‹ Heures de TurinChapitre 5 sur 19 · JEAN DE FRANCE, DUC DE BERRY · texte numérisé non relu

JEAN DE FRANCE, DUC DE BERRY

N connaît l’importance des études que M. Léopold Delisle a consacrées aux manuscrits à peintures du Moyen Age, et spécialement aux manuscrits français, franco-flamands ou franco-anglais, dont les miniatures, en dehors de leur valeur d art, constituent un trésor de renseignements pour notre histoire nationale.

Parmi ces travaux, il n’en est pas peut-être qui aient eu plus de retentissement, et dont les conséquences aient été plus fécondes, que les recherches de M. Delisle sur les livres de prières ayant appartenu au frère du roi Charles V, Jean de France, duc de Berry, recherches qui ont été surtout exposées de la façon la plus complète, en 1884, dans trois articles de la Gabelle des Beaux-Arts (i), réunis ^tt litage à part sous ce titre : Les Livres d heures du duc de Berry ^2).

(1) Galette des Beaux-Arts, n“ de février, nuscrits de la Bibliothèque nationale, t.l (Pans,

mars et avril 1884. 1868), p. 56-58, et Mélanges de paléographie et

(2) Cf. Léopold Delisle : Le Cabinet des ma- de bibliographie (Paris, 1880), p. 288 et 2g5.

Les résultats auxquels M. Delisle est arrivé ont ouvert tout un champ d’études. A la suite de ses publications, divers érudits ont été amenés, à leur tour, à parler des mêmes manuscrits ; Courajod,

Dehaisnes, MM. Eugène Müntz, de Champeaux, Robert de Lasteyrie, Jules GuilFrey, pour ne rappeler que les plus qualifiés. D’autres savants ou critiques d’art viendront certainement encore dans l’avenir; mais toujours le nom de M. Delisle a été cité, et il devra l’être à jamais, comme celui de l’initiateur qui a montré la voie ; toujours l’éminent administrateur général de notre Bibliothèque Nationale conservera l’honneur d’avoir, le premier, mis en relief quelques-uns des principaux artistes dont le duc de Berry avait su s’assurer le concours.

Dans son travail définitif de 1884, M. Delisle a passé en revue tous les livres de prières qui étaient connus à cette date pour avoir appartenu au duc de Berry. Presque tous ces volumes, il les a décrits pour les avoir eus lui-même entre les mains. Deux seulement, suivant son propre témoignage, faisaient exception, tous deux conservés à Turin, à la Bibliothèque de l’Université, aujourd’hui Biblioteca Nazionale : les Heures de Savoie, et les Heures de Turin (i). M. Paul Meyer avait signalé à M. Delisle ces manuscrits; mais celui-ci n'avait pu les voir de ses propres yeux.

De ces deux volumes, le premier, les Heures de Savoie, a bien effectivement appartenu au duc de Berry pendant les sept dernières années de sa vie, à partir du mois de juillet 1409; mais c’est un manuscrit d’époque antérieure, sorti de la Librairie royale du Louvre, et dont le duc n’a dû la possession qu’à un cadeau de son neveu, le roi Charles VI. Il n’a donc pas été fait pour lui, et ce n’est pas à proprement parler ce qu’on peut appeler un manuscrit du duc de Berry.

11 en est autrement du second livre d’heures de la Biblioteca Nazionale de Turin, celui que M. Delisle a nommé les Heures de

(i) L. Delisle : Les Livres d'heures du duc de Berry ^ III et IV de la liste des manuscrits alors connus.

Turin. Là, on est en présence d’un manuscrit destiné, dans l’origine, au duc de Berry, et ce manuscrit, par lui-même, constitue un monument des plus précieux. Aussi, lorsque nos deux Sociétés eurent résolu d’offrir à M. Delisle un double témoignage de leur admiration et de leur respectueux attachement, après avoir choisi le manuscrit de I’Histoire ecclésiastique d’Orderic Vital conservé au Vatican, elles décidèrent de faire reproduire les Heures de Turin, qui se trouvaient également immobilisées hors de France.

Exécuter un fac-similé du manuscrit entier eût été dépasser la mesure, le texte consistant en prières dont la rédaction ne présente rien de remarquable. L’intérêt des Heures de Turin, abstraction faite de leur provenance, réside dans les peintures qui en décorent une partie des feuillets. Il fut donc arrêté de ne comprendre, dans la reproduction, que les pages ornées de peintures, mais en en donnant la série complète.

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