CCCXXXVI
Les hommes, en général, n’ont aucun amour pour la vérité : ils ont le goût des plaisirs. Ils vilipendent les esprits qui, s’inspirant de la justice éternelle, osent leur dire leurs vérités. Ils se mettent la main sur les yeux, croyant ainsi échapper au regard perspicace de ceux qui jugent avec des vues indépendantes. Ils se
HEURES DE l'IIlEOSOPHIE
fâchent, si on leur parle de leur néant, et de leur disparition, si prochaine! Dites-leur qu’ils sont de la famille des dieux et seront partout adorés, pour qu’ils soient vos amis. Quand ils se croient héroïques, ils ne sont qu’étourdis. Ils sont mendiants d’adulations. S’ils accordent des mérites au moraliste, ils le fuient. Le regard pensif est importun à qui ourdit sa trame dans les ténèbres ou gambade sur des tréteaux. Ils trouvent hideuse et répulsive la pensée de la mort, parce qu’ils sont tout entiers au masque funèbre et ricanant qui restera d’eux. Mais mourir, n’cst-ce pas toujours vivre, en d’autres sphères. Caresser la pensée de sa disparition, n’est-ce pas caresser le sentiment de la vie imperdable? Ils se tiennent comme sur un petit point de l’univers, ceux qui n’osent rouler en leur pensée les mystérieux phénomènes du temps destructeur! Où résident à la fois le positivisme et la poésie profonde, sinon en cette contemplation? En vain veut-on faire flamboyer sa courte vie : elle n’est que vapeur flottante. Il faut la considérer dans son ensemble, mêlée à la vie univer-selle, infinie. On ne redoute plus alors cette chose si naturelle : la métamorphose.