PREFACE LES
Encore toute enfant, son esprit s’attardait au merveilleux spectacle de la terre et des cieux. Dès l’aube elle a compris que l’ordre universel est la beauté du monde:
“Ma jeune vie en fleur se surprend à rêver...”
Et depuis son enfance les Muses ont voltigé autour d’elle en chantant. Leurs farandoles gaies, dans le jour diaphane, ont ébloui ses yeux en éclairant son âme:
“J'aimais l'amour, la vie, et je ne savais pas “Si la lumière qui m'entourait de sa flamme “Venait de lhorison ou du ciel de mon âme...”
Les désirs s’effeuillant au caprice de l’heure, elle a voulu l’amour avec la liberté. Tous les chants qui s'élèvent aux heures indécises emportent dans leur vol lent et voluptueux les parfums exhalés de la fleur fraiche éclose:
“J’allais seule, en révant, — c'était l'heure indécise, “Seule avec une gerbe de fleurs dans mes bras... “Près d’un bosquet touffu je ralentis mes pas. “Des oiseaux m'appelaient... Et je me suis assise cé ED Q « 9 Pour regarder venir le soir...
Car, le soir viendra tôt. Il se fait pressentir dans la mélancolie tiède des crépuscules. Afin de prolonger la claire vision des beautés qu’il adore, le poète s’en va, quand le jour s’assombrit, vers les hauteurs
IV HEURES EFFEUILLEES
que dorent les rayons du Mystère. (Car la foi l’illumi-
ne et grandit son espoir:
“Les montagnes ce soir sont divinement belles, “Mais trop tôt leur beauté s’efface avec le jour. “Seigneur, il nest que Toi, Toi dont le grand amour “Offre à nos coeurs épris des beautés éternelles...”
Ainsi l’une après l’autre les Heures effeuillées tapissent les chemins du vagabond fleuri, du troubadour chantant, du poète inspiré. De l’arbre de la vie, des feuilles se détachent. Et celui qui les cueille en cheminant peut lire ce que toute âme humaine porte en elle de grand, de beau, de délicat, de doux et de divin.
Si l’orgueil oblitère et si le pied profane ce livre indestructible, le poète est le prêtre inamovible qui nous en perpétuera l’immortelle beauté. (Car, le trésor durable où puise le poète est dans les sources méme de toute vie humaine: notre âme et notre coeur.
Alphonse DESILETS,
President de la Société des Poëtes.
À mon père et
à ma mère
LU
On a parfois des jours d'inexprimable joie, On a le geste lent des fileuses de soie,
On a le pas léger, le coeur fort, le front pur, Et l'âme aux yeux ainsi qu'un naufrage d’asur.
MELENE PICARD.
Offrande
Dans les sentiers fleuris, où mes rèves souvent Vont prendre leur essor et folàtrer gaiment,
J'ai cueilli quelques fleurs à l’âme simple et douce, Qui rêvaient de soleil sur un tapis de mousse, Quelques feuilles d’érables, des épis de blé,
Tout un bouquet champêtre en désordre assemblé,
. Et cette pauvre gerbe avec bonheur choisie,
J'oserai te l’offrir, Ô sainte Poésie !
Elle est pauvre, et je suis un humble troubadour, Mais je te l’offre au moins avec beaucoup d’amour.
A la poésie
Mais qui donc êtes-vous, muse de poésie,
Vous qui chantez parfois dans mon âme le soir ? Quel est donc votre nom, vous que l’on sait jolie, Sans avoir eu jamais le plaisir de vous voir ?
Où donc habitez-vous? Est-ce dans la nuit brune? Auriez-vous peur du jour? Des baisers du soleil ? Descendez-vous le soir, sur un rayon de lune? Muse de poésie arrivez-vous du ciel ?......
Je vous connais bien peu, pourtant je vous adore, O reine dont je suis le trouvère amoureux |!
Agréez ma chanson et revenez encore,
Faites de ma jeunesse un jour harmonieux.
Muse qui pour nos yeux se voile de mystère, Soyez bénie auguste amante du dieu Pan,
Vous dont la main rêveuse et puissante répand, Des gerbes d'harmonie aux jardins de la terre.
Mars 1925
Mes muses
Mes muses gentiment ont palpité des ailes :
Dans un vol gracieux de jeunes hirondelles, Aux méandres jolis,
Elles ont voltigé près de moi qui les aime,
M'ont parlé longuement de leur voix de poême, ... Comme on parle aux amis.
Ensemble nous avons causé de mon enfance,
Souvenirs doux et purs, temps où toute espérance, Me souriait au coeur ;
Je me souviens qu'alors j'aimais les bois, la grève...
Les fieurs et les oiseaux, je formais plus d’un rêve, De timide bonheur.
Puis les Muses, sans bruit, ont retourné la page,
Elles m'ont retracé le tableau d’un autre âge, Au mirage enchanteur.
Espoirs de mes vingt ans, rêves de jeune fille,
Emois charmants et courts de ma première idylle, Premier chant de mon coeur.
Et les Muses d’espoir ont chanté la promesse,
Que réserve à mon coeur ma vibrante jeunesse, Cet unique trésor.
Puis ouvrant de nouveau d’un geste plein de grâce,
Leurs deux ailes d'azur, les Muses dans l’espace, Ont repris leur essor.
Oh! revenez encor, reines de ma pensée,
Sans votre enchantement ma pauvre âme angoissée, Trouve bien long le jour;
Revenez très souvent divines messagères,
Vous rendez à mon coeur les heures plus légères, Vous qui chantez l'amour !..
Février 1925
Par les chemins fleuris
À ma bonne amie Marcelle Bernard, affectueusement.
Par les chemins du ciel fleuris d’étoiles blondes, Volez rêves d'azur, volez rêves divins.
Franchissez d’un coup d’aile et les cieux et les mondes, Elevez-vous bien haut mes beaux rêves divins.
Par les chemins brodés de fleurettes jolies, Courez mes rêves d’or, mes doux rêves d'espoir, Allez cueillir pour moi dans les vertes prairies, Des gerbes de bonheur, mes doux rêves d'espoir.
Par les soirs parfumés et si doux de l'automne, Planez, planez toujours mes rêves d’idéal,
Et que la poésie, avec grâce, vous donne,
Des ailes pour planer... mes rêves d’idéal.
Dans la saison d'amour chantez mes tendres rêves, De vos voix de printemps chantez rêves du coeur, O vous qui me charmez en des heures trop brèves, Pour appeler l'amour... chantez rêves du coeur !...
Par les chemins d’azur fleuris d'étoiles blondes,
Volez rêves du ciel, volez rêves divins,
Franchissez d’un coup d’aile et les cieux et les mondes, .. Elevez-vous bien haut, mes beaux rêves divins.
Mars 1925
Enthousiasme
A ma soeur Jeanne, affectueusement.
Il est plus de printemps dans ma jeunesse en fête, Quand dans tous ces lilas enivrés de soleil;
: Il est plus de chansons dans ma lyre muette,
Que dans les nids: ces fleurs des arbres et du ciel.
Je sens plus de tendresse en mes rêves de femme, Qu'il frémit de parfum dans les doigts du matin, J'ai plus de désirs purs, d’idéal dans mon âme,
Que dans ces lys qui prient le soir en mon jardin.
Les érables sont blonds à force de lumière,
Le lac est presqu’un ciel à force d’être bleu; Pourtant, mon âme a plus de jour dans son mystère, Mon coeur a plus d'azur, car mon soleil c’est Dieu...
La lumière
A M. et Mad. L,. J. Leroux.
La lumière fleurit, vivante, et fait chanter, Les heures qui dans l'air parfumé, sont écloses, La lumière sourit dans l'ivresse d’aimer, L'ivresse de pouvoir ouvrir le coeur des roses.
Oui l’océan pourrait chanter de tous ses flots,
Et le ciel frissonner de toutes ses étoiles,
La forêt gazouiller avec tous ses oiseaux, Le Et le soir pourrait se draper de tous ses voiles.
Lumière si tu ne revenais chaque jour, Jouer la symphonie exquise de l’aurore, La nature serait un temple sans amour, Car, sur l'autel de Pan, c’est toi que l’on adore !...
S. Michel, Juin 1926.
Réveil
I1 flotte du printemps, dans la brise qui passe,
En laissant sur ma lèvre un avant-goût d'Avril;
L'air goûte un peu les fleurs... et son parfum subtil. Léger, court dans l’espace.
Et je rêve au printemps, je désire ses pas, . Lorsqu'il viendra danser en échappant des roses, Lorsque j'irai parmi ses fleurs fraîches écloses, Ma lyre, entre les bras;
Lorsque, le coeur grisé de clarté neuve et blonde,
M'appuyant sur le tronc d’un chène droit et fort,
Je saurai, modulant un printanier accord : Chanter ma joie au monde.
Las Cruces, Nouveau Mexique, Mars 1926.
Neige printanière
Il a neigé sur les pommiers, Une neige odorante et fine, Il a neigé sur les vergers,
Et sur les buissons d’aubépine.
Il a neigé dans nos bosquets,
Des fleurettes aux robes blanches,
Dans les prés de riants bouquets,
Des nids de chansons dans les branches.
Il a neigé des papillons, Cueillant le sourire des roses, Il a neigé dans les vallons, Des anémones demi-closes.
Salut à Toi neige de fleurs, Buissons festonnés de dentelle, Papillons aux mille couleurs, Neige de la saison nouvelle.
Juin 1925
Broderie
À Bernadette Savard.
Dans l’azur, le printemps brode les hirondelles, Sur le velours des prés il brode des bouquets, I1 met un feston d’or sur les riants bosquets, Dans l’azur le printemps brode les hirondelles.
Le printemps brode aussi dans l’azur de nos rêves. De son aiguille bleue... il brode des amours.
Il fait naître l’espoir, soleil de nos beaux jours, ... Le printemps brode aussi dans l’azur de nos rêves.
Brode printemps joyeux, brode encore et sans trève, Au versant du côteau fait sourire la fleur.
Dans nos âmes surtout brode un peu de bonheur,
... Brode printemps joyeux, brode encore et sans trève
Juillet
Et ta main caressait la verdure mouillée Par les larmes du soir,
Les fleurettes donnaient dans l'ombre agenouillée, Un parfum d’encensoir.
Et j'allais en chantant, je mêlais ma romance, A la voix des grillons,
A la voix des insectes, troublant le silence, Dans le coeur des sillons.
L'heure d'or dans les champs devenait toute rose, Un immense baiser
Caressait les prés verts, donnant à chaque chose Un grand désir d’aimer... |
I1 flottait de l’amour, il flottait dans les branches, Un souffle de bonheur,
Et Juillet effeuillant les marguerites blanches, S'avançait en vainqueur ;
Il venait les bras pleins de roses, de fougères, Dansant sur le gazon,
Tandis que nous goutions, les caresses premières, De la blonde saison...
S. Michel, Juillet 1925.
Septembre
Non, ce n’est pas encor l’automme et ses tristesses, Mais ce n’est déjà plus l’été — le bel été !
Septembre nous sourit parfois avec bonté,
Et très coquettement nous offre ses caresses.
Mais, je sens dans mon coeur pour l’été qui nous laisse, Un angoissant regret: j'aimais tant sa beauté,
Ses morceaux de ciel pur, ses bouquets de clarté,
Ses jours de poésie, et ses jours de tendresse.
Et je voudrais pouvoir (on veut tant lorsqu'on aime) Le chanter longuement dans un ardent poème,
Lui dire que sans lui, mon coeur ne vibre pas.
Et, peut-être qu’alors l’été dans un sourire, Comprenant mon amour viendrait, tendre, me dire: “Petite, je pourrais t'emporter dans mes bras” !..
S. Michel, Septembre 1925.
LES HÉURES JOLIES 17
Nos arbres
À Jean B. amicalement.
Octobre en s'appuyant sur le tronc d’un érable, A fait pleuvoir soudain dans un geste adorable, Des feuilles sur les prés;
Et les arbres n’ont plus, ni secrets, ni surprises, Ecrivant dans l’azur leurs arabesques grises,
Ils semblent éplorés.
Il n’est plus sous nos pas leurs ombres dentelées, Remplissant de fraîcheur les rieuses allées,
Ou les charmants sous-bois; Quand vient l’aube aux yeux bleus chargés de poésie, Des oiseaux qui chantaient et l’amour et la vie
On n'entend plus la voix.
Mais nos arbres muets sont beaux et je les aime, La vie et le printemps tisseront un poème De leur âme qui dort; Lorsque Mai dépliera ses guipures jolies Sur leurs bras — en cachant l’amour dans les prairies — Nos arbres éveillés, nous charmeront encor.
as Cruces 1926.
Novembre
“Puisque voici l'automne, ah! que tot âme étreigne
“Une dernière fois les songes de l'été.
“Les fantômes divins dans le gran bois qui saigne”.
Louis Le Cardonnel
L'heure sourit. Le vent fleurette avec la feuille,
Et dans sa farandole avec amour il cueille
Les timides aveux que lui chantent les fleurs. Novembre qui déjà dépare la nature,
Nous donne encor des jours de beauté calme et pure, Et veut bien mettre un peu de soleil dans nos coeurs.
L'air est léger; la paix enveloppe la terre,
Des papillons dorés passent dans la lumière,
Et l’on dirait vraiment des gouttes de soleil. L'heure est belle et pourtant, elle sera trop brève, Bientôt, le soir viendra, les yeux noyés de rêve ! Il semble que déjà, la fleurette aît sommeil.
... Et Novembre a l'attrait des beautés qui se meurent ; On aime moins parfois, les choses qui demeurent : Charmes dont on ne peut... jamais se souvenir.
Il faut perdre un ami pour savoir comme on l’aime ! Il faut perdre la joie et perdre l'amour même,
Pour savoir ce que c’est qu’aiméer et que jouir.
ouveau-Mexique, Nov. 1925
L'hiver
L'hiver de son doigt blanc a décoré de givre, Les toits de nos maisons et nos arbres altiers; Le froid règne partout, un chaud besoin de vivre, Nous rassemble, le soir, autour de nos foyers.
La terre a revêtu sa robe étincelante,
Comme une fiancée elle rêve au printemps,
Qui viendra tout joyeux offrir à son amante, Des colliers de fleurs, des parfums et des chants.
La campagne est l’hiver une perle enchassée Aux bras de nos sapins secoués de frissons, Nos champs dorment sans bruit, la vie en est chassée, Ils rêvent aux beautés des futures moissons.
Que j'aime la campagne et son rude visage; Son air pur et sa vie engendrent le bonheur, Et par les soirs d’hiver elle offre un paysage
Si beau, que je voudrais le presser sur mon coeur !...
Février 1925
La neige
A M. et Mad. Eugène Lemaeux.
Lorsqu'il neige il me semble que le ciel d’azur, Effeuille sur nos fronts des milliers de pétales, De 1ys, de blancs oeillets, de marguerites pâles ; Que Dieu sourit de voit ce tapis vaste et pur, Cacher pour quelque temps les laideurs d’ici-bas, Et que, sachant aussi les écueils de la terre,
Il nous jette du ciel, ce manteau de lumière,
Pour consoler nos coeurs et pour guider nos pas.
Et qu’il soit, à mes yeux, pétales ou rayons, J'aime l’envol joli de la brillante neige.
Lorsque le triste hiver de son froid nous assiège, J'aime à voir les méandres de ces papillons, Neige quand je te vois voleter du ciel bleu,
Et décorer les toits de ta fine guipure,
Je sens mon coeur léger et mon âme plus pure. ...N'’es-tu pas sur la terre un message de Dieu ?
évrier 1925
Aubade
L'aurore a dénoué ses cheveux de lumière,
Et les laisse flotter sur l’épaule des monts; Et la belle aux sourires blonds,
A soufflé les étoiles, jetant sur la terre,
Des rubans de soleil dont se parent les fronts Des fleurs s’éveillant au parterre.
Dans une étreinte forte je voudrais graver, L'’empreinte de mon coeur sur le coeur de l’aurore; Comme un bouton qui vient d’éclore,
Ma jeune vie en fleur se surprend à rêver Des rêves impossibles... l’amour qui les dore, Me les rend plus doux qu’un baiser.
Matin ! Printemps du jour qu’appelle ma jeunesse, Je t'aime... Oh! je voudrais m'appuyer sur ton coeur, Je voudrais chanter ta douceur.
Mais puisque je ne puis te donner ma caresse, J'irai baiser au moins un arbre ou quelque fleur, Et leur confierai ma tendresse...
Nouveau-Mexique, 1925
Aurore
Passant qui souffres dans ton coeur, Toi dont l’âme est triste et fanée, Dont la vie est une journée,
Pleine de crainte et de douleur.
Suis-moi dans les riants sentiers, Où des roses sourient encore;
Nous irons voir naître l'aurore, Couronne, sur les monts altiers.
Et tu verras que chaque soir, A son lendemain de lumière, Tu verras que tout sur la terre, Renaïît à la vie, à l'espoir.
Tu croiras encore au bonheur; L'aube toujours succède à l’ombre.
Ta main, dans le sentier moins sombre,
Cueillera peut-être une fleur.
Matin
Des lèvres du matin s'échappe un doux murmure, Un calme chant d'amour.
Une aile se déploie et bat sous la ramure :
Ami, voici le jour.
En cascades d'argent la joyeuse lumière, Dévale du coteau;
L'aurore en souriant emplit toute la terre, De soleil clair et beau.
Dans l'allée embaumée une amoureuse abeille, Vient bonjourer les fleurs;
Ayant rêvé d'amour, une rose s’éveille, Les cils bordés de pleurs.
Des jours ensoleillés la douce poésie, Recommence à chanter, Et vers le ciel, le chant immense de la vie,
Recommence à monter.
Midi
A Mère Saint François de Paule, Ursuline.
Midi... La vie en fleur est pleine de tendresse, La bergère qui rit en se mirant dans l’eau, Froisse de ses pieds nus la moire du ruisseau, Prêtant au paysage un peu de sa jeunesse,
Et le soleil rieur, taquine la bergère,
Il poudre de rayons ses blonds cheveux frisés,
Si bien qu’on ne sait plus tant sont blonds ces baisers, Où nait la chevelure, où finit la lumière.
Rien ne bouge, tout rêve, et le silence écoute Le bruit que fait soudain une rose en s’ouvrant; Et le songe de l'heure, et’ le doux glissement D'un nuage qui met de l’ombre sur la route.
Soudain l’angelus sonne au clocher du village; Déchirant le silence avec des sons joyeux,
Les notes par milliers vont entr'ouvrir les yeux, Des oiseaux et des fleurs, dormant au paysage.
Et l’on dirait qu’alors, sur toute la prairie, Et la joie et la vie ouvrent leurs ailes d’or, Allant porter là-haut, dans un puissant essor, L'hymne de la nature à la Vierge-Marie !...
Pastorale
A F, Ruis.
La bergère est là-bas, dans un pli de vallon;
On dirait à la voir: blonde dans le ciel blond, Une grande fleur de lumière ;
Parmi le trèfle rose et son troupeau joyeux,
Seule, avec une fleur nattée en ses cheveux, Au vallon chante la bergère.
Elle chante et pourtant sa lointaine chanson, Tremble en frôlant les blés et fait naître un frisson, Chez la campanule améthyste ;
Elle effeuille parfois une fleur dans le pré, Mais quand tous les pétales dans l’herbe ont pleuré, Son regard inquiet s’attriste.
C’est qu’il devait venir le berger aux yeux doux,
A l’heure où le soleil met au front du bois roux, Son baiser rouge et sa caresse;
Mais le soleil a mis son baiser de retour,
Et la bergère a peur que s’éteigne le jour, Avant que son ami paraisse.
Elle avait rêvé que... par le chemin boisé, Il viendrait, tout joyeux, en portant son baiser, Comme une rose entre ses lèvres; Mais le jour est éteint, il ne saurait venir, Et, triste, la bergère s’en va réunir Au pré, ses moutons et ses chèvres.
Nouveau-Mexique, 1925
L'heure exquise
À Jacqueline Trépanier,
amicalement.
La terre a recueilli tant de lumière blonde,
Elle a pris au soleil tant de claire beauté,
Que le jour disparu laisse encor sur le monde, Une vague clarté,
On croirait voir flotter une immense voilette,
Que le jour en partant aurait laissé tomber,
Mais le soir qui descend dans l’ombre violette, Va sans bruit l'enlever.
Et c’est l’heure que j'aime, heure enivrante, exquise,
Où je voudrais avoir J’âme qu'ont les grands bois;
Surprendre les secrets que leur chante la brise, Et comprendre sa voix.
Oui j'aimerais alors avoir l’âme des choses,
Entendre les mots doux que se disent les fleurs,
Savoir pour qui tout bas frémit le coeur des roses, Pour qui tombent leurs pleurs.
Tous ces désirs sont vains: délicieux dictame,
Ils servent cependant à me bercer le coeur,
Mais, il faut pour combler l’abime de mon âme, Ton infini, Seigneur !...
St-Michel, 1925
Je suis allée, au soir, dire des mots d'amour
Je suis allée, au soir, dire des mots d'amour ;
Te parler, soir divin, qui dans l’azur te penches,
En cueillant les étoiles qui se font plus blanches, Alors qu'en tes doigts d'ombre elles s'enfuient du jour.
Beau soir agenouillé dans un peu de lumière, Dans le parfum des fleurs qui se parlent de toi, Je suis allée avec mon luth et mon émoi,
Te dire que je t'aime et t'offrir ma prière.
Mais, pour chanter, ma voix n’a pas trouvé d’accents, Et mon luth n’a pas su moduler mon extase.
Ma joie est une fleur et mon âme est le vase
Qui seul pourra jamais t’offrir ce que je sens.
as Cruces, 1926.
Le soir
J'allais seule en rêvant — c'était l’heure indécise —
Seule avec une gerbe de fleurs en mes bras.
Près d'un bosquet touffu je ralentis mes pas;
Des oiseaux m'appelaient... Et je me suis assise, Pour regarder venir le soir. À
Dans l'ombre qui planait mes fleurs étaient plus blanche:
Les grandes marguerites constellaient les champs.
Un parfum, vers le ciel, montait comme un encens;
Tout le soir sentait bon, il embaumait les branches... Longtemps je respirai le soir.
Dans les champs assoupis l'heure devenait grise,
J'étais triste de voir que le jour avait fui.
Un murmure annonçait l’approche de la nuit;
Des nocturnes parfois s’égaraient dans la brise: Et j'entendis chanter le soir !...
Juin 1925.
Soir de mai
Le buisson de verdure est un flot de dentelle Où le soleil couchant met des nervures d’or,
Et là-bas dans son nid gazouille une hirondelle, Pour bercer doucement l’oiselet qui s'endort.
Dans le champ parfumé les fines violettes,
De leurs petites voix se souhaitent: “Bonsoir”. Dans les jardins fleuris les frèles paquerettes, Aux abeilles, tout bas, murmurent: “Au revoir”.
On retrouve partout des rubans de lumière;
On dirait que le jour est triste de finir,
Car son dernier baiser, sa caresse dernière,
Sont longs et douloureux comme un dernier soupir.
Mais bientôt les oiseaux, les fleurs de la prairie, S'endorment doucement, leurs petits coeurs joyeux. Ils savent que demain resplendissant de vie,
Le beau soleil de Mai sourira radieux.
Mai 1925.
Soleil couchant
A maman affectueusement
Comme une immense fleur posée au bord du monde,
Comme une fleur de pourpre infinie et profonde, Le soleil se couchait :
Les monts Laurentiens étaient l’urne vivante,
Où dans le soir d’été sa corolle mourante, Lentement se penchaïit.
Et, les nuages d’or et les nuages pâles, S'effeuilllaient, tour à tour, diaphanes pétales, De la fleur du soleil, Ils tombaient dans les flots et c'était, Ô mystère, Pour mon âme angoissée un chemin de lumière, . Qui m'indiquait le ciel.
Mai 1925
Coucher de soleil, dans les montagnes
es A ma tante Melle E. Morissette.
Dans les écharpes d’or et les écharpes roses, Que le jour finissant tisse avec des rayons,
Les montagnes ce soir ont enroulé leurs fronts Et drapé leurs profils en des apothéoses.
Elles ont découpé sur l'horizon d'automne, —Profond et infini comme un regard de Dieu— Leurs dentelles d'azur, de lumière, de feu, Et, le soir qui descend leur porte une couronne.
.. Les montagnes ce soir, sont divinement belles, Mais trop tôt leur beauté s’efface avec le jour. Seigneur, il n’est que Toi, Toi dont le grand amour Offre à nos coeurs épris des beautés éternelles.
ouveau-Mexique, 1925
Quand vient l’heure.….
Quand vient l’heure bénie où le soleil repose,
Dans les bras de la mer qui le berce et l’endort,
J'aime à boire à long traits de la lumière rose, Boire de la lumière d’or.
Et, m'emplissant les yeux de la vivante flamme
Qui doucement s'éteint à l’horizon, là-bas,
J'aime à marcher longtemps en soulevant mon âme, Comme une gerbe entre mes bras.
St-Michel, 1925
Aveux
L'heure embaumait... Le champ semblait un encensoir, Mon âme était soudain vibrante avec le soir, Pleine de poésie... et je portais ma joie,
Comme on porte des fleurs aux pétales de soie.
Un arbre avait encor un peu d’or en ses bras. J'aimais l'amour, la vie, et je ne savais pas,
Si la lumière qui m’entourait de sa flamme, Venait de l'horizon ou du ciel de mon âme.
Je cueillais quelques fleurs tout le long du chemin, Je marchais en chantant, et j'aperçu soudain, Dans le manteau du ciel quelques étoiles blanches. L’érable n'avait plus de soleil dans ses branches, Mais il gardait, jaloux, le murmure d’un nid,
Qui seul, malgré l’approche et l’ombre de la nuit, Etait encor tout plein d'amour et de lumière, Tout plein d'un gazouillis dont le charmant mystère, Sur les ailes du vent arrivait jusqu’à moi.
Et je me sentis seule, trop seule; j’eus froid
Et j'enfouis, soudain, la tête dans mes roses, Pour cacher mon émoi même au regard des choses, Murmurant aux oiseaux étonnés de me voir :
...“Je suis triste en sentant mourir l’âme du soir” !...
ouveau-Mexique, 1925
Sommeil
Je suis allée, un soir, voir dormir le printemps :
Les oiseaux, lentement finissaient leur prière,
Les étoiles là-haut éteignaient sur la terre : Les fleurs... ces étoiles des champs.
Le soleil ayant fui dans son baiser d’adieu,
Les fleurs, soigneusement, pliaient leurs collerettes,
Les anémones d'or, les fines violettes, S'endormaient en rêvant à Dieu.
Un murmure montait de leurs tout petits coeurs:
Il me semblait entendre respirer la terre,
Et je revins sans bruit, marchant avec mystère, Pour ne pas éveiller les fleurs.
Mai 1925
Nocturne
Le soir jette sur nous ses fleurs d'ombre et d’oubli. Un rayon bleu revêt, de sa clarté qui danse, Un oiseau dont le chant découpe le silence En dentelle enroulée aux contours de la nuit.
Et la nuit a noué sa parure d'étoiles,
. Dans un geste qui fait tomber à l'occident Son écharpe — la gaze d’un nuage blanc— Et sa beauté n’a plus le mystère des voiles,
La nuit est solennelle, je l’aime, et pourtant
Je me sens à l’étroit dans ses bras qui m’emportent; Je voudrais dénouer son étreinte trop forte, J'étouffe sans lumière, et je marche en tremblant.
Et je m'en veux parfois de mon peu de tendresse, Lorsque je viens goûter à l’âme de la nuit... J'ai peur de son mystère et du sinistre bruit, Que fait en s’y brisant l'aile de ma jeunesse.
Las Cruces, 1925
La nuit
À M. Flavien Lemieux.
Les étoiles là-haut s’allument en silence, —Diadème posé sur le front de la nuit.— L'ombre s'étend partout telle une vague immense, Dont le flux éternel monte et descend sans bruit.
Dans la splendeur du soir, la nuit avec mystère, Eteignit le soleil de son doigt souverain,
Et reine maintenant des beautés de la terre, Elle allume au ciel noir la lune à l'oeil serein.
Puis se penchant soudain d’un geste plein de grâce, Sur la terre, rêvant sous le regard des cieux,
La nuit sourit d'entendre, franchissant l’espace, Monter jusqu’à son trône un chant mystérieux.
C’est l'hymne solennel que lui chantent les choses, Le murmure confus qui monte des forêts,
Les soupirs amoureux venant du coeur des roses, Qui se sentant mourir, lui disent leurs secrets.
Et quand la nuit aura recueilli dans son âme, Assez de doux concerts, de parfums et d'amour... Eteignant doucement des étoiles la flamme,
Elle nous quittera pour laisser place au jour.
St-Michel, 1925
Simple image
À ma chère petite soeur.
J'ai découvert ce soir un endroit ravissant :
Un ruisseau tout petit, babillard et dansant,
Un cerisier en fleur qui semblait une gerbe
Oubliée au hasard dans les parfums de l'herbe;
Dans les fleurs un doux nid, dans le nid la chanson, D'un merle dont le coeur priait à sa façon;
Et, dans l'ombre du nid, une humble violette
— Plus beau vers du poème—embaumait sa retraite !... Et, le tout était si petit, mignon, charmeur,
Que j'aurais bien voulu l'emporter sur mon coeur !.…
Et, devant ce tableau je bénissais la vie...
Que faut-il pour bercer l’âme de poésie ?
Pour se sentir heureux que faut-il au coeur pur ?
... Un peu d'amour, de fleurs, de chansons et d'azur... C’est en vain qu’on s’attarde à des amours moins belles, On n'offre pas de barque à qui porte des ailes !... Sachons trouver la joie où la main du Seigneur
L’a semée: en son oeuvre et dans la paix du coeur !...
Las Cruces, Mars 1926
La brise du terroir
au poète Alphonse Desilets.
La brise du Terroir a la voix enivrante Des choses de chez-nous,
Lorsqu'on l’entend chanter le soir à la brunante,. Son chant pieux et doux.
La brise du Terroir emporte en son haleine L’odeur de la forêt,
Le parfum généreux qui monte de la plaine Quand le jour apparaît.
La brise de chez-nous chante, à notre âme éprise Des grandeurs du pays,
La beauté de nos champs, leur charme qui nous grise, Leurs espoirs infinis.
Son chant discret et pur vous dit : ‘“Aimez la terre, “O noble laboureur,
“Vous en êtes le roi, vous dont le geste austère Ensemence son coeur.”