommage du chétif au Tout- Puissant, instinctive reconnaissance de notre immortalité! Par sa force pleine de mansuétude, elle étouffe la rébellion des esprits; par sa naïveté, elle confond la superbe des raisonneurs et conquiert l’admiration des âmes adoratrices. Dépourvus, il est vrai, de la vitalité de ces transports qui transfigurent parfois les hommes en génies célestes, la contemplation de l’enfant et celle du vieillard ont néanmoins toute la candeur de l’enthousiasme viril, — et la candeur, c’est la grande force angélique, créatrice des œuvres stables. Puéril et sénil sont des termes en discrédit, qui ne seront réhabilités que le jour où le monde sera assez grand pour applaudir â la victoire de la sincérité sur la subtilité et de la douceur sur la force.
Il est des âmes solitaires et sacrées dont la vie n’est qu’une longue contemplation. Elles s’exaltent dans l’affection simple pour s’élancer hors du temps et planer aux régions sereines de l’amour pur. L’esprit divin ne se dirige-t-il pas vers ces créatures éprises d’un merveilleux amour? Son souffle doux et puissant, qui ne veut point être contrarié par une indépendance le plus souvent aveugle, ne recherche-t-il pas les cœurs désoccupés de vains désirs, pour y élire domicile et y faire vibrer des paroles célestes? Ne pénétre-t-il pas au fond des âmes innocentes ou purifiées par de touchants désespoirs, en ces âmes qui n’ont rien commis ou beaucoup racheté? Ces existences pieuses, sevrées de tous les plaisirs de la vie, n’inondent-elles pas de leurs clartés le monde des travailleurs ? Dieu approuve-t-il de tels sacrifices qui dépassent les forces de l’homme et enlèvent à l’humanité des facultés précieuses? Sans doute il chérit ces cœmrs ardents et fascinés par la
heures t)E PHILOSOPHIE
beauté et la grandeur de son œuvre; sans doute il laisse tomber des rayons d’amour et de compassion sur tous ceux qui se plongent dans le religieux recueillement, nous voulons dire dans la bonté. Il faut être bon pour jouir de sa propre expansion en présence de cet univers énorme qui doit absorber l’éphémère; il faut être sûr de sa probité pour ouvrir son cœur avec confiance devant la souveraine justice. Ce sont de nobles heures que celles où l’esprit, après avoir expulsé de soi les vaincs sciences, s’abandonne à l’amour en se confiant à l’inspiration infinie. Seuls de rares élus peuvent les goûter durant tout le cours de leur vie; rarement accordées aux profanes, elles sont inconnues des natures mauvaises. Comment le méchant pourrait-il les désirer et s’y complaire, lui qui ne s’encourage à vivre qu’en exploitant l’ignorance des foules ? Rentrer en son for intérieur serait se trouver face à face avec lui-même; invoquer la lumière d’outre-monde serait étaler au jour céleste sa difformité. Le pervers évite de porter les regards sur les gouffres infinis; il s’effraye d’une contemplation solitaire; il cherche le choc et le bruit pour s’étourdir, et ne trouve sa sécurité qu’en se jetant dans la multitude.
Aussi, en ce monde plein de tumulte, où chacun flotte au gré de ses convoitises , toute âme contemplative est-elle remarquable. Par sa force spirituelle, elle influe sur ceux-là mêmes qui lui sont hostiles; elle les humilie devant leurs perfidies, en leur montrant l’existence dans sa plus touchante simplicité. Il faut y voir l’honnêteté, l’innocence, la permanence d’un amour qui nait de l’excellence du cœur. La contemplation vient affirmer la liberté individuelle. En nous enseignant l’élévation morale et la bravoure solitaire, elle fait appel à notre divine origine. Flambeau dont la blanche lueur s’allume aux astres et fait pâlir la flamme rougeâtre des passions, l’esprit contemplatif est un vivant témoignage de l’amour infini , perpétuel, universel.
Nous qui, pour la plupart, emportés par l’action, vivons comme dans la fuite, pourquoi craindrions-nous de voir nous apparaître ces grandes âmes pensives, qui seront toujours, hélas! incomprises de la majorité vulgaire?
MEÜRËS de EHÎLÔSÔEHtE
Leur renoncement au monde ne mettra jamais d’entrave aux progrès de l’humanité, et le danger que nous nous enivrions d’idéal est loin de nous. L’humanité même nous enseigne à respecter ces âmes ravies en leurs transports d’amour, et qui demeureront toujours oubliées dans les siècles.
Château d’Acoz. Décembre 1867.
TABLE DES MATIÈRES
Dieu, nature, humanité (dans la première édition (1S7}), cette pensée figurait à la page 502), i. — Nature inspiratrice, n. — Spirilus ubi vult spiral, ni. — Triple source de science, iv. — Premiers principes, v. — Raisonneurs et penseurs, vi. — Perfection, vit. — Inspiration, viit. — Velu! timbra, ix. — Indifférence de l’homme, x. — Sources de la philosophie, xi. — Insatiabilité des désirs, xii. — Nature, alphabet des grandes lettres d’ombre, xni. — Nalura nos ad uirumque genuit, xiv. — Réalité : illusion, xv. — Effroi de la réalité, xvi. Mortuorum amor, xvii. — Scitur melius nesciendo, xviii. — Slant dura et inexorabilia, xix. — Théâtre, xx. — Renommée, xxi. — Le temps, XXII. — Regard circulaire, xxiii. — Silence instructeur, xxiv. — Chair et esprit, xxv. — Loi unique, xxvi. — Enivrements spirituels, xxvil. — Cauchemar, xxviii. — Germination de la pensée, xxix. — Q.u’est-ce que la vérité? XXX. — Physiognomonie, xxxi. — Idées innées, xxxii, xxxiii, xl.
— Atavisme, xxxiv. — ■ Unification, xxxv. — Prise de forme, xxxvi — Unité, XXXVII. — Conscience, xxxviii. — L’intention, xxxix. — La vie fine du centre, xu. — Anatomie, xui. — Ame captive, xuii. — Définitions nécessaires, xi.iv. — Allégories, xlv. — Bonté, xlvi. — Se tenir passif, xlvii, xi.viii.
— Expérimentation, xi.ix. — Univers porte-voix. L. — Amour-propre, u.
— Résignation, ui. — Sens intime, un. — Poésie religieuse, uv. — Philosophie spontanée, lv. — Esprit ignorant, lvi. — Courants magnétiques, t,vii
— L’école, LViii. — Les systèmes, lix. — Sciences naturelles, i,x. — Psychologues, LXi. — Songe métaphysique, LXil. — Sensibilité et stoïcisme, Lxiii, I.XIV. — Amitié, i.xv. — Amour, i.xvi. — Amour platonique, i.xvii. — Constance, lxviii. — Passion, lxix, lxx. — Possession, i.xxi. — Ah! miseril quos hic Deiis graviter urget, 1.XXI1. — Tu potes insanos animi compescere Inclus,
TABLE DES MATIÈRES
Lxxm. — Incola ego sum in terra, lxxiv. — Simplicité, lxxv. — Frivolité, Lxxvi, — Bonté, Lxxvii. — Spectocle de l’humanité, lxxviii. — Fronti nuUa fides, lxxix. — Liberté, lxxx. — Vanité, lxxxi. — Perversité, lxxxii.
— Sentiment de la gloire, lxxxiii. — Envie, i.xxxiv. — Susceptibilité, lxxxv.
— Médisance, lxxxvi. — Solennité, lxxxvii. — Orgueil, lxxxvhi. — Jésuitisme lxxxix. — Apparences trompeuses xc. — Distinction, xci. — Cercles antichrétiens, xcii. — Bonne société, xciii, xciv. — Mal-appris, xcv.
— Prendre ses aises, xcvi. — Mondanité, xcvii. - Trop parler, xcviii. — Contradicteurs, xcix. — Réfléchir répugne, c. — On discute sur des extrémités, CI. — Prolixité, en. — Non procédés amplius, cm. — Quanto simpiicius qnanto est humanius, illud, civ. — Comtempler, agir, cv. — Indifférence affectée, cvi. — Esprits positifs, cvii. — Le moi haïssable, cviii. — Dans les nuages, cix. — Fax, ex. — Raison impitoyable, cxi. — Esprits froids et analytiques, cxii. — Écoutez-vous les uns les autres, cxm. — Artiste, homme de lettres, oxiv. — Largeur d’esprit, cxv. — Subtilité d’esprit, cxvi. — Élévation d’âme, cxvir. — Amour, père des arts, cxviii. — Souffrance créatrice, cxix. — Symbolisme de la nature, cxx. — L’automne, cxxi.
— Esthétique, cxxii et suivantes. — Art et philosophie, cxxii. — Aimer son art, cxxni. — De la passion et de l’action naît l’art, exxiv. — Facilité d’éxécution, exxv. — Injuste mépris pour les poètes, cxxvi. — Génies sans nuances, cxxvii. — Beauté naturelle, cxxviii, — Réalisme, cxxix. — Sentiment de la vie, exxx. — Une nuance décide, cxxxi. — Inspiration et création, cxxxii. — Choix de modèles, cxxxiii. — Artistes malveillants, cxxxiv. — Peintres mystiques, cxxxv. — Ébauches, cxxxvi. — Du sublime, cxxxvii. — Mélancolie, cxxxviii. — Penser noblement, cxxxix. — Être de son époque, CXL. — Critiques pygmées, cxli. — Beautés voilées, cxui — Contraction et dilatation, cxliii. — Religion dans l’art, cxliv. — Mens divinior, cxlv.
— Sculpteurs grecs, cxlvi. — Les sincères et les habiles, cxlvii. — Beauté essentielle, cxi.viii. — Flebile nescio quid, cxi.ix. — Antipathies instinctives, CL. — Insectes, cli. — Forme humaine, clii. — Montaigne, cliii. — Aquarium, CLiv. — Respect envers la nature, clv. — Ruines, clvi. — Poésie incomprise, CLVii, CL VIII. — Réalisme, clix. — Romantisme, clx — Penser, clxi. — Œuvres mortes, clxii. — Livres ennuyeux, clxiii. — Parleurs clxiv. — Écrivains, clxv. — Fantasmagorie littéraire, clxvi. — Correspondance des gammes, clxvii. — Épithètes, clxviii. — Floraison de la pensée, clxix — Fougue dans le style, clxx. — Tout style est beau qui part de l’âme, clxxi. — Sphère pour les mots, clxxii. — Bon style, clxxiii. — Style fleuri, clxxiv.
— Immobilité apparente, clxxv. — Expansion, clxxvi. — Style enjoué, CLXXVii. — Transitions inutiles, clxxviii. — Style pénétrant, ci.xxix. — L’écrivain transfigure, clxxx. — Imagination et jugement, clxxxi. — Forme et fond, CLXXXii. — Style coloré, clxxxiii. — Rêverie éveillée par le terme, CLXXXiv. — Idéalisme et réalisme équilibrés, clxxxv. — Expression dominante, CLXXXvi. — Littérateurs, CLXXxvii. — Correcteurs, ci.xxxviii. — Biographes, olxxxix. — Un monde endormi en nous, cxc, — Imitation de Jésus-Christ, .cxci. — Pascal, cxcii. Ridicules humains, cxciii. — Fausse
TABLE DES MATIÈRES
originalité, oxciv. — Facilité d’écrire, oxcv. — Agir sans bruit, cxcvi. — Style plein, cxcvii. — Cesser de plaire, cxcvm. — Faire entrevoir, cxcix.
— Moyen âge, co. — Génie, cci. — Divination, ccii. — Pensée foncière, cciii
— Tacite, ocnv. -- Grand art littéraire, ccv. — Formes brusques, ccvi. — Cadence souveraine, ccvii. — Justice infinie, ccviii. — Moralité des œuvres, ccix. Puissance des religions, ccx. — Fausse vie, dcxi. — Nourrir l’illusion, ' ccxii. — Fugacité, ccxm. — Méditation, coxiv. — Majesté et mouvement, coxv. «— Périphrases, ccxvi. — Écrivains, ccxvii. — Philosophes et tribuns, ccxviii. — Lectures émouvantes, ccxix. — Expérience et poésie, ooxx. — Sénèque, ccxxi. — Ignorants expansifs, ccxxn. — Il appartient aux beaux d’être écoutés, ccxxm. — Vieillards joyeux, ccxxiv, — Vie mondaine, coxxv.
— Se surfaire, ccxxvi. — Vulgarité native, ocxxvii. — Air prétentieux, ccxxviii. — Sincérité, ccxxix. — Arrogance servile, ccxxx. — Chaque jour enseigne, coxxxi. — Ame du poète, ccxxxii. — Discussion, ccxxxm. — Raison générale, ccxxxiv. — Exubérance du cœur, ccxxxv. Idéalisme, ocxxxvi. — Prudence, ccxxxvii. — Divine dépendance, coxxxviir. — L’âne de la fable, coxxxix. — Soif de renommée, coxli. — Valeur de la distinction, ccxLi. — Sottise et ivresse, coxlii. — Châtiment du mal-appris, ccxliii. ~ Esprits mal fait^, ccxliv. — Expression de l’envie, ccxlv. — Romanciers, ccxLvi. — Du rire, ccxlvii, — Moralistes, ccxlviii. — Ex anitno otnnia, ccxLix. — Modestie des génies, ccl. — Lucrèce et Virgile, ccli. — Athéisme, ccLii. — Homme de joie, ccliii — Diction, ccuv. — Joie du penseur, cclv. Bien augurer des hommes, cclvi. — Sans façon, cclvii. — Présomptueux, ocLvm. — Présences répulsives, ceux. — Le double jeu, colx. — Les exigeants, cclxi. — Versatilité, cclxii. — Citadins, oclxiii. — Outrecuidance. ccLXiv. — Orthographe, cclxv. Psychologie, oclxvi. — Portraits, oclxvii.
— Momus et Minerve, cclxviii. — Ambitions, cclxix. — Mon brave, colxx.
— Les bons princes, ccLXXi. — Nous estimons ceux qui nous méprisent. ccLxxn. — Écouteurs, cci.xxiii. — Donneurs de conseils, cclxxiv — Mauvais prêcheurs, cclxxv. — Doubles faces, cclxxvi. — Donneurs de conseils, ccLxxvu. — Hospitalité, cclxxviii. — Sottes preuves, cclxxix. — Orgueil des savants, cclxxx. — Pédantisme, cci xxxi. — Des noms, CCLXXXH. — Prestige du nom, ccLXXxiii. — Notre individualité, cclxxxiv. — Mémoire, cci.xxxv. — Esprits récalcitrants, oolxxxvi, — Oisiveté, cclxxxvii. — Les partis, ccxxxviii.
— Métaphysique, cclxxxix. — Métapli}'siciens, ccxc. — Ni fumée ni étincelles, ccxci. — Embrasement intime, ccxcii. — Harmonie de la forêt, ccxciii. — Respect des vies, ccxciv. - V^erbe tranchant, ccxcv. — Éducation 'moderne, ccxcvi. — Science et ignorance, ccxcvn. — Les experts en psychologie,coxcviii. — La société présente, ccxcix. — Verba volant, cco. — Observateurs superficiels, ccci. — L’antiquité, cccii. — Incandescence créatrice, ccciii
— Génies, ccciv, cccv, cccvi. — Termes expressifs, occvii. — Contrées pauvres, oooviii. — Parcs modernes, cccix. — Objets payés, ceex. — La majesté effraye, ocoxi. — L’éloignement immobilise, cccxii. — Des sites, cccxiii. — Style du philosophe, ceexiv. — Choisir un mouvement entre mille, cccxv. — Les sphinx, cccxvi. — Instruction, cccxvii. — Force nerveuse.
TABLE DES MATlàRES
cccxvm. — Attitudes imposantes cccxix. — Familiarité, cccxx. — Penser, cocxxi. — Complexité métaphysique, cccxxii. — Pensée pure, cccxxm. — Aspirations, cccxxtv. — Endosmose, cccxxv. — Mouches sous cloche, cccxxvi. — Style royal, cccxxvii. — Le bel esprit, cccxxviii. — Style terne, cccxxix. — Plagiaires et faussaires, cccxxx. — Demi-science, cccxxxi — Silence obligé, cccxxxii. — Mépris envers les philosophes, cccxxxin. — Importance des lettres, cccxxxiv. — Misanthropie, cccxxxv. — Amour de la vérité, cccxxxvi. — Orgueil des savants, cccxxxvii. — Les modestes, cccxxxvin. — Plus d’intimité, cccxxxix. — Sciences secondaires, cccxl. — Orgeuil à l’envers, cccxi.i. — Masques, oocxLii. — Vêtement, cccxLiti — On s’éclaire d’autrui, cccxLiv. — Charlatanisme silencieux, cccxLv. — Etre cenciliant, cccxlvi. — Jugement, cccxLvn. — Faux étonnement, cccxlviii. — L’admiration, cccxnx. — Frais d’amabilité, cccL. — Esprit sans justesse, cccLi. — Hypocrisie, cccLti, ccxjnii. — Sourires moqueurs, cccliv. — Arrièrepensées, cccLV. — Les impolis, cccLvi. — Égoïsme, ccclvii — Esprit et bonté, cccLvni. — Esprit de dénigrement, cccux. — Bonne éducation, cccLX.
— Cupidité, cccLXi — Fausse douceur, cccLXii. — Répression, cccLXiii. — Cupidité et dévotion, cccLixv. — Effronterie, cccLXV. — L’amour ne s’analyse pas, CCCLXVI. — Ames croyantes, ccclxvii. — Le bon goût, ccclxvki. — Fausse démocratie, cccxix. — Bassesse, cccuxx. — Trop ou trop peu, cccLXXi. — Suffisance, cccLXXii. — Science empruntée, ccclxxiii. — Fausse situation. cccLXXiv. — On prête ses discours à autrui, ccci,xxv. — Testament ridicule, ccCLXxvi — Le médisant, coci.xxvn. — Curiosité de valet, cccLxxvm.
— Hiérarchie des sentiments, ccci-xxix. — Esprits pratiques, cccLXXX. — Patience commandée, cccLxxxt. — Servilisme, ccct.xxxii. — On fouille la terre, non les âmes, cccLXXXiii. — Le miroir, CCCLXXXIV. — Ignorance, ccci.xxxv. — Savoir vivre, ccclxxxvi. — Voir le fond, ccclxxxvii. — Vauvenargues, cccLXXxvin. — Injustice, ccclxxxix. — Le père se sacrifie, cccxc. — Trop raisonner, cccxoï. — Raison et sentiment, cccxoti. — Moquerie, cccxciii. — Apôtres du progrès, cccxciv. — Démocratie matérialiste, cccxcv. — Indépendance, cccxcvt. — Homme, animal religieux, cccxcvii. — Triomphe de ses principes, cccxcviii. — Science profonde, cccxcix. — Accent de reconnaissance, cccc. — Royaume de la charité, cccci. Écoutez la cloche, ccccii — Tomber pour s’élever, occcm. — Pensée, amour, cccciv — Clarté, pénombre, ccccv. — Noverim me, noverim te, ccccvi, — Conjectures vaines, ccccvii. — Recherche du mystère, ccccviii. — Le singe et l’homme, ccccix. — Successeur de l’homme, cccox, ccccxi. — Chronologie, ccccxii. — Homme, dernier échelon, ccccxiii, ccccxiv. — La vogue, ccccxv.
— Vertus cachées, ccccxvi. — Un même courant, ccccxvn — Etre humain, c’est..., ccccxviii. — Compassion insultée, ccccxix. — Fanatisme, ccccxx, ccccxxi, ccccxxii, cccoxxiv. — Opinions intéressées, ccccxxiii. — Religion, ccccxxv. — Paroles sentencieuses, cccoxxvii. — Modestie, ccccxxvii. — Scène du monde, ccccxxviii. — Génie instinctif, ccccxxix, — Style diffus, ccccxxx. — Providence, occcxxxi. — Faux savant, ccccxxxii. — Providence, ccccxxxni. — Hors des principes éternels, ccccxxxiv. — Instruction singulière.
TABLE DES MATIÈRES
ccccxxxv. — Bonté méprisée, ccocxxxvi. — Fausse bonhomie, ccccxxxvii. — Utilité du bonheur, ccccxxxvui. — For intérieur, ccccxxxix. — Originalité, ccccxL. - Exaltation, cccoxLi. — Les incapables, ccccxut. — Être aimé, CcocxLiii. — Nuit intérieure, ccccxiv. — Paix dans la passion, ccccxLV. — Amour hâtif, ccccxLVi. — Amitié, ccccxi.vii. — Modestie, ccccxi.viti. — Fortune, ccccxi.tx. — Premier jugement, CCOCL. — Physionomistes, cccci.i. — Éducation, ccccui. — A table, ccccLtii. — Injustes, ccccuv. — Population, ccccLv. — Taciturnes, cccclvi. — Violents, cccclvii. — Préoccupation vaine, cccci.vm. — Familiarité avilissante, cccci.ix. — Joie, félicité, cccolx, cccci.xt.
— Contemplation, cccci.xii. — Regards exercés, ccocLxm. — Lieux communs, ccccLXiv. — Mépris, coccLXv. — Bonheur, cccct.xvi. — Discussion, ccoci.xvii.
— Égoïsme, CCCCI.XV111. — Charité calculée, ccccLxix. — Fanatique, ccoct.xx.
— Faux religieux, cccclxxi. — Ma franchise, ccccLxxti. — Résignation, cccci.xxrii. — Arrogants, ccccLxxiv. — Sincérité, cccclxxv. — Esprit omnivore, CCCCLXXVI. — Pauvreté, opulence, cccCLxxvit. — Sottise humaine, cccci.xxviii. — Bon sens, cccclxxix. — Obéir, cccct-xxx. — Hiérarchie, cccci.xxxi. — Sagesse du monde, cccci.xxxii. — Hâbleurs, ccccLXXXtit. — Ressort des opinions, cccoLXXXiv. — Profondeur et clarté, cxxtCLXXXV. — Esprits vulgaires, cccci.xxxvt. — Imbécilité, ccxîclxxxvii. — Microcosme, ccccLxxxviti. — Sentiment inné, ccccLXXXti. — Jugement équitable, coxe. — Amour-propre, CDxoi, — Préciser, cdxcii. — Respecter la vieillesse, cdxciii,
— Image de la vie, CDXCiv. — Penseur et plongeur, cnxcv. — L’archer invisible, cDxcvi. — Décembre, cnxcvn. — Identité, cdxcviii. — Multitude des êtres, CDXClx. — Nott bis fmeri sed semper, d. — La force et le droit, Di. — Protestations, Dit. — Le cœur supérieur aux doctrines, diii. — Révolte, mv. — Désespoir, nv. — Fanatisme, Dvi, — Justice infaillible, Dvii. — Mort, dviii, dix. — Réalité, Dx. — Deux objectifs, dxi. — Crime, Dxn. — Paresse, Dxiit. — Esprits libéraux, Dxiv. — Avenir, Dxv. — Amhula simpliciter, dxvi. — t Génération spirituelle, nxvii. — Libres et captifs, Dxvm. — Tout dans tout, dxix. — Esprit pensif, dxx.
— État compréhensif, Dxxt. — Beauté et justice, Dxxii. — Solidarité et unité Dxxitt. — Humilité, dxxiv. — Double dépendance, nxxv. - Système, Dxxvi. — Volonté pure, dxxvii. — Plaisirs et bonheur, dxxvui. — Paix intime, Dxxix. — Mes amis, dxxx. — Pauvreté, Dxxxi. — Esprit actif, nxxxii. — Mélancolie, Dxxxiii. — Créatures fugitives, Dxxxiv — Êtres éphémères, dxxxv. — Bel esprit, Dxxxvi. — Jeunesse du cœur, dxxxvii. — Vie, mort, dxxxviii. — Fleur cueillie» Dxxstx. — Esprits progressistes, dxl. — Réformes, dxli. — Fortune, Dxi.n. — Trafiquant, Dxnii. — Cupidité, dxliv. — Spectacle de l’univers, dxlv. — Fuite de toutes choses, dxlvi — Raison orgueilleuse, dxlvii. — Amour du merveilleux, DXLvtit. — Tables tournantes, dxlix. — Scepticisme, dl. — Conscience, DU. — Négation de Dieu, dlii. — Prendre Dieu à témoin, di.iii. — Idéalisme, Di.iv. — Vérités de moyen ordre, dlv. Abstraction, dlvi. — Opinions différentes, DLvii. — Savoir douter, di.viii. — La vie se disperse et se ramène sur elle-même, dlix. — Espérance, dlx. — Instinct d’obéissance, dlxi. — Le beau, le vrai, le juste, dlxu. — Romantique et classique, dlxiii. — Artiste de génie, DLMv. -- Pierre de touche, dlxv. — Esprit critique, dlxvi. — Gens entêtés,
TABLE DES MATIERES
DLXvii. — Su'cepiibilité, dlxviii. — duerelles, dlxix. — Sentiment chrétien, tiLxx. — Du rire, di.xxi, dlxxii, m.xxiii. — Ambition, dlxxiv. — Fin et moyen, DLxxv. — Raisonnement, dlxxvi. — Progrès, dlxxvii. — Conseils, dlxxviii. —
— Intrigues, dlxxix.— Moralistes, dlxxx.— Silence expressif, m,xxxi.— Fortune, DLxxxii. — Expansion, DLXxxiii et Di.xxxiv. — Simplicité, Di.xxxv. — Bienveil lance, dlxxxvi. — Ruse, dexxxvii. — Perfection, dlxxxviii. — Gous-ernants, Di.xxxis, uxc. — Bien-être, dxci. — Honneurs, nxcii.— Esprit de famille, Dxcai.
— Humanité, Dxctv. — Passé, Dxcv. — Société, nxcvi — Contradiction, nxcvii.
— Fraternité, Dxcvlii et Dxcix. — Travestissements, oc. — Bonté, beauté, net.
— Vieillesse, Dcii — Sottise, DCiii. — Demi-raison, dciv. — Vulgarité, dcv.
— Les emportés, dcvi. — Progrès, Dcvn. — Esprits cfflorescents, Dcviii. — Pitié, Dcix. — Jugement posthume, Dcx. — Vieillard, dcxi. — Tendresse, dcxii.
— Conscience, ncxiii. — S’effacer, dcxiv. — Compassion, dcxv. — Gaieté, Dcxvi. — Souffrants, DCxvii — Malice, dcxviii. — Politesse, dcxix. — Impossibilité, Dcxx. — Rusticité, Dcxxt. — Moraliste, dcxxu. — Dévouement, Dcxxtii.
— Égoïstes, Dcxxiv. — Avarice, dcxxv. — Divertissement, dcxxvi. — Mondanité, Doxxvti. — Familiarité, Dcxxviti. — Mésalliances, dcxxix. — Médiocrité, Dcxxx. — Préjugés, Dcxxxi. — Outrecuidance et modestie, ncxxxtt. — Dévots, Dcxxxiii. — Amitié, Dcxxxtv. — Contemplation réfléchie, ucxxxv. — Ages de la vie, Dcxxxxi. — Adversité, dcxxxvii. — Éblouissement, ncxxvitt. — Aimer, connaître, souffrir, Dcxxxix. — Extrême confiance, dcxi,. — Pusillanimité, Dcxi.t. — Scepticisme, dcxlii, — Air capable, dcxuii. — Expansion, dcxuv. — Logiciens, dcxi.v. — Menace et persuasion, dcxlvi. — Vie solitaire, DCXl.vii. — .Moralistes, dcxi.viii. — Gens d’affaires, dcxiix. — Christianisme, dci.. — Désirer mourir, dch. — Douleur, Dcui. — Charité, dcuii. — Spectacle du monde, DCLtv. — Echelle des êtres, dci.v. — Immortalité, dclvi. — Tu mourras, Dci.vii. — Dire et faire, dolviii. — Instruction, ueux. — Révolte, dclx. — Esprits créateurs, DCl.xi. — MinuU prasenliii Jamam, DCi.xn. — Souvenir de la personne, DCl.xiii. — Amour de l’absolu, doi.xiv, — Immortate jecur tondens, DCi.xv. — Les cloches, dclxvi. — Passé et avenir, dci.xvii. — Philosophe incompris. DCi.xviii. — Complexité des sentiments, dci.xix, — Écrivains méthodiques, dclxx. — Sévérité, dclxxi. — Recueillement, dci.xxii. — Gaieté, DCLXXlii. — Génies philosophiques, dci.xxiv. — In pulverem, DCi.xxv, — Christianisme, dci.xxvi. — Reproches aux morts, dclxxvii. — Volabo et requiescam, dclxxviii. — Nitens lux, horrenda procella, lenebris aternis invohita, DCI.XXIX. — La Renommée, doi.xxx. — Vieil iler dnntm pietas, dclxxxi. — La vérité, Dci.xxxii. — Qiiid niulla? dci.xxxiii. — Immemor homo, dclxxxiv. — Contempler Dieu dans la création, nci.xxxv. — Bto; à'(xD,txô; sv tû trwpaTi, DCLXXXVI.