LIVRE VI
je m'y plais beaucoup. . Tous ces meubles qu'il y a chez nous, ça empêche de sauter à la corde... C'est bien plus commode de n'en pas avoir... n'est-ce pas, Etienne? Dieu mire sa grâce dans le cœur des enfants.
Souffre- t-on beaucoup pour mourir? Moins, j'en suis sûre, qu'on ne souffre pour vivre. Autrefois j'avais peur de la mort, et je la traitais en ennemie... aujourd'hui je la rêve souriante et douce, et je la nomme tout bas la libératrice. Je sens que son étreinte ne brise que nos chaînes... je sens que son froid baiser endort plus de douleurs qu'il n'éteint de joies.
L'enfant naît à la vie en jetant un cri d'angoisse
L'homme qui naît à l'éternité devrait-il verser des pleurs?...
La femme de Socrate se désolait à la pensée que les juges qui avaient porté la sentence de mort contre son époux l'avaient condamné innocent.
« Aimerais-tu mieux, lui dit Socrate,. qu'ils m'eussent condamné coupable? »
Le châtiment n'atteint que le crime... Que votre volonté soit faite, ô mon Dieu !
Un rayon de soleil m'a ouvert les yeux. J'avais calculé qu'il me restait encore dix minutes d'attente, lorsque mes verrous se sont tirés pour laisser passer ma visite dominicale.
Adèle est venue à moi la première, me jetant un bras autour du cou, un nom dans l'oreille, un baiser au front. Ma tante et mon oncle, pour me donner leur bonjour, m'ont dit qu'ils m'aimaient. Gustave voudrait faire re- v fleurir toutes les violettes, parce que ces pauvres fleurs me font rêver de liberté, de bonheur d'autrefois.
Eugène s'est assis près de mon chevet, me rappelant qu'avant de nous connaître nous nous étions reconnus, tant il y avait en nous de cette sympathie innée qui fait les cœurs cousins en dépit des distances, qui fait dire à deux regards se rencontrant pour la première fois: « C'est vous!. c'est moi! c'est nous! »
Après Eugène, c'était Élisa, sa jolie petite femme, plus jeune que moi d'une année, et déjà parée des joyaux qui font l'orgueil des mères. De chacune de ses mains elle retenait un ange d'hier.
Toute cette heure a été belle et calme... la dernière peut-être que Dieu me donne... Le soleil projetait de ces larges rayons sablés d'or, dans lesquels viennent danser, tourbillonner, tous les atomes de l'air. Les enfants jetaient de petits rires clairs aux échos, faisaient de la gymnastique avec les barreaux de fer de mon lit, se cachaient sous mon oreiller, sautaient, grimpaient, tombaient, se faisaient un peu de mal et le pleuraient beaucoup, pour se faire consoler par un bonbon et guérir par un baiser.
Enfin nous étions gardés par une religieuse aimable et bonne, dont les yeux ne regardaient pas pour voir, et qui s'était assise assez loin de nous pour achever, disait-elle, une lecture commencée.
Ce souvenir du nouvel an ne sera-t-il pas comme le rayon de lumière qui se ravive pour annoncer qu'il s'éteint?,..