‹ Heures perdues; poésiesChapitre 6 sur 45 · L'HOSPITALITÉ DU POÈTE · texte numérisé non relu

L'HOSPITALITÉ DU POÈTE

LE silence s'est fait dans mon humble demeure, Les enfants sont partis, les ormes effeuillés ; Et parmi les débris d'un bel été je pleure Mes petits oiseaux envolés.

Les vents doux qui faisaient courber les tiges vertes Et berçaient les rameaux de l'érable orgueilleux Ne viennent plus le soir aux fenêtres désertes Caresser mes lideaux soyeux.

Tous les chants se sont tus, et cette étroite allée, Oh souvent se perdait mon rêve aux ailes d*or, N'a plus de frais ombrage, et voici la gelée Qui tisse un blanc linceul à la source qui dort.

Plus rien Mais, ô bonheur 1 sur la neige durcie

J'ai vu s'abattre un soir de petits oiseaux gris Qui voltigent par bande et dont Taile transie laisse les bois frileux pour de plus chauds abris.

Ils avaient fait leurs nids dans la forêt voisine Et se faisaient Tamour à Tombre des hallîers. Mais la neige est venue, et la troupe mutine Fond sur nos toits hospitaliers.

Soyez les bienvenus, h'Aes toujours fidèles Qui n'avez j>as suivi dans leur rapide essor Les merles oublieux, les folles hirondelles^ Et qui restez ici pour partager mon sort 1

Je vous ai fait construire une retraite douce. Quand les rameaux plieront sous Tefifort des autans. Vous y réchaufferez dans des nids faits de mousse Vos petits membres grelottants.

Au lieu de disputer à la nature avare Le petit grain de mil sous la neige oublie', Vous trouverez au nid que ma main vous prépare Le grain de mil multiplié.

Fuyez le trait perfide et Tembûche méchante

Que suspend l'oiseleur aux tiges des roseaux ;

Approchez-vous de moi : le poète qui chante

Toujours fut Tami des oiseaux.

Libres vous resterez, car, mes chers petits êtres, Vous aimez comme moi la douce liberté.

La cage vous effraie et mes larges fenêtres Vous offrent l'hospitalité !

Que le vent de novembre effeuille le bocage, Que la brise de mai ramène les beaux jours, Pour vous c'est la patrie, et votre aile voyage De ma main bienfaisante au lieu de vos amours.

Soyez les bienvenus, hôtes toujours fidèles.

Qui n'avez pas suivi dans leur, rapide essor Les merles oublieux, les folles hirondelles, Et qui restez ici pour partager mon sort

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