LE CZAR IWAN
Quand aux naseaux de Tours ils attachent leurs dents!
A l'heure où le jour tombe, où les soulis glapissent ,
Quand les oiseaux du lac dans les creux se tapissent,
Toute la bande alors s'en va , par les glaçons,
De leurs postes de nuit déloger les oursons ;
Moi, je m'éveille au bruit de la meute ébranlée ;
Ou je m'élance en rêve au fort de la mêlée ,
Quand l'ours saisit les chiens, que sous ses doigts sanglans
Craquent les os brisés qui leur percent les flancs.
Des hasards, des dangers, du bruit, voilà ma joie!
Laissez-moi me nourrir, me vêtir de ma proie.
Me rouler sur la neige, à la pente des monts,
Pour éteindre ce feu qui brûle mes poumons.
Voyez,- c'est là le sort qu'un empereur demande !
Qu'on me vole l'empire, et qu'une autre y commande,
LE CZÀR IWAN. 61
Je n'en suis point jaloux, car le vrai possesseur.
Le roi des champs, des bois, des monts, c'est le chasseur !
Le soleil qui s'incline au rebord des falaises , Gomme autant de flambeaux » allume les mélèzes , Les sapins chevelus, les rares peupliers ; Ses derniers feux viendront mourir sur mes piliers.
Comme ce soir est beau ! Voyez , par les arènes, Où le vieux paysan suit un troupeau de rennes. En voici sur le roc qui tendent leurs filets, Qui traînent leurs bateaux criant sur les galets ; Chacun , sûr de trouver, à l'heure accoutumée , Son souper, sa famille et son feu de ramée.
Le mal du jour leur vaut le calme de la nuit. •