ODE A LÉON XIII
(Vers dits par l’auteur à l’occasion du Jubilé du Saint Père à Montréal, le 11 janvier 1888.)
, N païenne avait la terre pour vassale, Et la foulant du pied, débauche colossale Qui depuis si longtemps secouait l'univers,
Dans sa puissante étreinte et sa caresse immonde
Elle avait sans repos épouvanté le monde
Par l'éclat de sa honte et le bruit de ses fers.
Empereurs, proconsuls, nobles patriciennes, Affranchis de la veille ou familles anciennes,
Des dolmens d’Armorique aux sables de Memnon, Des colonnes d’Hercule aux rives d’Ionie,
Tous, quelque fût le rang, la race ou le génie,
Avaient de la vertu même oublié le nom.
Les peuples haletaient sous la verge romaine ; Sous le pied des Césars cette poussière humaine
Ne connaissait pour Dieu que l’aveugle destin.
Secoué par l’orgie infâme, universelle,
Sous son souffle brûlant le genre humain chancelle,
Aïnsi qu’un débauché qui sort d’un long festin.
Et les sages, voyant s’écrouler tout un monde, Disaient : Quand donc luira la lumière féconde Qui de ce noir chaos doit dissiper la nuit ?
Et voilà que, soudain, marquant l'ère chrétienne, Sur le ciel obscurci de la Rome païenne,
Eclairant le Thabor, un nouvel astre luit !
Pendant qu’au Quirinal s'amoncelaient les crimes, Que le monde éperdu penchait vers les abîmes, Que Rome sous le poids de sa honte tombait,
Léguant au genre humain sa maxime sévère,
L'homme Dieu, tout meurtri, gravissait le Calvaire
Et mourait sans faiblir sous l’infâme gibet.
Le roc s’émeut, le sol frémit ; fait sans exemple, Le ciel même se trouble, et le voile du Temple
Au consummatum est soudain s’est déchiré.
L'homme seul est aveugle en face du mystère,
Et sur l’humble tombeau du Sauveur de la terre
Seules, dans tout Juda, trois femmes ont pleuré !
Mais ces pleurs du salut de l’homme sont le gage ;
Et la goutte de sang qu’en son dernier outrage
Le soldat fit jaillir de ton côté sanglant,
O Christ, un jour sera l’inépuisable source
serre ns
Où l'humanité lasse, interrogeant sa course,
De siècle en siècle, ira plonger son front brûlant.
Parmi ces grands, ployés sous le poids des rapines,
Oh ! qui recueillera ta couronne d'épines ?
Qui donc boira le fiel dont tu fus abreuvé ?
O Fils du Dieu vivant, ê martyr volontaire,
Tombé sous le fardeau des crimes de la terre,
Pour te venger des Juifs quel César s’est levé ?
Fils obscurs d'Israël, mais grandis par leur rôle,
Douze pêcheurs armés de la sainte parole
Seuls, font fuir devant eux la foule des rhéteurs.
Du seul Verbe inspirés, leur souffle prophétique
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