‹ Heureuse Intervention de l'Érysipèle sur Certaines Lésions Chirurgicales Liées à des États ConstitutionnelsChapitre 7 sur 16 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Depuis déjà longtemps les pathologistes et les cliniciens ont signalé les modifications apportées dans notre organisme par certaines maladies générales.

Ils s'accordent à reconnaitre que l'intervention d’une maladie aiguë, chez un individu déjà sous le coup d’une diathèse, exerce sur celle-ci une fâcheuse influence, et active ses manifestations.

Dans la rougeole, par exemple, le catarrhe bronchopulmonaire peut persister, les symptômes thoraciques vont s’accentuant, les parties inférieures du poumon se dégagent lentement, mais les supérieures restent toujours congestionnées, et bientôt apparaissent les signes physiques et les caractères généraux de la phthisie pulmonäire. En raison de la fluxion qu'elle provoque sur l'appareil respiratoire, la rougeole précipite l’éclosion des tubercules chez les individus qui en étaient déjà atteints et hâte leur ramollissement. La tuberculose aiguë peut souvent être la conséquence de cette fièvre éruptive. Au moment de la desquamation, la fièvre reprend, la température présente bientôt les chiffres maxima de l'état

AO fébrile, l'adymanie survient et le malade meurt dans le coma. |

Mackensie, cité par Trousseau, dit avoir vu l’ophthalmie qui guérit ordinairement si vite, persister indéfiniment, amener des granulations de la conjonctive, des phlycténules, des ulcérations de la cornée, et arriver quelquefois à une ophthalmie purulente entraînant la fonte de l'œil.

La muqueuse de Schneider peut devenir le siège de ces eczémas chroniques, qui envahissent la lèvre supérieure, qu'ils tuméfent, s'étendant quelquefois ê arrière des cavités nasales jusques dans la trompe d'Eustache, et entraînent la surdité; ou bien il survient une otite qui, souvent catarrhale, peut se propager à l'oreille moyenne, de là aux cellules mastoïdiennes et au rocher, lequel devient le siège de suppurations chroniques. Combien ne voyons-nous pas d'enfants, de jeunes gens, indemnes jusque-là de ces manifestations scrofuleuses, conserver toute leur vie des suppurations ganglionnaires, des caries osseuses, reliquats de cette affection ?

La scarlatine elle aussi a une grande tendance à donner lieu à ces engorgements strumeux, à ces bubons aigus, à ces phlegmons du tissu cellulaire, qui entraînent à leur suite une débilité constitutionnelle, et peuvent, chez un scrofuleux, être le point de départ des écrouelles; qui se seraient manifestées beaucoup plus tardivement sans ‘évolution de cette fièvre infectieuse. Le mal de Brigth, si fréquent dans la scarlatine, peut passer à l’état chronique, et rendre cachectique le malheureux qui avait joui jusque-là d’une santé parfaite. La maladie qui nous occupe peut aussi réveiller la diathèse dartreuse et

laisser après elle des éruptions eczémateuses des paupières et des narines, désespérantes par leur ténacité.

La fièvre typhoïde peut, elle aussi, bouleverser l’organisme, provoquer un affaiblissement passager ou durable des facultés intellectuelles, laisser à sa suite des paralysies plus ou moins étendues, qui prouvent que les centres nerveux ont subi une atteinte profonde.

La dyssenterie peut donner lieu au réveil des fluxions articulaires rhumatismales qui augmentent les douleurs des sujets infectés. Stoll prétend que cette forme de la dyssenterie est la plus douloureuse. Mais, d’après le même auteur, ce qui la caractérise, ce sont les métastases qui se produisent sur les articulations. La fluxion rhumatismale est habituellement peu tenace : elle se jette tantôt sur une partie, tantôt sur une autre; elle frappe les jointures, les muscles, et produit des pleurodynies fort douloureuses. Dans une épidémie observée à Montargis !, les accidents rhumatismaux avaient pris la forme d’arthrites analogues aux arthrites blennorrhagiques. Gonduin avait déjà noté, durant une épidémie, dans le département de la Sarthe, ce réveil de la diathèse rhumatismale sous l'influence de la dyssenterie.

Ne voyons-nous pas quelquefois des diathèses se substituer les unes aux autres, soit, le plus souvent, pour aggraver l’état du sujet, soit, mais plus rarement, pour le faire bénéficier de cette intervention. Lorsque deux diathèses existent chez le même individu, elles peuvent évoluer côte-à-côte, sans se confondre entre

| Huette, Archives de Médecine, août 1869,

Mo elles: c’est ce qui arrive quand les affinités naturelles sont nulles ou très peu prononcées. Mais le plus fréquemment, les manifestations diathésiques s’influencent réciproquement et reçoivent des modifications importantes dans leurs symptômes et dans leur marche. Bien souvent on voit des rhumatisants devenir goutteux, et les symptômes de ces deux états pathologiques sont tellement enchevêtrés, qu’il est impossible de dire si l’on a affaire à l’une ou à l’autre de ces maladies.

Les tubercules viennent-ils à se développer sur un sujet scrofuleux : les deux sommets des poumons sont rapidement atteints, il y a infiltration caséeuse des tubercules ganglionnaires en voie de ramollissement, et un état général très alarmant. Lorsque, au contraire, nous voyons la phthisie envahir les goutteux, elle se limite le plus ordinairement à un sommet; la destruction du poumon est plus lente, il y a peu de réaction ; les tubercules peuvent se ramollir et. donner naissance à une vaste caverne, alors que l’état général est encore excellent.

Kleinius (1743) rapporte qu'il a vu bien souvent des accès d'asthme alterner avec des maladies dartreuses. Trousseau, dans ses cliniques médicales !, traitant de l'asthme, dit : « Lorsque les goutteux, les hémorrhoidaires vont pas, en leur temps, les manifestations habituelles de leurs diathèses : attaque de goutte articulaire, flux hémorrhoïdal, ils éprouvent à un très baut degré des accidents névropathiques, tels que des spasmes de l'estomac, de l'intestin... on peut se

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