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C’est par la frayeur de paraître gauche qu’on acquiert l’air prétentieux. On greffe ainsi le ridicule sur l’ignorance.
Il faut être bien mal né pour être disgracieux dans ses attitudes, alors qu’on est sincère.
Les arrogants sont serviles. Qu’expriment leurs gestes? Le mépris de la faiblesse et l’estime de la force. Vivant sur l’extérieur, ils dédaignent d’analyser cette faiblesse et cette force. Le lâche se montre audacieux devant le timide, pour redoubler la crainte qu’il inspire : — sa morale va jusque-là.
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HEURES DE PHISOLOPHIE
Les sciences éloignent de la vérité essentielle par rorgneilleuse satisfaction qu’elles nous donnent : l’esprit est rempli; il n’y a plus place pour les impressions naturelles. Quelle prétention, d’oser dire qu’après vingt ans d’études nous posséderons telle science! Nous ne connaissons jamais rien parfaitement. La circulation universelle est permanente, et notre esprit toujours en mue. Les vagues du temps s’entre-choquent à nos fronts, modifiant sans cesse nos pensées. Le vieillard s’instruit à chaque instant du jour; lorsqu’il meurt, il commence seulement à entrevoir.
La politique, la physique, la chimie, l’astronomie, — autant de spécialités pour l’esprit. Les individualités s’y enfoncent plus ou moins loin, selon leur vigueur; mais elles ne font entendre que des voix isolées. Elles ne touchent qu’à certains points de l’univers. C’est en l’âme du poète que résonne harmonieusement l’immense et éternel concert. Elle est microcosme, point central où se reflète l’esprit cosmique, et d’où il irradie.
Ils ont une singulière façon de discuter : ils sautillent sur des extrémités. Il est impossible de les rencontrer face à face. Mille faits insignifiants se sont fixés en leur mémoire trop impressionnable. Vous vous sentez accablé par leurs citations incohérentes. Il faut toujours qu’on les ramène à la question première. Leur faiblesse est de regarder çà et là avec trop d’intensité, et de ne savoir se taire sur certains détails sans importance. Ils sont les hommes d’un livre ou d’une idée, au lieu d’être les enfants de leur génie naturel. Ils théorisent sur la
Meures de philosophie
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première base venue, ou bien ils répètent avec animation le système de tel théoricien. Si, de votre côté, vous voulez user de citations, ils se rabattent sur l’écrivain dans lequel vous les avez puisées. — C’était un vilain homme! — V’ous objectez que vous jugez la pensée en elle-même, abstraction faite de l’auteur; mais ils n’entendent pas de cette oreille : ils vous jettent l’homme au devant de son livre. C’est se donner beau jeu. Ils ne peuvent rien d’autre en effet : jouter avec vous, non pour s’éclairer, mais pour se faire valoir.
Avoir les cinq sens également subtils, être plutôt passif qu’actif, voilà ce qui donne la raison générale. Tout se lie, tout est connexe. Pour avoir le jugement sûr, il faut avoir une grande pratique de la vie extérieure, jointe à une extrême prudence. C’est par le dehors que l’on s’introduit au dedans. L’homme, étant plus matière qu’esprit ,' est naturellement dans le dehors. C’est en s’appuyant fermement sur la nature extérieure qu’il se pousse au dedans. Il est l’aventurier cherchant science et fortune. S’il n’est pas attentif au phénoménal spectacle de la vie externe, que rapportcra-t-il au for intérieur.^ Se dire poète, se dire philosophe, sans pouvoir distinguer la guêpe de l’abeille, l’orme du tremble, semble paroles présomptueuses.
L’humanité nous offre un navrant spectacle : celui de l’irréflexion avec laquelle tant d’hommes généreux font le sacrifice de leur vie. Que de sang, de larmes, répandus inutilement! Des générations entières sont anéanties en leur germe par la bravoure inconsciente et l’exaltation de quelquesuns. Les cœurs les plus chaleureux ne s’unissent pas toujours, hélas! aux esprits les plus clairvoyants. On devient l’obscure
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victime de sa nature passionnée : rien n’est plus digne de notre compassion. Quelle que soit l’injustice de leur cause, on plaint ces hommes sincères et fanatisés qui se ruent aux ténèbres inconnues, par amour de l’idée, et ne recueillent que les malédictions de la foule. — Elle jugera l’acte, non l’intention. — Leur héroïsme peut racheter leur aveugle audace; ne voyons en eux que des infortunés, de pauvres enfants, perdus par l’exubérance de leur cœur.
Il semble que l’idéal qui ne fleurit pas sur le génie de la réflexion doive nous mener aux injustices.