MARTON, MADAME LISBAN, PASQUIN
Bon jour, Pasquin.
PASQUIN, à Marton.
Bon soir ; nous partons.
MARTON
Bon voyage.
Tu nous apprends cela d'un air bien dégagé.
PASQUIN
Nous sommes tous contens.
MARTON
On vous est obligé.
PASQUIN
Nous partons pour Tarmée, et tu le sçais, ma chère, C'est aller à la noce en terme militaire. Ah ! si tu nous voyois dans un jour de combat ! Morbleu !
MARTON
Comment ! Pasquiii parle en brave soldat ! Cela lui sied fort bien.
PASQUIN
Vraiment, j'ai du courage Et je compte marcher...
MARTON
Derrière le bagage.
Dis-nous, que fait Lindor ? Est-il bien affligé ? Vient-il ? Ne vient-il pas ? De quoi t'a-t-il chargé ?
PASQUIN
D'une commission, dont je sens la réponse.
MARTON
Il veut nous voir, je gage.
PASQUIN
Oui, Marton.
MARTON
Je t'annonce Qu'il nous fera plaisir ; va le chercher.
MADAME LISBAN.
Marton, Je n'y puis consentir.
MARTON, à Madame Lisban.
Le refus est fort bon .
Et pourquoi, s'il vous plaît, Madame.
MADAME LISBAN.
Par décence ; L'absence d'un époux armant la médisance...
MARTON
Au moment d'un départ et peut-être éternel, Refuser de le voir, le trait serait cruel.
MADAME LISBAN.
Oui ; mais lorsque j'y pense...
Eh ! vous êtes trop bonne :
Livrez-vous au conseil que votre cœur vous donne. Un cousin...
MADAME LISBAN.
Un enfant...
MARTON
On ne sçauroit jaser.
MADAME LISBAN.
Que l'on voit tous les jours...
MARTON
Eh ! oui ; qui peut penser?...
HeureusemeJit MADAME LISBAX.
Le monde est si méchant.
MARTON
Il faut le laisser mordre.
{A Pasquin.)
Qu'il vienne; et toi va-t-en, de crainte de contre-
[ordre,
{Pasquin soi-l.)