‹ HeureusementChapitre 10 sur 14 · MARTON, LINDOR · texte numérisé non relu

MARTON, LINDOR

LINDOR

Eh ! bon jour, mon enfant.

Voilà mon étourdi.

LINDOR

Laisse-moi t'embrasser.

MARTON

Vous êtes trop hardi.

Heureusement ig

LINDOR

Tu plaisantes. Je viens, sous Thabit d'ordonnance. De faire mes adieux presque à toute la France ; Et, plein d'impatience, à tes pieds je me rends.

MARTON

Après toute la France !

LINDOR

Il est des soins décens.

Il fallait faire voira la Cour, à la Ville, Que Lindor n'étoit pas un Sujet inutile. Il ne me reste plus qu'à prouver à Marton...

{S'avançant pour la cajoler.)

MARTON

On ne me prouve rien.

LINDOR

Tout de bon ?

MARTON

Tout de bon.

Finissez...

LINDOR

Le refus, sans doute, est pour la forme ? Comment me trouves-tu sous l'habit uniforme ? J'ai bon air, n'est-ce pas ? Je veux que mes habits Reviennent tout criblés de balles de fusils.

Ne nous attristons pas, point de mélancolie. Parbleu ! je vais entendre une belle harmonie, Un tapage d'enfer... Nous ferons de beaux sauts. Nous ne tirerons pas notre poudre aux moineaux. Je viens en ce moment d'acheter une bête Qui me secondera dans ces beaux jours de fête, Un cheval de bataille excellent, plein d'ardeur Et docile à la main d'un adroit conducteur ; Il est fier... comme moi; nous ferons des merveilles. Je viens de lui tirer entre les deux oreilles Vingt coups de pistolet qui ne l'ont pas ému. Nous ferons bien ensemble ; eh ! Marton, qu'en

[dis-tu?...

A propos, comment va la charmante cousine ?

MARTON

Il est tems d'y penser.

LINDOR

Ta friponne de mine

Me fait tout oublier.

MARTON

Mais vous n'y pensez pas :

Vous ne m'avez encor parlé que de combats.

LINDOR

Oh ! je sens le reproche, et je prétends, ma Reine...

MARTON

Eh 1 pensez à Madame ; elle en vaut bien la peine.

LINDOR

Eh ! mais, j'y pense aussi; mais mon nouvel état... Morbleu ! le bel habit que Thabit de soldat ! Tiens, de la tête aux pieds sans cesse je me mire. Mais regarde-moi donc. Je veux que Ton m'admire. Ce chapeau sur les yeux ne me sied-il pas bien ? Ne me donne-t-il pas un petit air vaurien, Un air audacieux qui sied au militaire, Un air grenadier >

MARTON

Oh 1 vous aurez beau faire, Vous n'aurez jamais l'air que d'un homme charmant.

LINDOR

Eh ! mais, ce n'est pas là, Marton, un compliment.

Si je n'impose pas par un air formidable.

Ce bras n'en sera pas trouvé moins redoutable.

MARTON

Pourra-t-il manier un sabre, un mousquetqn? Le bel homme, ma foi !

LINDOR

Tu plaisantes, Marton.

Il faut, pour te punir de tant de déhance, Il faut que je t'en fasse éprouver la puissance : Point de quartier, je vais te traiter en hussard.

(// court après elle, et est surpris par Madame Lisban.)

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