MA LAMPE
* ’OMBRE descend des monts et la nuit plus hâtive L Voit trembloter déjà la lumière chétive Que le pétrole donne au plus humble logis.
O toi, par qui le soir je sens mes yeux rougis, Allume-toi, ma lampe, et d'huile bien pourvue, Dispense doucement ta lueur à ma vue.
Jette tes feux discrets sans éclat et sans bruit,
Brûle pendant longtemps, brûle toute Ja nuit,
Car j'ai besoin de toi. Dans ces longues veillées
Au foyer tout flambant les muses réveillées
Voltigent sur mon front rêveur avec amour....
Toujours l’âme s’éveille avec la fin du jour.
Oui, j'ai besoin de toi, car de belles pensées
Vont m’agiter, ce soir, nombreuses et pressées :
Pour suivre leur dictée, il faut que, vrai lutin,
Ma plume sans repos courre jusqu’au matin.
Que ton pétillement, Ô flamme vacillante,
Sache activer sa course, hélas ! toujours trop lente ;
Et ne vas pas t’éteindre, amie, avant le jour.
Attends que l’Angélus en sonne le retour.
Ainsi je lui parlais, et la lampe allumée,
Jetant avec sa flamme une brune fumée,
Pétiliait avec joie et semblait dire : Ami,
Prends garde ! Avant le jour tu seras endormi !