‹ Heures de poésie (volume 2)Chapitre 52 sur 55 · LA MÈRE DE L'OUVRIER · texte numérisé non relu

LA MÈRE DE L'OUVRIER

Tu vas donc quitter ma chaumière ,

Et pour Paris encore ! ô mon unique enfant^

Rappelle-toi surtout les conseils de ta mère,

Prends garde, ami Paris est grand I

Pour ébranler ton innocence ; Dieu n'est plus , diront-ils, pour<{uoi suivre sa loi? — ^Réponds-leur que des cieux la douce Provid^ace

Toujours, mon fils, prît soin de toi.

SI l'on te dit qu'il n'est sur tare Qu'un seul bien véritable, et que ce bien est l'or^ Songe qu'en te laissant partir, ta pauvre mère

Ya perdre son plus cber trésor.

Si l'on te dit que c'est folie D'être fidèle encor aux sermens que tu fais, Songe, ami, que ton père en servant sa patrie

Vieux soldat, ne trahit jamais.

Si l'on te dit que la vieillesse Est une radoteuse et n'est plus bonne à rien ; Je suis vieille, et pourtant songe que ma tendresse

Jadis t'allaita sur mon sein.

Si quelque maîtresse insensée Osait souiller ton cœur de ses folles amours, Songe au village, enfant, songe à la fiancée

Que tu promis d'aimer toujours.

Aujourd'hui ta mère jalouse Te bénit seul : que Dieu, s'il exauce mes vœux; Te ramène bientôt près de ta jeune épouse.

Et je vous bénirai tous deux.

Reviens, reviens, alors ta mère Tranquille désormais pourra fermer ses yeux, Et pendant qu'ici bas tu vivras pour bien faire^

Mon fils; j'irai t'attendre aux cieux.

£e0 V0mx ^u poète.

tES VOEUX DU POETE.

Pour rendre à tes enfans leur vieux patriotisme ^ France ! et rappeler les vertus des aïeux, Je voudrais sous mes pieds écraser l'égoïsme ^ Gomme les fiers chrétiens brisèrent les faux dieux.

L'ëgolîsme, oh ! c'est bien la dévorante plaie Qui porte en méme^tems la souillure et la mort ; Près d'un cadavre impur c'est la vorace orfraie Qui, lourde, pour voler redouble un vain effort.

Je voudrais, las enfin des promesses frivoles, Yain refuge , où s'abrite un cauteleux pouvoir. Je voudrais voir briser ce» criana monopoles Qui concentrent sur lui le foyer du savoir ; Et , spectacle promis aux fils d'un peuple libre , Laissant contre l'erreur lutter la vérité , Des systèmes divers sans troubler l'équilibre , Deux soeurs s'embrasseraient, Science et Liberté.

Je voudrais que la foi, qui sur le Mont4ualvaire Descendit parmi nous peur la première fois ,

Raniiùant dans les cieux son astre qu'on révère, Couvrît de ses rayons l'arbre sauveur, la croix : Et qu'à ses pieds bénis, ainsi que Madeleine, La France osât encor pleurer son repentir , Et plus pure , lever sa tête souveraine , Et consacrât le sang, le sang du Dieu Martyr .

Je comprends le serment dont le siècle est prodigue Tel qu'il fut imposé dans nos antiques lois ; Mais au lieu de servir d'instrument à l'intrigue Je voudrais le revoir sacré comme autrefois.

Un serment trop prêté devient nul et vulgaire ; Songez-vous, qu'il doit être un lien immortel? Que l'âme qui le vend est comme un sanctuaire Dont un vil sacrilège aurait souil}é Tautel ?

Je voudrais, car mon cœur est avide de gloire / Ma France est toute entière en mes jeunes amours, Je voudrais que Juillet conservât la mémoire Des glorieux exploits dont il rompit le cours ; Aussi, penchant mon front pour essuyer mes larmes, Je pleure les drapeaux tombés aux mains d'Acbmet, Puis , je ris de pitié , quand rejetant ses armes, Uh fils de Roi décerne un temple à Mahomet.

Yî.

Dh! ce A'est point ainsi , qu'au vieil honneur fidèle Gharles^pt de son règne expiait le malheur ; Quand suivant l'étendard de Jeanne la Pucelle, De Bourges, dans Paris il retournait vainqueur.

Ce n'était pas ainsi <pi'une ville ennemie Se rendait au cercueil de Bertrand du Guesclin. . . • Mais la Gloire pour nous, cesse d'être une amie, C'est un astre oublié qui touche à son déclin.

Que d'affironts dans sept ans! — Laflamme impériale Est un trop lourd fardeau pour leurs bras amollis ; Mais sous les trois couleurs, noble Garde Royale('^) Tu maintiendras l'honneur de la France, des lys. Qu'importe le drapeau que la brise balance?

Quand la Patrie en deuil a besoin d'un appui , Royaliste de coeur, frère de Richepance Qui ne voudrait combattre ou mourir comme lui ?

O France ! ô mon Pays ! Si je pouvais redire

(•) Voye» les notei.

Tout ce qu'au fond de moi mon cœur forme de voeux!

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