‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 53 sur 55 · LES FALAISES B£ FLAMANVILLE · texte numérisé non relu

LES FALAISES B£ FLAMANVILLE

Les Falaises de Flamanville qui forment peut' être la plus belle partie de côtes de Normandie entre Cherbourg et Gran ville, sont comprises entre le petit port de Diélette au nord, et la plage de

Sciottot ai> sud, elles ont en suivant toutes leurs sinuosités de 4 à 5 lieues de longueur, et offrent une diversité d'aspects tous grandioses et imposants. Leur hauteur qui varie de 200 à 300 pieds, laisse souvent entrevoir des abîmes à pic, ou s'étage par degrés immenses jiisqu'à la mer. Les rochers qui les soutiennent sont noirs à , leur base, puis vont en s'éclaircissant jusqu'au sommet de la falaise, rougeâtres d'abord et enfin d'un blanc grisâtre. Ces derniers dont les masses semblent indépendantes les unes des autres, et qui forment en quelque sorte le couronnement de cet édifice naturel, sont groupés et accidentés de la plus merveilleuse manière ; et le point culminant de la côte, connu sous le nom de gros nez de Flamanville^ ofire certainement une des plus belles masses granitiques qui se puisse concevoir.

Par un beau soir d'été, yous jouissez, du sommet de ces côtes,'d'un très-beau coup d'œilmaritime. A vos pieds la mer grondera, même par le temps .

le |>lus calme, et reflétera, comme des fragments de drap d'or, la lumière mourante du soleil. A droite^ le cap de laHogue vous rappellera le douloureux souvenir du désastre de Tourville, et devant vous les îles de Gers )et d'Aurigny, de Jersey et de Guemesey, se détachant en sombre à ITiori- ^on, réveilleront dans vos coeurs le regret amer de les voir possédées par des mains rivales.

Depuis quelques années les roches granitiques dont ces côtes sont ornées, sont exploitées sans pitié par le fer et par la mine ; et leur supériorité incontestable a multiplié tellement les entrepreneurs, que grâce a l'engouement toujours croissant de r industrialisme j ces admirables falaises auront bientôt perdu leur caractère.

Encore un mot sur Diélette. Ce petit port que le Marquis de Flamanville construisit à ses frais sous Louis XIV, lui fut racheté par ce monarque. Sa rade protégée à l'est et nord-est par la presqu'île de laHague,est bonne et sure, et a d'ailleurs

le mérite d'être la sede entre Qierbonrg et Gran- Tille, où les vaisseaux puissent relâcher dans ces dangereux parages. Ce pokit n'est donc pas sans importance, et mérite d'autant plus Intérêt du gouTemementy que des frais assez peu considéra- Mes suffiraient provisoirement pour le préserver d'une destruction complète dont il semble mè' nacé.

LA mout bu soldat.

21 la illitnoir^ ie Hi(t)^panre.

( Cette note est empruntée à nne lettre de M. JaC4{uet de Fiti-james récemment insérée dans ia Mode.

Il y a cinq mois, à Toulouse, au milieu de la fête donnée à mon père par les royalistes, j*aper- ^us tout^à-coup Richepance à ime fenêtre. Il arrivait d'Orân qu'il avait quitté précipitamment pour

ne pas servir, me dit*il, sous les ordres du geôlier

d'une femme Je lui demandai ce qu'il avait

vu, lui qui voyait si bien et si juste. Il me dit alors ses voyages et ses combats, toute cette fin de sa vie si aventureuse et si guerrière. Il me dit tout cela avec cette énergie, cette poésie qu'il mettait dans ses récits, mais en même temps avec cette simplicité antique que vous lui connaissiez , vous tous, ses camarades , qui le pleurez maintenant. A trois heures il fallut le quitter, je partais à dix. « Adieu^ me dit-ily mon cher Fitz-James,... on parle de l'expédition de Constantine, je demanderai à en faire partie comme volontaire, peut-être finirai-je par trouver la mort du soldat, c'est ce que je désire, adieu.»

Il y a quelques jours, à la première nouvelle du désastre de Constantine, je lus ce qui suit dans une lettre de mon cousin à sa famille :« Chargé de porter à la brigade de Rîgny l'ordre de retraite, je traversai le torrent qui nous séparait de Constantine. Un bien

— 2S7~ •tristespectacle m'attendait. En arrivant, je prouvai le brave commandant Richepance coucKé devant le feu d'un bivouac ; il avait deux balles dans la poitrine, une troisième lui traversait le ventre et s'étaitarrétée à l'épine dorsale: « Adieu, Napoléon, me dit-il, je meurs pour la France !.... » Deux jours après , porté par douze grenadiers sur ui» brancard fait avec des fusils, il rendit les derniers soupirs.

Bichepance servait la France ; mais il faut qu'on le sache , il ne servait pas la révolution de juillet ; aussi les bommes qui nous gouvernent ont ils gardé le silence sur celte mort glorieuse ; c'est à peine si elle a été annoncée à la France par le maréchal Clausel. Les hommes du pouvoir n'ont pas oublié, dans cette circonstance, les nobles re* fus du volontaire d'Anvers et de Mascara.

Grâces et décorations , il avait tout refusé de la main de la révolution de juillet. Le soldat n'avait accepté d'elle qu'une place sous le canon. Riche-

ci byGoogle

pance est mort ce qu'il était en 1 830 , chef d'escadron. Il n'avait pas la croix.

Au mois de juillet 18c(0, Richepance était capitaine aux chasseurs de la Garde. Tout en désapprouTant les ordonnances, il fit noblement son devoir, il suivit son drapeau. Le fib du général républicain demeura fidèle à la cause rejalîsle , lorsque des noms de la cbevalerîe, comme il le disait lui-même, furent les premiers à l'abandonner. Cette âme grande et généreuse se révolta à la vue de toutes les trahisons de cette époque, — il donna sa démission. Le maréchal Gérard compagnon d'armes de son père lalui renvoya avec un congé. Yoici la réponse de Richepance :

Meian, l2aoAt l83o.

« Monsieur le Ministre,

« Je sens tout le prix du congé que vous voulez bien m'envoyer ; il est un hommage à la mémoire

<le mon père , et plus il vient d'un homme estimable, plus je veux en être digne ; vous me plaindrez et m'approuverez.

<t Mendiant, celui qui accepte les bienfaits de tout le monde. Le Daupbin m'a comblé de plus de bienveillance encore que de bienfaits, que j'avais la fierté de croire mérités. Je ne puis oublier ce prince , qui , au dernier moment encore, s'arrêta pour me dire: » adieu, mon cher Ricbepance, adieu : vous vous souviendrez de nous , n'est^e pas ? >» n s'est sacrifié aux fautes du vieux roi, son père ; maïs il n'a pas sacrifié le duc de Bordeaux. « Né et bercé dans les trois couleurs, je ne puis les bair ; et deux fois j'ai versé des larmes de sang sur leur cbute. Mais enfin, quinze années , l'Espagne où j'ai gagné le grade de capitaine avec mon sabre, Alger, m'ont rappelé que le drapeau d'Henri ly n'était pas plus conscrit que celui de la révolution, et que si mon père m'avait laissé une écbarpc tricolore teinte de son sang, mon grand-père aussi

m'avait laissé une croix de Saint - Louis honorable.

« Paris a bien pu s'insurger contre les fatales ordonnances , et vaincre héroïquement les efforts d'une troupe héroïque dans son devoir. Mais lorsqu'on a vu un maréchal de Morée, courtisan de dure écorce y conduire les omnibus à la victoire contre son vieux roi , non-seulement inoffeUsif , mais indéfensif , comment ne pas se rappeler le lion malade de Lafontaine ?

..:. Devant l'Européen armes verra-t-on la Fran(ïe aux frontières? Y verra-t-on Paris et ses banquiers? là^plusde coup de fusil en l'air ; là, plus dépavés; là , plus de fenêtres pour .tirer sur les officiers, plus de généraux intimidés sous le coup d'état ; là, plus de journaux pour flétrir le dévoûment au devoir, et la religion du serment au drapeau ; l'étranger frappera, il faudra riposter !

« Alors, M. le Ministre, je réclamerai ma place sous le canon ; trop heureux si je puis trouver une

mort digne de mon père, et sans avoir porté les ar* mes contre. .......

« Jusque-là, mon intention est de me retirer dans une petite campagne , où j'espère trouver le repos et l'oubli ! comme bourgeois , je souscris à tout ; commt soldat , je ne veux plus rien. >»

Je suis aTec respect ,

Baron de Richepance.

ERANCE ET BRETAGNE.

'^ m. «i). it la |t).

auteur d'oN oisBit du ■abdiimc.

Dans cet article , où, chose assez peu commune, une imagination féconde se trouve jointe à une profonde érudition, Fauteur après avoir développé les principaux caractères de la littérature Bretonne

lionne d'éloquens regrets à la vieille nationalité de TArmorique , et reproche énergiquemeut à la France de la lui^avoîr ravie. C'est à ce patriotisme qui nous a paru trop exclusif, qne nous avons cherché à répondre.

Page 1