DLII
Ceux qui nient Dieu peuvent être des gens de bonne foi; mais assurément, étant à ce point emportés par la passion de leur esprit, ils accusent courte vue philosophique et épaisseur de sens. Le mot Dieu éveille en leur esprit l’image d’une créature qui se tient immobile et ennuyée au centre de l’univers, ou bien ils se représentent la divinité comme un grave personnage qui tire les fils de leurs volontés. On conçoit qu’une telle conception heurte la raison. Voulant chasser de leurs yeux ces grossières images, on leur dit que Dieu est pur esprit ; mais ils ne peuvent comprendre davantage. Ils se rabattent alors sur les lobes de leur cerveau, admettant ou rejetant la Providence, selon que ces lobes contiennent plus ou moins de pulpe religieuse. Dieu, disent-ils, est une création de la pensée humaine; il est idée purement subjective. Et ils ajoutent, par ignorance ou subtilité: Imaginons un oiseau qui adorerait un oiseau éternel! — Ce disant, ils se croient bien au-dessus du modeste vulgaire, et bien avancés en la science! Mais il est nécessaire qu’ils fassent un pas de plus s’ils veulent arriver au bord de l’abime de la vérité. Quel penseur a jamais prétendu que l’esprit divin n’est que l’esprit de l’homme.
meures de philosophie
éternel et omnipotent? Quel esprit sérieux ne sait qu’écrire le mot: Dieu, c’est écrire le mot : Mystère? Quel cœur sincère ne se récrierait en voyant l’audace de ce savant qui, ne pouvant expliquer Dieu, le nie? L’âme de l’homme, en communion permanente avec la nature, se sentant contingente, et jamais troublée par la suffisance, reconnaît une providence divine. L’esprit isolé, égaré par l’amour-propre, est récalcitrant aux vérités de sentiment. « La peftte de l’homme, a dit Montaigne, c’ftt l’opinion de fçavoir. »