LE RÉVEIL
L'al'be luit 1 La forge s'allume Et s'emplit d'un fauve reflet.
J'entends déjà chanter l'enclume Et ronfler le puissant soufflet
Surpris que le bruit de la forge L'éveille, à la ri|x>ste ardent.
Le coq, jaloux, à pleine gorge, Lance son cri rauque et strident.
De toutes les fermes voisines, A ce chant plus d'un chant tépond ; L'écho matinal des collines Le répète au ravin profond.
Alors le paysan s'éveille, Bénissant Dieu de son repos, Pendant qu'arrive à son oreille Le bêlement sourd des troupeaux.
L'orient déjà se colore D'une teinte aux mille couleurs, Puis les feux de la blanche aurore Font fuir l'aube aux pâles lueurs.
L'Angélus, plus tardif, appelle Le laboureur à ses moissons, Le prêtre à son humble chapelle, L'abeille aux fleurs des verts buissons.
Et lorsque le soleil, san^ voiles, Emerge au bord de l'horizon, Eteignant toutes les étoiles Pour les «emer sur le gazon,
De sa voix claire et monotone, De nos bois orgueilleux chanteur, Le rossignol gaîment entonne Son hymne au divin créateur.
La brume lentement s'effrange Sur la crête des verts coteaux ; Du sol une buée étrange Lèche les vallons, les plateaux.
L'homme est aux champs, Toiseau babille, L'abeille aux fleurs prend son butin ; Moi seul, indolent, je gaspille Les belles heures du matin !
I..es nobles champs de la pensée N'ont-ils pas aussi leurs sillons ?
D'inutiles rêves bercée, Alerte, muse, et travaillons !
Car toutes ces voix que j'écoute Semblent dire en un vaste accord :
« Oh ! réveillons, coûte que coûte, « Le paresseux qui dort encor ! »