‹ Heureuse Intervention de l'Érysipèle sur Certaines Lésions Chirurgicales Liées à des États ConstitutionnelsChapitre 15 sur 16 · EN · texte numérisé non relu

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d'œdème (t. 38, 8, P. 90). Nous nous trouvons en présence d’une ostéo-périostite du tiers supérieur du tibia. Bouillon, vin, limonade vineuse, frictions avec onguent napolitain belladoné, cata-

plasmes, 0,60 centigrammes de sulfate de quinine à prendre dans la soirée.

Le 22. — L'état général est le même; la soif est vive; le malade à eu quelques petits frissons ; la langue est sèche; les forces sont prostrées. Insomnie, inappétence absolue. La symptômatologie locale est semblable à celle du jour précédent, mais la fluctuation est manifeste; on incise, il s'écoule une quantité de pus assez considérable ; il est séreux, mal lié (t. 39, 3, p. 405). On continue les frictions belladonées autour de la plaie, cataplasmes.

Le 23. — La suppuration est loujours abondante, le pus est toujours séreux. On constate avec le stylet une ostéo-périostite, comme lavaient fait supposer les premiers symptômes. La fièvre est moins vive, les souffrances moins aiguës (t. 38, 4, p. 90). Bouillons, potages, potion tonique, même traitement local.

Le

24, 25. — Mème état.

Le 26. — La fièvre est plus vive; l’état général est plus alarmant (t. 39,1, p. 109). La peau s’ulcère sur la partie moyenne de la crête du tibia, et un nouvel abcès se fait jour à l'extérieur. L'os, mis à nu, ne tarde pas à se nécroser superficiellement. Débridements étendus. Lavages à l’eau chlorurée et l’eau-de-vie camphrée, cataplasmes.

Malgré une médication énergique et des débridements multiples et étendus, l’ostéo-périostite continue toujours; elle envahit la partie inférieure du tibia, donne lieu à des décollements considérables. L'état général est très mauvais, les forces diminuent, la prostration se prononce de plus en plus. Applications de drains pour favoriser l’écoulement du pus.

La température oscille pendant quelques jours entre 38,4 et

mo 1 res 39,8; le pouls entre 75 et 110. Quinine, potion tonique, jus de viande, limonade, lavements purgatifs lorsque la constipation se prolonge un peu trop.

Le 4 mai. — Le malade à un violent frisson ; il est de longue durée, intense; les ganglions inguinaux sont excessivement dou loureux ; la plaie est blafarde ; une rougeur très vive parait sur les bords de la plaie; le malade a gagné un érysipèle, L'état général est des plus mauvais, le pronostic des plus graves; le malade est considéré comme perdu, d'autant plus que de larges eschares au sacrum et une broncho-pneumonie viennent encore compliquer son état. L’érysipèle envahit bientôt toute la jambe (t. 40,3, p. 125). Digitale, quinine, aconit, potion au quinquina au rhum, bouillons, lavages de la plaie avec de leau-de-vie camphrée, onctions avec du cérat simple sur lérysipèle.

La marche de l’exanthème fut lente, et dura trois semaines, s’amandant d’un éôlé, gagnant de l’autre. Durant ce laps de temps, la plaie reprit meilleur aspect, des bourgeons charnus donnèrent une suppuration plus franche ; la plaie marchait rapidement vers la guérison.

L'os nécrosé se détacha; la solution de continuité se combla peu à peu, et lorsque l’érysipèle eut terminé son évolution, les diverses plaies résultant de l'ouverture des abcès étaient à peu près guéries. Trois semaines après la guérison de l’exanthème, le malade, dont on avait lavé les eschares avec du vin aromatique et pansé avec du coaltar, sortait entièrement guéri de ses nombreuses affections. IT est probable que, sans l'intervention de l’érysipèle, le malade aurait infailliblement succombé à la cachexie qu'avait amené cette abondante suppuration séreuse dont nous avons parlé. Si l’exanthème n’eût hâté la marche de la cicatrisation de cette vaste plaie, le patient, épuisé par tant de maux, n'aurait pas eu les ressources vitales suffisantes pour payer tribut à cette association pathologique.

Observation VI.

Ostéite des os du tarse guérie par un érysipèle.

Le nommé Rey, Joseph, ébéniste, âgé de 49 ans, entra à ’Hôtel-Dieu de Toulouse, le 23 mai 1882, dans la salle Saint- Lazare, dans le service de M. le docteur Ripoll. I occupe le lit n° 40. Ce malade est scrofuleux ; il porte au cou de nombreuses traces d’'abcès ganglionnaires. A l’âge de dix ans, il eut une fièvre typhoïde, et une pneumonie à 46 ans.

Les fonctions de son état exigeant la station debout prolongée, le malade, à bout de forces, a été obligé de venir nous demander des soins. IT raconte qu'il y a deux mois environ, on a pratiqué l’ouverture un abcès situé à la région plantaire du pied gauche, et qu'on institua une médication par les bains sulfureux. On lui conseilla, en outre, un régime tonique et anti-scrofuleux.

Voyant son état empirer peu à peu et à bout de ressources, ce sujet se décida à venir nous trouver.

Un nouvel abcès situé de même à la face plantaire du mème pied, et remontant au commencement avril, est facilement constatable.

Le pied est fortement œdématié, rouge, douloureux au point que la plus légère pression est insupportable. On suppose que cet abcès est d’origine osseuse. Une incision arrivant jusqu'au dessous de l’aponévrose plantaire est pratiquée par M. le docteur Ripoll ; du pus séro-sanguinolent s'écoule en abondance par la plaie. La suppuration est considérable, menaçant de s’éterniser.

Un stylet introduit, nous permet de constater l’origine osseuse de cette suppuration.

De temps en temps un nouvel abcès vient poindre sous la peau, demandant une intervention immédiate.

L'état général, quoique peu satisfaisant, ne nous donne aucune crainte ; le malade se nourrit assez bien et semble supporter assez

hp gaiement son affection. La température, depuis l'ouverture du premier abcès, ne présente pas d’élévation sérieuse.

Lorsque, le 45 juin, le malade eut quelques frissons, le pouls augmenta de fréquence, la langue devint saburale; il y eut de l'insomnie, une douleur assez vive dans le membre inférieur gauche et les ganglions inguinaux. Nous vimes des trainées rouges sur toute la jambe, et une angioleucite envahit bientôt tout le membre (t. 39, p. 108). Onguent napolitain, cataplasmes.

Le 46, 17, 18. — Même état général ; l’état local semble s'être aggravé ; la pression fait pousser des hurlements au malade, qui ne cesse de se plaindre. L’intensité de l’angioleucite donne naissance à des abcès multiples qu’on doit inciser.

Le 19.— Le membre inférieur gauche est bientôt envahi entièrement par un érysipèle qui met les jours du malade en péril (t. 40, p. 120). L’adynamie est grande. Onguent napolitain belladoné, cataplasmes, lavements purgatifs.

L’abondance de la suppuration de la région plantaire et celle des abcès multiples tarit rapidement sous l'influence de l’érysipèle. Un mois après l’invasion de l’exanthème, le malade sortit, sinon entièrement guéri, du moins bien amélioré. Il n’y a plus qu'un trajet fistuleux assez insignifiant, qui permet d'espérer une guérison complète, quoique son affection soit d’origine osseuse.

Observation VII.

Mal perforant guéri par un érysipèle !

Le nommé Duzert, Georges, feuillagiste, âgé de 62 ans, entre

à l'Hôtel-Dieu, le # avril 1882, salle Saint-Lazare, où il occupe le lit n° 14, Pas d’antécédents pathologiques. Bonne constitution.

L Je dois cette observation à l’obhigeance de mon ami, J. Parent, interne à l’'Hôtel-Dieu de Toulouse.

Cet homme est malade depuis fin novembre, époque à laquelle il avait enlevé un durillon qui le faisait souffrir beaucoup et l’empêchait de marcher. Ce durillon siégeait au niveau du cinquième métatarsien, à son extrémité inférieure.

I y a deux ans, ce malade eut un mal perforant à la partie inférieure du premier métatarsien, Soigné avec du vin aromatique, l’ulcération cicatrisa assez rapidement ; mais il s’en forma immédiatement une autre qui fut soignée de même et guérit.

Il rentre à l'hôpital pour un nouveau mal perforant, qui à débuté par le pelit orteil ou plutôt par l'extrémité du cinquième métatarsien. L'extrémité du premier n’a pas tardé à suppurer de nouveau et à donner une nouvelle ulcération semblable à celle qu'il eut il v a deux ans.

Le pied est volumineux, œdématié, très douloureux ; une sérosité séro-sanguinolente s'écoule sans cesse par les trajets fistuleux. Le malade conserve son appétit; il n’a pas de fièvre. Vin aromatique, alcool camphré.

Cet homme reste deux mois dans nos salles sans voir améliorer son état. Il suppure toujours beaucoup et ne peut nullement marcher. Le 10 juin surviennent des accidents graves. Une angioleucite apparaît et donne lieu à une adœænite du pli de laine, qui suppura.

Le 18. — On ouvre cet abcès ; il s’ecoule un peu de pus de bonne nature. L'état général, quoique grave, n’est pas alarmant, vu la constitution du sujet {t. 40, p. 109). Onguent napolitain, quinine, bouillons, limonade.

Cette situation s'améliore peu à peu jusqu'au 26 juin, où l’on voit surgir une nouvelle complication.

Une phlébite suppurée de la saphène interne nécessite une nouvelle intervention chirurgicale (t. 39, p. 100). L'ouverture est faite le 28 juin.

af ME Enfin, le 30 juin, survint un érvsipèle qui débuta au pied autour d’un trajet fistuleux, envahit la jambe et la cuisse gauche. Le malade, épuisé par ces nombreux assauts, faillit succomber d'adynamie durant l’érysipèle, qui dura quinze jours. Traitement frictions mercurielles, quinine, aconit, quinquina, laxatifs.

Ces complications diverses exercèrent une heureuse influence sur la maladie. Après l’érysipèle, abcès et trajets fistuleux se comblèrent rapidement. Et le sujet qui nous occupe, et qui avait une carie manifeste des métatarsiens, ce que nous pûmes facilement constater, les os étant à nu, put bientôt sortir de Phôpitat, guéri une fois de plus.

Observation VIII.

Ulcère variqueux guéri par un érisypèle (PERSONNELLE).

Le nommé Guiraud, François, âgé de 69 ans, entre à l'Hôtel Dieu de Toulouse le 24 décembre 1880, dans le service de M. le docteur Rességuet. Ce vieillard, ancien homme de peine, court la ville pour mendier son pain. Tous les ans, 1l vient passer un quartier d’hiver dans nos salles. Ce sujet est amaigri et débile ; il a eu, dans sa jeunesse, une ou deux pneumonies qui l'ont forcé d'aller à l'hôpital, où il contracta une dothiénenterie. Depuis, cet homme n’a été atteint d'aucune maladie sérieuse.

Le 24 décembre, 11 se présenta à nous avec un ulcère de la jambe droite allant de la crête du tibia, qu'il dépassait mème un peu en dedans, à la région postéro-externe de la jambe. Cet ulcère, dont les bords étaient décollés, le fond fongueux et grisâtre, avait une étendue considérable. Il suppurait beaucoup et nous obligeait, vu l’abondance du pus, à faire deux fois par jour un pansement au vin aromatique. Le malade, sous l'influence du repos et de l'alimentation, reprenait peu à peu des forces; mais lulcère ne se cicatrisait nullement.

La 69

L'encombrement du service nous obligea de faire passer ce malade dans une salle moins aërée qui, déjà occupée par beaucoup de blessés, nous forca à placer ce malade près de la porte ; une simple cloison le séparait des lieux d’aisance, dont la porte était

sans cesse entr'ouverte, les malades ne prenant pas la peine de la lermer.

Quatre jours après son évacuation dans la salle Saint-Pierre, ce sujet fut pris d’un violent frisson. Il eut beaucoup de fièvre et souffrit énormément de sa jambe. Quelques heures plus tard, une rougeur érysipélateuse se propagea à toute la jambe et envahit bientôt le membre inférieur tout entier. Il se forma, au bout de cinq jours, un abcès volumineux à la partie antero-interne et moyenne de la cuisse. L’incision fit écouler beaucoup de pus. Au bout de trois semaines, l’ulcère, qui jusque-là était resté pâle et blafard, bourgeonna rapidement, la cicatrisation gagna peu à peu, et, quelques jours après, le malade sortait guéri de son érysipèle et de son ulcère variqueux.

Les observations relatées dans cette troisième partie sont-elles en harmonie avec l’ensemble de ce travail? Pouvons-nous conclure que l’action de l’érysipèle est analogue à celle des pyrexies virulentes? En un mot, comment agit l’érysipèle? A-til une action purement locale, révulsive, modifiant la vitalité des plaies qu'il complique, comme le ferait un topique énergique ? Sans vouloir absolument nier son action locale, nous croyons

qu'il agit en bouleversant l'organisme, en modifiant la constitution des sujets envahis.

Si nous parcourons les quelques exemples que j'ai rassemblés, que voyons-nous ?

Mo = Un érysipéle évoluer sur une partie du corps éloignée de la lésion cutanée et la guérir; on ne peut ici invoquer exclusivement son action révulsive. Elle n’est pas admissible.

Dans l’observation IV, que voyons-nous? Une dothiénenterie guérir ou plutôt améliorer un psoriasis guttata, qui reparait durant la convalescence. Quelque temps après survint un érysipèle de la face, alors que le psoriasis siégeait sur les membres, et cette affection disparaît sous l'influence de cet exanthème.

Cette manière d’agir de la dothiénenterie et de l’érysipèle n'est-elle pas analogue; ne voyons-nous pas ces deux affections avoir autant l’une que l’autre modifié la constitution du sujet ?

Quelles sont les maladies guéries par l’exanthème ? Ce sont presque toujours des maladies diathésiques. En effet, les dermatoses, et parmi elles le lupus, qui d’après certains dermatologistes ne serait qu’une tuberculose cutanée, sont presque toujours heureusement modifiées par l'exanthème. On dirait que lorsque l’érysipèle agit, il rend à l'organisme le ressort et la vitalité qu'il semblait avoir perdus.

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