‹ Heures de philosophieChapitre 97 sur 102 · DCXLVI · texte numérisé non relu

DCXLVI

Les esprits obscurs se mènent par la menace; les grands cœurs, par la persuasion. Il est des caractères indomptables, au-dessus de toute crainte, dont on ne peut rien obtenir par commandement, et tout par affectueux procès : ce sont les plus nobles.

DCXLVII

La vie mondaine voile nos vertus et nos vices en affaiblissant notre caractère. La vie solitaire exagère nos qualités et nos défauts en développant notre individualité. Comparez l’arbre grêle

HEURES DE PHILÔSOEMIË

d’une pépinière à l’arbre qui étale librement ses rameaux dans une plaine déserte. D’une part, l’élégance banale; de l’autre, l’expression violente de la vitalité.

DCXLVIII

Nous pouvons juger de haut l’humanité lorsqu’il s’agit de ses qualités abstraites, que nous voyons dans l’éloignement. Mais pour bien apprécier les hommes, il ne faut jamais vouloir se tenir loin d’eux sous prétexte d’élévation morale, et parce qu’on ne serait point entaché de leurs vices. Nous devons nous laisser entraîner dans le courant humain, si nous voulons produire avec précision des aperçus particuliers, et en ceci imiter l’astronome qui, rapprochant de lui l’image de la lune par une lentille très puissante, devrait imprimer à son télescope le mouvement de rotation de l’astre pour en distingùer les détails.

DCXLIX

On se trompe en s’imaginant que les génies poétiques ou philosophiques qui illustrèrent leur siècle professaient un mépris injuste pour les gens d’affaires. En général, ce sontces derniers, quelque nuis qu’ils soient, qui raillent et injurient les grands hommes dont le désintéressement fait honte à leur propre vénalité.

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