‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 37 sur 55 · LES FALAISES DE FLAMANVILLE O · texte numérisé non relu

LES FALAISES DE FLAMANVILLE O

Salut! rochers témoins des premiers jours du monde. Mystérieux chaos dont j'aime la grandeur , Rempart infranchissable où la vague profonde Rugit comme un esclave aux pieds de son vainqueur-

(*) Voycs l«s notes a la fin du Tolume.

Vos beautés tristes et sauvages Portent le sceau des anciens jours, Où Dieu*pour venger ses outrages, Des flots ne retint plus le cours.

Yos masses lourdes et blanchies, S'étonnant de se voir franchies, Luttèrent alors A^ainement ; Vos fôrtçresscfs s'écroulèrent , Et comme un vain sable, roulèreni Au fond de l'abîme écumant.

Puis bientôt, quand la voix puissante Du Dieu qui pardonne et punit.

Eut dit à l'onde frémissante De rentrer dans son vaste lit , Bondissant sous ses grottes sombres.

Ainsi que d'immenses décombres Elle vous laissa sur ses bords.

Et sur vos têtes prophétiques.

Où la tempête a ses cantiques, Moi, je rends mes faibles accords.

Oli! quelliomme est petit quand son néant contemplé Les terrestres beautés de ton œuvre immortel I Est-il donc vrai , mon Dieu , si le monde est ton temple Que tu choisis nos cœurs pour j placer l'autel ?

Nous, plus faibles que ta pensée Que nous ne pouvons contenir, Nous, dont la sagesse insensée Est sans regard pour l'avenir ; Nous, dont l'âme ne te retratc

Qae comme une ombre qui s'effiice Au lac où le vent va frémir ; Essence coupable et plaintive, A la douleur seule attentive.

Et (pie tu créas pour gémir»

Pourtant, mon Dieu, ce n'est point l'âme Qui proclamant ton nom pompeux, Croit l'écrire en lettres de flamme Après l'avoir lu dans les cieux ; Ce n'est point cette âme orgueilleuse Où, quittant ta cour glorieuse Tu viendras fixer ton séjour ; Mais c'est l'âme bumble en sa pensée L'âme souffrante et délaissée, Qui sert d'asile à ton amour.

in.

Monts , anti(pie océan , que j'aime vos abîmes ! Dieu semble en traits plus clairs s'y montrer à nos yeux , Et vos âpres sommets sont des gradins sublimes D'où l'âme est plus agile à monter y^rs les cieux !

Elle y monte avec la tempête Qui va gronder sur l'océan, Anticpie et puissant interprète Des vengeances du Tout-Puissant i Avec la vague étincelante Qui se dresse , écume et serpente Sur la crête des noirs brisants , Et, versant des flots de lumière, Retombe ainsi (pi'une poussière t)e saphirs et de diamants.

feUe aime à suivre la nacelle , Qui, se balançant sur les flots^ A la brise livrant son aile , Court^snr la foi des matelots ; Elle aime à suivre le navire Qui des mer» tient le vaste empire^ Et qu'attend un sort glorieux ; Tandis que l'oiseau du rivage Gaiement s'abandonne à l'orage , Car il a son pilote aux ciéux ! .

' Mais, ô rochers battus par tant de flots et d'âges tjuel fer profanateur envahît vos remparts ?. . . . D'oùvientque l'hommCjôrner! s'attache à tes rivages j Comme au boa gisant, d'avides léopards !

Il a sondé ces basiliques , Et renversant leurs fronts vantés, Il taille en leurs sacrés portiques^ Les dalles noires des cités !

Là, de l'homme avide et superbe Les pieds fouleront comme l'herbe Leurs sommets jadis triomphants , Et l'émeute, au lieu des tempêtes.

Bientôt bondira sur lettre têtes Qu'ont respecté quatre mille ans !

N'importe , ô roches séculaires !

Comtne l'oiseau du vieux manoir, Vos ruines hospitalières A leurs pieds me verront m'asseoir :

Là vers Dieu je m'élance , et prie Pour la France, pour ma patrie Qui lutte, aux cris des factions ;

Puis, me repliant sur moi-même ,

Je montre à Dieu tous ceux que j'aime,

Pour qu'aux cieux il grave leurs noms.

FlamanyiUe, %i août i835.

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