‹ Heures perdues; poésiesChapitre 4 sur 45 · LE PRINCE IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

LE PRINCE IMPÉRIAL

(HOMMAGE A L'IMPÉRATRICE EUGÉNtS)

CE siècle merveilleux, brisant les vieux oracles, Poursuit ses travaux étonnants ; Et rhunianité sainte accomplit ses miracles A travers les cinq continents.

Hier encore on vit sur un lointain rivage Le jeune héritier des Césars,

Pressé par son grand nom, d'une lutte sauvage Courir les terribles hasards.

Loin des rives de France, aux confins de l'Afrique,

Honteux de son oisiveté, Le dernier héritier d'une race homérique

Va chercher l'immortalité.

Le prince impérial, sur une rive obscure Succombe en soldat valeureux ;

Ainsi dans sa pitié l'Être Éternel mesure La gloire aux princes malheureux.

O France, c'est ton sang qui coulait dans ses veines.

Ton sang si souvent répandu.

Pourtant des prés d'Arvor aux forêts des Ce venue»

Nul chant de deuil n'a répondu !

As-tu donc oublié que rÉtemel qui t'aime Et par toi semble encore agir,

Veut que ce soit ton sang qui serve de baptême A tout peuple qui va surgir ?

Et que ce frêle enfant tombé sous la zagaie, Le sein de mille coups percé,

Victime expiatoire, à la Justice paie Toutes les dettes du passé ?

Rêvant dans son repos de nobles destinées, L'esprit hanté de tant d'exploits ;

Sentant, au souvenir des funestes journées, Se réveiller son sang gaulois.

Il allait, de Pempire éphémère espérance.

Combattre pour l'humanité, Accomplissant lui seul ce que faisait la France

Aux jours de sa virilité.

Prince, tu n'as laissé, pour déplorer ta perte. Rien qu'une pauvre femme en deuil ;

Car le parti puissant que ta mort déconcerte Tombe avec toi dans le cercueil !

Tu n'as pas remué d'une main souveraine Un peuple indocile ou soumis,

Ni rencontré, vainqueur, au milieu de Tarëne, La tourbe de tes ennemis.

Tu n'as pas eu le temps de soulever l'épée Qui fit et défit tant de rois,

Avec toi les rayons de l'immense épopée Ont lui pour la dernière fois !

Tu n'as fait que passer rapide dans la vie ;

A peiné sorti du repos.

Tu meurs en combattant, et ton père t'envie

Cette fin digne d'un héros I

Noble mort que rêva comme une délivrance Le géant vaincu des Cent-jours,

Aigle qui, teint du sang qu'avait perdu la France, La disputait à cinq vautours !

Oui, Toncle et le neveu, fatale destinée I O néant des calculs humains !

L*ont défiée en vain cette mort obstinée,

Eux qui la tenaient dans leurs mains !

Leurs enfants malheureux, nés dans des jours de gloire

Dorment sous un sol étranger ; Exemples inouïs des leçons de Thistoire,

Dupes d'un rêve mensonger.

Tous deux fils de TEmpire, héritiers d'un grand trône

Fondé sur vingt peuples divers, Meurent sans avoir ceint la pesante couronne

Qui faisait ployer Tunivers.

Quand le duc de Reischtadt par Tastuce autrichienne

Meurt lentement empoisonné, Le prince plus heureux sur la rive africaine

Tombe de gloire couronné.

Salut, ô noble enfant d'une race immortelle, Digne des héros d'autrefois ;

La France sans pitié te refusera-t-elle La sépulture de ses rois ?

Ta dépouille est à tous ; elle appartient au monde

Qui n'a plus droit de Toublier.

C'est pour Thumanité que ton sang pur féconde

Un sol inhospitalier î

Salut, fière Albion ! Comment pourrions-nous taire

Notre gratitude aux Anglais, Quand on voit recueillis par la vieille Angleterre

Les débris d'un trône français ?

Merci, peuple géant, ennemi redoutable Du premier des Napoléons,

Qui protèges ses fils dont la mort lamentable A fait gémir tes vieux canons.

Il est beau, quand la France, en ses luttes acerbes, Jette Toubli sur leurs tombeaux.

De voir sur leurs cercueils tes légions superbes Incliner leurs nobles drapeaux !

t II est beau de te voir honorer Tinfortune, Abriter sous ton ciel brumeux Tous ces nobles proscrits qu'une gloire importune A déjà rendus trop fameux !

En recueillant ainsi les débris d'une race,

Terre de Thospitalité, Voilà que sur ton front une honte s'efface,

Et Sainte-Hélène est racheté.

Etrange retour de Thistoire !.

Le jeune prince va périr Près de Tîle oU, chargé de gloire, Son grand oncle est venu mourir ; Oli, prisonnier de l'Angleterre,

Sur une plage solitaire Perdue au sein de Tocéan, Il pleurait l'empire du monde, Pansant la blessure profonde Faite à son orgueil de géant.

Lorsque dans ses nuits d'insomnie, Lassé de se ressouvenir, Il plongeait, radieux génie, Son œil d'aigle dans Tavenir, Eut-il pu prévoir, le grand homme.

Que le jeune prince qu'on nomme L'héritier de son vaste nom Mettrait, ô l'étrange mystère !

Au service de l'Angleterre Le glaive d'un Napoléon ?

Que le fier drapeau britannique, Avant soixante ans accomplis, Retour de fortune ironique !

Ferait flotter ses larges plis Sur la dépouille ensanglantée D'un fils du nouveau Prométhée, Et qu'au bruit d'un salut royal.

Sous le gazon de l'Angleterre On mettrait le flls et le père Privés du sceptre impérial ?

C'est qu'Albion plus généreuse Qu'au temps des combats sans merci, D'une femme si malheureuse Respecte l'immortel souci.

Le grand peuple anglais se découvre

Devant un prince, enfant du Louvre, Héritier de Napoléon, Tandis que la France, sa mère, Oubliant les jours de Brumaire, Lui refuse le Panthéon I

La France, hélas ! la grande France, La France des jours immortels, Regarde avec indifférence D'un héros les restes mortels. Elle refuse un coin de terre Pour y jeter cette poussière Dont l'Anglais se montre jaloux, Et Tunîvers dans la balance Pesant ce criminel silence.

Absout le crime des Zoulous !

Fleuve gigantesque du monde, Roulant toujours à flot pressé, La liberté sainte se fonde Sur quelque débris du passé.

Lorsque Taudace britannique Jusqu'aux profondeurs de T Afrique Fait reluire Thumanité, Déjà pour sceller sa victoire, Nouvelle leçon de Thistoire, L'espoir d'un trône est emporté !

Devant cette auguste poussière Défilent tes lourds fantassins.

C'est par toi, nation si fière, Que le cSel poursuit ses desseins.

Sous tes coups le premier Empire S'est vu crouler, ô chute, pire Que la déroute des Titans !

C'est toi qui viens de mettre en terre L'espoir d'une couronne altière Avec un prince de vingt ans l

Poursuis ton œuvre magnanime, Mais pleure les princes tombés, Entoure d'un reflet sublime Les fronts sous le malheur courbés. Dans ta force, sois généreuse ;

Et lorsque la fosse se creuse

Pour rhéritier d'un si grand nom,

Devançant l'arrêt de l'histoire,

Tu peux, sans craindre pour ta gloire,

Saluer un Napoléon !

Ainsi de sa main souveraine

Dieu dirige tout ici-bas.

S'il est Dieu de la paix sereine,

Il est aussi Dieu des combats.

Pour que ses desseins s'accomplissent

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