LE VIEUX CURÉ
* JE suis depuis trente ans curé de la paroisse,
J Trente ans de dur labeur ! et c’est avec angoisse Que je songe, en voyant mes cheveux tout blanchis, Qu'un jour je dois partir, Et plus je réfléchis À mon humble existence, À mon travail modeste,
Plus je tiens à garder la force qui me reste.
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J'aimerais vivre encor, mais ce n’est plus pour moi ;
Le rappel peut sonner sans me causer d'émoi.
Si je veux prolonger mon utile vieillesse,
— Que le ciel me pardonne, hélas ! cette faiblesse—
C’est que, je l'ai compris, toujours la même main
Apprend à mieux bénir, montre mieux le chemin ;
La même voix, malgré qu’elle soit défaillante,
Sait mieux encourager la vertu chancelante,
Et le même regard, qu'il se mouille de pleurs
Ou qu’il soit souriant, pénètre mieux les cœurs,
À la voix du berger le troupeau s’accoutume :
Il reconnaît on pas et même son costume ;
Mais qu’un pâtre nouveau succède au vieux berger,
Le bercail n'entend pas ia voix de l'étranger.
Depuis, les cheveux blancs jusqu’à la tête blonde,
Intime ami de tous, :: connais tout le monde,
Fier de mon rôle obscur, de ma tâche jaloux, ‘ai baptisé l’enfant, j'ai béni les époux P ] poux, J'ai, fardeau le plus lourd de ma rude carrière, Conduit bien des défunts du chaume au cimetière, Silencieux enclos que la mort a peuplé Et que, les yeux en pleurs, tant de fois j'ai foulé ! Puis (la vie est ainsi) dans les jours de liesse ai de mes paroissiens partagé l'allégresse P partag 8 Et, l’oreille tendue à leur joie, à leurs pleurs, J'ai ri de leur gaîté, pleuré de leurs douleurs. Tous les ans, sans manquer, je faisais ma visite D'un bout de la paroisse à l’autre. A chaque gîte € frappais. On m’ouvrait, empressés et joyeux. PP P Joy L’émotion des cœurs mettait des pleurs aux veux. I y
Et le père, et la mère, et toute la famille
— Et vous savez, monsieur, qu’au pays ça fourmiile—
Tous de se mettre en cercle et de me souhaiter
Longue vie et bonheur, et de me raconter
Leurs chagrins, car ces cœurs si naïfs, si rustiques
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Connaissent comme nous les peines domestiques, Dans ces humbles foyers j'étais le bienvenu ; J'y trouvais tous les ans plus d'un nouveau venu, Et bien souvent aussi plus d’une place vide, Car, dans son cours fatal, la mort toujours avide, Moissonnant sans Compter les jeunes et les vieux,
Semble m’épargner seul sans faire d’envieux !
Et laisser tout cela ! Laisser mon presbytère,
Ce toit qui protégea mon existence austèr: |
Laisser mon humble église où le ciel m'a souri,
Où du céleste pain trente ans je fus nourri !
Quitter ces braves gens confiés à ma garde
Et qui tous m’aiment tant! Ah! que le ciel m’en garde !
Aussi je me redresse, et, chêne encor debout,
Je me ris de la faulx qui moissonne partout.
Pourtant je sens qu’un jour il faudra que je parte.
Cette pensée, hélas | vainement je l’écarte,
Mes forces qui s’en vont, ma voix qui s’affaiblit, Ma taille qui se voûte et mon teint qui pâlit,
Tout me dit que bientôt Dieu Pour ma récompense Va m'appeler à Jui ; je pleure quand j'y pense !
Il est si bon de vivre ainsi peut jes siens !
Tant de bien reste à faire à mes chers paroissiens,
Tant d’âmes ont besoin d’un mot qui les console
Que Dieu peut m'oublier Sans que je m'en désole ! »
Et j'écoutais, ému, le modeste curé
Qui tout à sa Paroisse, À son devoir sacré,
Sous le regard de Dieu vit dans l'oubli du monde Et poursuit sa carrière en miracles féconde,
De sa main défaillante, il bénit les berceaux, Verse la paix Suprême au-dessus des tombeaux,
À tous ceux qu’il aimait s'étonne de survivre ;
Et seul le bien qu’il fait le console de vivre !
Û° vante avec raison les progrès de notre âge. ; Au passé qui vieillit le siècle dit adieu, Et l’homme enorgueilli de son puiss
Moderne Prométhée,
ant ouvrage,
au ciel ravit le feu.
ÉD CR EDR tra gr tem ne cum 0e mr von oo à
Des éléments vaincus il s’étab!1 le maître :
Le ciel n’est plus qu’un c'iamp qu’il mesure «u compas, Partout plonge son œil avide de connaître,
Et la foudre soumise illumine se# pas.
Cependant, au milleu de ces nobles trophées,
11 tombera parfois sous un mal inconnu...
Le temps des douces fées
Serait-il revenu ?
Le savant dont l'œil suit dans les célestes sphères
La course d’un soleil récemment découvert,
Le marin qui s’en va dans les deux hémisphères Braver l'été torride et le brumeux hiver,
Ces hommes, vrais pionniers du monde qui s'éveille, Jetant à l'avenir leurs noms prédestinés,
Orgueilleux des progrès d’une ère sans pareille.
Dédaignent du passé les récits surannés,
Pourtant, regardez-les ! Ployant sous leurs trophées,
Ils succombent aussi sous un mal inconnu....
Le temps des douces fées
Serait-il revenu ?
Voyez-vous s'éloigner ce superbe navire ?
Il court vers l'Orient qui lui promet de l'or. L'espace est son domaine et la mer son empire Des rives de Golconde aux banes du Labrador, Le marin ne craint plus les rochers de Sicile,
La Sirène aux accents qui font rêver les flots : Pourtant son cœur se trouble et, conquête facile,
Son âme a des soupirs, sa gorge des sanglots.
Il confie à la mer ses plaintes étouffées.
Exilé du foyer, son cœur s’est souvenu....
Le temps des douces fées
Szrait:il revenu ?
Seriez.vous revenus, Ô temps qu'avec délice
Dans des vers immortels les bardes ont chantés, Sirènes aux doux chants, vous dont le sage Ulysse A fui, mais en pleurant, les charmes redoutés ? Revenez-vous encor, forces mystérieuses
Qui troublez la raison, bouleversez les cœurs,
Qui planez au-dessus des cimes orgueilleuses,
Sur les puissants esprits et sur les fronts vainqueurs ?
D'où viennent ces soupirs, ces plaintes étouffées, Et ce trouble du cœur que nul n’a méconnu, Si, temps des douces fées,
Tu n'es pas revenu ?
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C'est que l’Être éternel fit des lois immuables, * L'esprit pour concevoir et le cœur pour aimer.
Il mit tout près de l’homme, à desseins admirables !
Un être faible et bon pour plaire et pour charmer.
L'homme a beau voyager de l’Equateur au Pôle, De l'aurore au couchant un charme le poursuit, Car dans l’humble foyer, attentif à son rôle,
À travers la distance un cœur ami le suit.
Ambitieux, l'amour se rit de tes trophées.
Le mal qui nous consume est un mal bien connu... Nos femmes sont les fées,
Et leur règne est venu !