‹ Heures perdues; poésiesChapitre 38 sur 45 · LE NICOLET · texte numérisé non relu

LE NICOLET

'humble Nicolet qui descend A travers vallons et collines

Va mêler ses eaux cristallines Aux vagues du fleuve puissant.

Sur la croupe de ses falaises.

Penchant sur lui leurs verts Se dressent les pins, les Les mélancoliques mélèzes.

Comme tout cours d'eau bien noté, Il a ses iles, ses presqu'îles Qu'il lëche de ses flots tranquilles Durant les tièdes nuits d'e'té.

Après avoir, torrent qui gronde, Du roc moussu rongé le flanc Ou baisé, paresseux et lent, La rive où croit la moisson blonde ;

Après avoir du ciel profond Reflété les lueurs stellaires, Et des blancheurs crépusculaires Argenté son flot vagabond ;

Après avoir dans ses eaux calmes Réfléchi plus de dix clochers, Et vu de lourds sapins penchés Pour plonger dans l'onde leurs palmes ;

Après avoir, dans un détour, Surpris quelque robuste fille Mêlant à l'onde qui babille Sa première larme d'amour ;

Après avoir dans la ravine De son limon nooiri le lin.

Et fait mouvoir du vieux moulin La bruyante et lourde turbine ;

Il va se perdre en murmurant Dans les eaux vertes du grand fleuve, Et croit que lui seul il abreuve L'immense soif du Saint-Laurent !

Le géant demeure impassible ; Il n*a pas le moindre reflux.

Que lui fait cette onde de plus ?

Une goutte à peine visible !

Le Nicolet pourrait tarir, Porter ailleurs dans sa colère Le tribut de son onde claire ; Vers le Sud il pourrait courir ;

Le fleuve poursuivrait sa course Sans même soupçonner jamais Que le Nicolet désormais A déplacé son humble source !

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