‹ Heures perdues; poésiesChapitre 1 sur 45 · DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉDITION

En publiant cette nouvelle édition de mes Heures Perdues je sens le besoin de m'excuser auprès du public, tant le fait est inusité dans les annales de la poésie franco-canadienne. Quelques-uns seront peut-être tentés de considérer cette publication d'un deuxième ^ mille comme un coup d'audace ou du moins

^ comme une tentative osée, et seront portés à

**" croire que j ai cédé à lappât du gain. A

ceux-là, s*il s'en trouve, je déclare de suite que la question d'argent n'a pas été le mobile

qui m'a poussé à cette ré-impression. La première édition étant épuisée, j'avais lieu iiUêtre satisfait d'un si rapide écoulement et je n'aurais pas risqué les frais d'une deuxième si je n'avais pas eu à livrer près de deux cents exemplaires qui me sont demandés.

J'ajouterai que l'accueil fait à la première apparition de l'ouvrage par le public, par la presse et par nombre d'écrivains éminents du Canada et de la France, n'a pas été non plus étrangler à ma détermination.

Je suis loin de m'enorgueîllir outre mesure de l'attitude bienveillante du public, car je la dois moins au mérite de mon œuvre qu'au réveil littéraire qui se manifeste et au goût des choses de l'esprit qui s'fest singulièrement

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développé depuis quelques années. La poésie s étant trouvée au berceau de tous les peuples, pourquoi ne saluerait-elle pas l'aube de nos destinées futures et ne bercerait-elle pas l'enfance de notre nationalité ?

A ce titre, le poète canadien mérite la faveur du public, et cette faveur, je remercie le lecteur de me l'avoir accordée.

Etre admiré n'est rien, le tout est d'être aimé,

a dit le grand poète, Alfred de Musset.

Aussi, ce n'est pas l'admiration que je recherche le plus. Que le public m'aime un peu, c'est là toute l'ambition permise à l'envergure de mon humble talent.

Adolphe Poisson.

Janvier 1895.

AU LECTEWR

ES vers que je te livre^ O lecteur indulgent^ Longtemps pourront-ils vivre En ce siècle d'argent ?

Enfants de la chimère Et du rêve brumeux, Dans leur vol éphémère Passeront-ils comme eux ?

Mais le néant envie

A l insecte (ï un jour

Son atome de vie^

De souffrance et d^amour !

La vie universelle Ignore les instants^ Et pour Dieu t étincelle Doit luire azùssi longtemps

Que r étoile perdue Atc fond des deux ardents^ Sillonnant V étendue Depuis des milliers d'ans.

Xï —

O feuilles passagères ^ Volez de mes cartons Sîir les ailes légères Des frêles hanncto7is ;

Effleurez la bruyère, Plantez sur les sillons.

Partout où la lumière Epand ses chauds rayons ;

Oïl vous porte la brise Allez, mais que jamais Votre aile ne se brise Aux pics des hauts sommets.

La critique sévère^ De son dard acéré^ Peut changer en Calvaire Le Parnasse sacré I

Comme un bouqtiet cTalcées Effeuillez sans pitié Ces fleurs de mes pensées Ecloses à moitié.

Au vent d* oubli qui passe^ De tant cTcetivres vainqueur.

Dispersez dans [espace Ces lambeaux de mon cœur /

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