‹ Heureuse Intervention de l'Érysipèle sur Certaines Lésions Chirurgicales Liées à des États ConstitutionnelsChapitre 8 sur 16 · VE TI D · texte numérisé non relu

VE TI D

SANTE demander si l’asthme est autre chose qu’une forme de ces accidents spasmodiques ayant alors pour siège l’appareil pulmonaire. » On peut encore citer d’autres exem-

ples tendant à prouver la substitution d’une diathèse à une autre.

Trousseau ! racontait qu'une dame, âgée de soixante douze ans, avait une excellente santé; sauf des accés d'asthme, elle n’était jamais souffrante. Sa mère était . morte tuberculeuse; ses deux filles étaient mortes, l’une

d'une méningite tuberculeuse, l’autre d’une phthisie pulmonaire.

Tous ces faits prouvent que les affections morbides peuvent se transformer les unes dans les autres, et qu'une diathèse peut subir quelquefois une amélioration en se transformant en une autre. Ce ne sont pas seulement les diathèses qui interviennent favorablement dans la constitution d’un sujet. Que de fois la variole n’a-+elle pas retardé l’évolution de la tuberculose, favorisé le passage des tubercules à l'état crétacé, et amélioré pendant quelque temps l'état des malheureux qui en avaient subi les premières atteintes. Si la dothiénenterie est souvent si funeste à l'organisme, il arrive quelquefois qu’elle fait disparaître une débilité constitutionnelle ; chez les adolescents, la croissance marche avec plus de rapidité qu'elle ne l'aurait fait sans l'intervention de cette maladie.

Si dans le cours de la coqueluche, qu'on regarde comme une maladie spécifique, il se déclare une affec-

1 T. II, p. 488.

A -— tion fébrile; si le malade est pris de rougeole, de scarlatine, de variole, on voit le spasme bronchique cesser tout à coup, il cède à la réaction générale : Spasimos febris accedens solvit. Trousseau disait à sa clinique : « Quand chez un enfant atteint de coqueluche, qui avait cinquante à soixante quintes de toux dans les vingtquatre heures, vous verrez ces quintes cesser tout à coup, bien que la maladie soit encore en pleine période d'état; si vous ne remarquez pas d’exanthème, méfiezvous, gardez-vous d’en tirer bon augure, car vous allez vous trouver en face d’une complication inflammatoire. »

Bien souvent l’asthme, symptômatique d’un tempérament goutteux, a été influencé heureusement par une bronchite, une pneumonie survenue durant une attaque. L'amélioration continue tant que la phlegmasie évolue.

Hardy soutenait que les affections cutanées gagnaient souvent les muqueuses ; aussi avait-il observé une espèce de balancement entre la bronchite et les dartres, entre la gastrite, la gastro-enterite et les mêmes affections.

Et c’est tellement vrai, que chez quelques-uns on est obligé de rappeler la lésion cutanée. Les dartres et l'asthme ont, par moments, une corrélation inexplicable, mais de pareils faits ont été observès par nos plus grands maîtres et on l’admet sans réplique.

La fièvre intermittente a, d’après certains cliniciens, une action efficace sur le développement de la tuberculose. Boudin ! affirme que cette diathèse est plus rare

1 Essai de géographie méd.: Bullelin soc. méd. de Marseille 1843.

dans les pays à malaria que dans les autres contrées, et que lorsqu'elle existe, sa marche est beaucoup moins rapide. Les exemples de l’heureuse modification apportée par une maladie générale, ou par une diathèse sur une autre diathèse, ne sont pas rares. Mais ils sont inexpliqués. Les maîtres les observent, nous les font remar-

quer, les publient, mais n’en donnent aucune explication satisfaisante.

HHippocrate !, après avoir cité de nombreux exemples de maladies heureusement modifiées par l'apparition d’une autre affection, termine ainsi: « De tels phénomènes se montrent, non par ignorance ou habileté des médecins, mais spontanément et par fortune; et, se montrant, ils sont, soit utiles, soit nuisibles, pour la même raison. »

Tous les dermatologistes ne relatent-ils pas de nombreux faits de manifestations osseuses ou cutanées de la scrofule, améliorées et souvent même guéries par l’érysipèle. Kleinius, Selle, J. P. Frank, Lorry, au XVIII: siècle; Alibert, Sabatier, Cazenave, Schenedel, Beaumés et Chaussit, au XIXe siècle; Bazin, Ricord, Hardy, Gosselin, Desprès, de nos jours, ont tous publié quelques observations.

Rayer, qui s’est occupé de cette question dans son beau travail sur les maladies de la peau, s'exprime en ces termes, qui ne permettent pas de douter du génie salutaire de l’érysipèle : « C’est surtout dans quelques maladies chroniques de la peau que l’érysipèle a déterminé des effets qui n'auraient peut-être jamais été

1 Trad, Littre. t. VI des maladies, liv. 1 p. 155.

46 = obtenus par d’autres moyens curatifs. Cette heureuse influence peut avoir lieu, lors mème qu'il aurait son siège sur une région plus où moins éloignée des points affectés. Ce n’est pas seulement aux vésicules, aux papules, aux pustules, en un mot aux productions morbides existant à la superficie, où comprenant une partie plus ou moins grande de l'épaisseur du derme, que s’étend l’action salutaire de l’érysipèle ; on le voit encore modifier, d’une manière remarquable, des affections squammeuses anciennes, déterminer la résolution et la suppuration de tubercules scrofuleux, d’engorgements lymphatiques indolents, résoudre ou faire disparaitre les tubercules syphilitiques, déterminer une prompte cicatrisation d’ulcérations rebelles, borner des dartres rongeantes dans leurs progrès, etc. Dans ces cas, l’érysipèle peut être abandonné à lui-même,

pourvu qu’on en surveille la marche et les progrès. ! »

Ces paroles de Rayer nous montrent que l’érysipèle a une action sur l’organisme en général, et non pas une action locale, soit substitutive, soit révulsive; il bouleverse, métamorphose notre constitution, il n’agit pas comme maladie locale, mais comme maladie générale; ses effets sont comparables à ceux des fièvres infectieuses que nous avons relatées dans cette premiére partie.

L Rayer, Trailé théorique el pratique des malades de la peau, ? édit. t I, p. 150. art. Erysipèle.

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