LE NAVIRE ALLEMAND
Poésie dite par l'auteur à une séance de l’Institut-Canadien de Québec, le 15 octobre 1888.
[° vent de la tempête à travers la nuit sombre
A cessé sa clameur. Des nuages sans nombre,
Courant dans le ciel noir, par l’orage emportés,
Rasent d’un vol plus lourd les flots moins tourmentés,
L’abime est au repos, la voûte est sans étoiles $
Vapeur au fond de cale et brise dans les voiles,
Le vaisseau, fatigué par ce double aiguillon,
Se creuse avec effort un mobile sillon.
Voici plus de huit jours que d’un lointain rivage
Il partit, peint à neuf, pour ce rude voyage :
Voici plus de huit jours qu'entre l’onde et les cieux,
Comme un brûlot battu des vents capricieux,
Et jouet de la vague, il lutte avec adresse
Sans avoir amené ses signaux de détresse.
Il a vaincu la mer dont le vaste roulis
A failli l’engloutir dans ses mobiles plis.
Fatigué du gros temps l’équipage sommeille,
Un puissant réverbère est à l’avant qui veille
Et défend le vaisseau de l’abordage affreux.
A l'arrière quelques marins causent entre eux
Du port qu’ils ont laissé, de la rive lointaine
Où les pousse aujourd’hui la fortune incertaine.
Les autres plus lassés sur le pont sont blottis
Et dorment. C’est la nuit. Sauf le lourd clapotis
De londe sur les flancs du navire intrépide,