‹ Heures de prisonChapitre 4 sur 150 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

M. Lachaud sort de chez le préfet. Je ne serai pas enfermée dans une Voiture cellulaire. Le ministre a pris en considération le rapport des docteurs Ségéral et Ventejou, qui, n'ayant pas cessé de veiller un seul jour sur ma pauvre santé, n'ont pas hésité à certifier que ce mode de transfert pourrait me tuer.

Pendant mon procès, ce n'est qu'en me saignant chaque soir que ces savants amis m'ont pu faire supporter le long martyre des déhats. Que serais-je devenue, malade, abandonnée, dans un de ces étroits cabanons où l'air et le jour manquent, où le captif n'a , pour endormir ses douleurs, qu'un bruit de roues incessant et que d'incessantes ténèbres?

L'affectueuse sollicitude de mes bons docteurs ne m'a pas seulement rachetée des chances d'une mort terrible ; elle m'a sauvée, à mon insu, du néant de la folie et de la fièvre du désespoir. La vie se plaît souvent à galvaniser des cadavres; peut-être se serait-elle acharnée à moi; mais ma pensée , mais mon cœur se seraient abîmés dans les larmes!... Chers amis! je veux sentir une dernière fois ma main pressée dans leurs mains. Je veux que leur présence résigne l'heure des adieux, comme elle a résigné ses sœurs, mes pauvres heures souffrantes et désolées... Chaque matin , ils ne m'entendront plus leur dire : « Au revoir ! » Se souviendront-ils du moins qu'en partant mon cœur leur a dit : « A toujours? »

Je partirai demain soir, dans une chaise de poste sous l'escorte de deux gendarmes. Clémentine m'accompagnera.

Nous voyagerons nuit et jour, et, s'il faut nous reposer quelques instants, la consigne ordonne de choisir des relais isolés.

J'ai envoyé chez M. de Tourdonnet. Des affaires l'ont retenu à la campagne. Il ne sait rien des ordres qui viennent d'arriver. Ne pourrai-je pas revoir une dernière fois ce premier ami de mon infortune? Ne pourrai-je pas lui dire adieu, avant qu'on ait muré sur moi la porte de ma prison?... Son absence ajoute un deuil à tous mes deuils. J'aurais voulu poser un baiser, une larme, sur le front de ses beaux petits enfants. J'aurais voulu saluer d'un dernier merci la noble amitié et le pieux dévouement de madame de Tourdonnet !

Un exprès est parti immédiatement pour le château de Saint-Martin. Arrivera-t-il à temps?

Quelle journée aujourd'hui! Quelle journée demain! Quelle vie à subir, 6 mon Dieu ! jusqu'à l'heure où il vous plaira de me rappeler à vous !

Je suis comme une trépassée qui assisterait, pauvre âme en peine, aux apprêts de son convoi. Depuis ce matin, j'écoute, je réponds, je tends la main machinalement. Mou front est brûlant, mais je ne pense pas; mon cœur bat, mais dans le vide; mes sanglots m'étouffent, mais je ne pleure pas. Je ne serais plus sûre de vivre, si je n'étais certaine de souffrir.

J'ai eu plus de courage ce soir. Mes amis partis, j'ai écrit quelques notes, et, laissant ma bonne Clé s'occuper des préparatifs du lendemain, je me suis mise à glaner

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