‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 36 sur 55 · PRIÈRE A LA MADONE · texte numérisé non relu

PRIÈRE A LA MADONE

Pour la dernière fois, ô Vierge, quand ma mère A l'autel qu'elle aimait me guida par la main,

Sa bouche t'adressa cette courte prière,

Et j'étais orpheline, hélas! le lendemain :

•^ • Je te laisse ô Vierge fidèle » L'enfant que je ne dois plus voir, » En mourant| j'emporte l'espoir » Que tu me survivras près d'elle. >»

Madone , tu le sais, j'ai pleuré bien long-temps^ Mais ton regard veilla si bien sur mon enfance. . . Je grandis, tu donnas à mon adolescence Un ami,— " notre amour vit déjà trois printemps.

£t o'est encor moi qui te prie, (Car Dieu dit: priez tous les jours.) De donner, ô Yierge Marie, Un fruit à nos jeunes amours*

Au nid qu'elle a tissu, la timide colombe • Voit bien ses deux petits voltiger tous les ans, Et si, comme on le dit, le pélican succombe.

C'est pour avoir donné la vie à ses enfatf s«

A son agneau tout blanc qui bêle.

Je vois accourir la brebis, Et la poule endort sous son aile^ Gbaquesoir, ses nombreux petits^

Oh ! qui me donnera le nom charmant de mère ?. . . Moi) si j'avais un fils je l'aimerais si bien ! Tu dois comprendre^ toi ! mes vœux et ma prière, Toi-même n'as tu pas un enfant sur ton sein ?

Un enfant I la gentille chose Dé le voir, quand son front sourit, Tendre ses petits bras de rose A l'heureux sein qui le nourrit !

Sa mère de bonheur triomphante et ravie

Le montre avec orgueil, et dit : il est à moi ! Et chacun le contemple avec un oeil d'en vie.... \ O Vierge, mon amour, je n'ai d'espoir qu'en toi!

Si quelque jour je deviens mère.

L'enfant dont tu m'auras fais don, Je te l'offirirai la première.

Et je veux qu'il porte ton nom.

Jeune encor il saura tes bienfaits, ta puissance, Et j'ornerai son cœur de naissantes vertus, Ainsi qu'à ton autel, aux jours de mon enfance. Je t'apportais les fleurs qui te plaisaient le plus.

Il saura que dès la jeunesse n faut honorer le Seigneur^ De son pain nourrir la faiblesse Et pleurer avec la douleur.

Oh! donne-moi ce fils!— Je veux, je veux moi-même A ton autel béni guider ses premiers pas^ Et ses petites mains^ pour montrer comme il t'aime Imiteront l'enfant que je vois dans tes bras.

Là, tous deux, bien long-temps, j'espère, Nous viendrons prier chaque jour>.

Jusqu'à ce qu'il vienne à son tour, Tout seul, te prier pour sa mère.

29 mars i8d5.

Page 1