‹ Hieronymus Bosch; son art, son influence, ses disciplesChapitre 11 sur 25 · S ^09 IN · texte numérisé non relu

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élégant gentilhomme, vêtu à la mode du temps, entouré de banderoles à inscriptions amoureuses. Seule de la série, cette planche, haute de o'^09 et large de o^j, ne porte pas le nom de Bosche, mais seulement à sa base, en lettres gothiques, celui de « Hameel ». Elle semble, néanmoins, bien appartenir à Hieronymus Bosch. Le seul exemplaire que l’on en sache appartient au Cabinet des Estampes de Dresde.

Les gravures d’Alart du Hameel, des plus rares comme nous venons de voir, ont sans aucun doute été burinées d’après des dessins à l’encre exécutés à cet effet par Hieronymus Bosch li^i-même et incontestablement sous sa direction. Sortes de calligraphies minutieuses et exactes, d’un faire très exercé et très fidèle, d’une netteté qui n’exclut pas la souplesse, elles rendent clairement les compositions si compliquées et si dispersées du maître. Aucun de leurs innombrables épisodes n’est négligé ni, de leurs détails, oublié. Ces planches, où se voit la satisfaction naïve de leur auteur à conduire les lignes, à les combiner, à les varier, sont traitées d’une pointe acérée, d’ordinaire à tailles très peu croisées, dont le plus ou moins de rapprochement, le plus ou moins d’épaisseur forme les noirs, nous n’osons dire les valeurs ; elles prouvent néanmoins une maîtrise étonnante pour l’époque. Notons, en passant, qu’elles offrent, entre elles, de sensibles différences de procédés d’exécution. Les gravures du Jugement dernier, de l'Eléphant armé, du Cotiple de musiciens auprès d’une fontaine sont d’un faire beaucoup plus mince que celui du Saint Christophe. Ce dernier rappelle quelque peu les anciens bois allemands. Pour les planches de Constantin le Grand regardant l’apparition de la croix et d'Héraclms entrant à Jérusalem, elles témoignent d’une habileté de métier incontestablement supérieure. Qu’en déduire, qu’Alart du Hameel a eu plusieurs manières ? Ces traductions variées de la pensée de Jérôme Bosch sont-elles sorties de la même main, nous n’oserions l’affirmer. Ce qui est indiscutable, c’est qu’elles appartiennent les unes et les autres à l’aurore du XVP siècle. N’oublions pas qu’Alart du Hameel est mort en i5io. Le maître aux banderoles dont l’œuvre est si primitive, si incertaine, si inexpérimentée, date sa première production de 1464. Il est vrai que deux ans après apparaît X Enfant Jésus au bain du maître E. S. et que Martin Schongauer (i) — le beau Martin — va bientôt préluder, par ses planches de la Mort de la Vierge et du Portement de croix, à ses chefs-d’œuvre, parmi lesquels il faut mettre au premier rang sa Tentation de Saint Antoine.

A côté des planches d’Alart du Hameel, d’autres, burinées par des graveurs d’une époque moins reculée qui n’étaient plus les contemporains de l’artiste, repro-

(i) E. Galichon. Ouv. cit. ; — A. van Wurzbach. Ouv, cit. ; — Léon Rosenthal. Ouv. cit. ; — Gaston Varenne. Ouv. cit.

duisent plus ou moins fidèlement un certain nombre de peintures de Hieronymus Bosch, également disparues. Gelles-ci consistent en vingt et une planches qui ne nous font en réalité connaître que vingt nouvelles compositions du maître, puisque l’une d’elles n’est qu’une variante de \ Eléphant assiégé, déjà interprété par Alart du Hameel.

Commençons la revue de ces gravures par les Epreuves de Job, la plus petite d’entre elles, qui ne mesure pas plus de o“io de hauteur sur de largeur. Traitée jusqu’à un certain point dans la manière d’Alart du Hameel, elle porte, en bas, le mot « Bos », surmonté d’un couteau qui pourrait être une sorte de monogramme. Dans cette planche qui a d’incontestables rapports avec les tableaux consacrés au même sujet peints ou inspirés par Jérôme Bosch, le patriarche est représenté à peu près nu, couvert d’ulcêres, assis sur son fumier, insensible aussi bien aux tourments que lui infligent des démons placés derrière lui qu’au concert que lui donnent trois musiciens lui faisant face, l’un jouant d’une trompe à grosse embouchure ; un second, de la harpe ; un troisième, de la flûte ; dans le fond, à droite, apparaît un château en flammes, sans doute la demeure de Job.

C’est ensuite le Baptême dît Christ dont nous ne connaissons pas d’épreuve, avec la signature « Bos » ;

Le Christ mené au Calvaire, autrement dit le Portement de croix, composition d’une quarantaine de figures, portant : « Hieronymus Bos invenit : L. Lombard restituit et H. Cock excudit » ; ainsi que les vers latins que voici :

Vincitur insano patrum plebisqz tumultu Pontius. atqz lupus agnum dat prpeses iniquus

Cumqz datus saevis ad poenam sanctus abiret Militibus chlamydem rubri sub tegmine cocci

Vestitur vilem. species ut cuncta cruentae Mortis imago foret, spinis circumdedit almum

Nexa corotia caput. quoniam spineta benignus Omnia nostrorum susceperat ille malorum (i).

Le Jugement dernier, en forme de triptyque, porte sur le volet de gauche le verset (2) : « lustorum animae in manu Dei sunt nec attiget illos cruciatus » ;

(1) Voici la traduction de ces distiques, des plus incorrects : Ponce (Pilate) cède aux imprécations insensées des anciens et du peuple ; tel un loup, l’indigne gouverneur livre l’agneau. Comme la sainte victime marchait douloureuse, au supplice, elle fut revêtue, par les soldats, d’un mauvais manteau écarlate et afin que son visage présentât toutes les souffrances d’une mort horrible, on entoura sa blanche tête d’une couronne d’épines. (Le Christ) ne s’était-il pas chargé, lui si bon, de toutes les épines de nos péchés ?

(2) Ces inscriptions sont tirées de la Bible, les deux premières, du Liber Sapientiae. Ch. III. Ver. I et 2 ; la troisième, du Liber Psalmorum. Ch. XXIII. Ver. 7 et 9 ; mais toutes trois sont considérablement altérées.

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sur le volet de droite : « Impii multabuntiir pro cogitationibus suis ut qui a Due defecerunt % et sur le panneau central : « Tollite ô portae capita vestra, Attolimus fores sempiternae ut ingredietur rex ille Gloriosus ». Cette planche, signée sur le volet de gauche : « Hieronymus Bos, inventer », et sur le panneau du milieu : « Hieronymus Cock excude », n’est qu’une interprétation libre et d’un caractère beaucoup moins incisif, considérablement affaibli, du tableau du musée impérial de Vienne.

Jérôme Cock, né à Anvers en i5io, l’année même où s’éteignit, à Bois-le- Duc, Alart du Hameel, mort dans sa ville natale en iSyo, est une curieuse figure. Après avoir fait le voyage d’Italie où, en i534, il grava une suite de Rtiines et de Paysages d’après son frère Matthys Cock, il revint dans sa patrie. Admis à la Gilde de Saint-Luc en i545, il abandonna bientôt après les pinceaux pour se livrer exclusivement à la gravure et au commerce des tableaux et des estampes. « Il commandait et achetait des peintures à l’huile et en détrempe, des gravures au burin et à l’eau-forte », rapporte Carel van Mander (i), qui ajoute qu’ « il devint un homme riche achetant maison sur maison ». Sa boutique, à l’enseigne des Qtiatre Vents, était fort achalandée et servait, comme l’a écrit M. Ch. Bernard (2), de rendez-vous à tous les amateurs d’Anvers et même de l’étranger. C’était une sorte d 'Académie, de lieu de réunion pour les beaux esprits. Les planches de Jérôme Cock d’après Hieronymus Bosch sont parmi les principales sorties de sa pointe savante et spirituelle. Ainsi que celles de ses collaborateurs Cornelis van Thienen, Cornelis Danckertz, etc., elles sont beaucoup plus habiles, beaucoup plus expérimentées que les productions d’ Alart du Hameel, témoignent d’une toute autre adresse à conduire les tailles, à les croiser ; mais, il faut le reconnaître, elles n’ont plus leur naïveté, leur saveur, leur imprévu. La science, hélas ! ne remplace pas le sentiment.

Vient ensuite la Tentation de Saint Antoine portant l’inscription : « Multae tribulationes justorum de omnibus iis liberabit eos Dominus », et la signature : « Hieronymus Bos inv ; H. Cock. excud. i565 » (3).

Le sujet assez différent des représentations du même motif par le maître, avec l’édifice en ruines qui occupe le milieu de la composition, les tribulations du cénobite figurées en divers épisodes sembleraient prouver que le graveur ne s’est pas montré d’une fidélité absolue dans son interprétation.

Arrivons à Saint Martin (4) dans une barque, sur une rivière baignant les

(1) Carel van Mander. Ouv. cit.

(2) Ch. Bernard. Ouv. cit.

(3) Cette inscription est tirée de la Bible, Liber Psalmorum, Ch. XXXIII. Ver. 20.

(4) Saint Martin partageant son manteau avec un pauvre avait été interprété dans les mêmes données par le graveur E. S. en 1466, et par le graveur W. A. en 1480. Voir : R. van Bastelaer. Ouv.

murailles d’une ville fortifiée, à côté de son cheval, assailli par une foule : d’estropiés et de malingreux dont l’un grimpe sur sa monture ; le geste par lequel I il donne la moitié de son manteau à un misérable cause une bataille furibonde » entre ces gueux qui rampent, sautillent sur le rivage, ou nagent et clapotent dans ^ l’eau, s’injuriant et se houspillant à qui mieux mieux; plus loin, d’autres embar- i cations s’éparpillent, bondées de passagers à en être submergées, dont les unes [ semblent assister à des joutes nautiques et les autres y prendre part.

La planche, en plus de la marque « Hieronymus Bosch invcntor et H. Cock exc », porte le quatrain que voici :

De goede Sinte Martens is hier gestelt

Onder al dit grue vuyl arm gespuys,

Haer deylende synen mantele, in de stede van gelt;

Nou vechte om de proeye dit quaet gedruys. !

dont M. Maeterlinck (i) donne ainsi la traduction :

Le bon Saint Martin est ici représenté

Au milieu de toute cette engeance sale et pauvre ;

Il leur partage son manteau, au lieu d’argent

Et maintenant ils se battent entre eux pour l’aubaine, cette méchante espèce.

M. R. van Bastelaer (2), d’accord avec nombre d’autres critiques, est d’avis que la première idée de la composition de Jérôme Bosch qui a servi de modèle à la gravure de ces régates burlesques, comme il s’en célèbre encore de nos jours dans les kermesses flamandes, a été suggérée à l’artiste par un Mystère en l’honneur de Saint Martin, représenté de son temps, où l’acteur chargé du rôle du Saint, sans doute par suite d’une péripétie du scénario, devait quitter le rivage pour chercher à échapper à la horde de mendiants qui le harcelaient et s’embarquer à cheval ; mais que les malingreux ne l’abandonnant pas pour cela se jetaient à la nage, ou usaient de tonneaux, de paniers, de vieilles marmites pour rejoindre Saint Martin et monter sur sa barque.

La barque bleue — Die blauwe Scuyte, ou Die blau Scuyte — figure dans une embarcation qui glisse au fil de l’eau un gros bonhomme réjoui, étendu tout de son long, deux hommes et deux femmes assis à ses côtés, chantant et discourant; à l’arrière, debout, le batelier, maigre et piteux, sur la tête une cruche entourée de sarments que viennent becqueter des oiseaux, sur le dos une lyre dont les cordes semblent faites de toiles d’araignée, tient d’une main sa rame et, de l’autre, une branche de fruits; au premier plan, sur le rivage, à gauche, un

(1) L. Maeterlinck. Le genre satirique dans la peinture flamande, ouv. cit., p. aSo.

(2) R. VAN Bastelaer. Ouv. cit.

canard; à droite, un corbeau. M. L, Maeterlinck (i) y verrait volontiers une allusion établie par l’artiste entre le bourgeois riche et jouisseur et le poète pauvre et rêveur. Cette gravure porte les marques: « Hieronymus Bosi nventor », plus

loin le monogramme

et

Cock excudebat iSSç, cum gratia et privilegio »,

avec les deux distiques que voici ; d’abord ce premier :

Daer Platbroeck speelman is en stierman in de bane Daer sien hem de voghelen voer eenen huyben ane.

et ensuite ce second :

En al tiert syn gheselscap dat se moghen sweten Het sullen de sanghers in de blau schuyte heeten (2).

Saint Martin à cheval dans une barque et la Barqtie bleue ne seraient-ils pas des souvenirs plus ou moins lointains de la Nef des Fous, de Sébastien Brandt, dont il a déjà été question, qui eut à son apparition un succès immédiat et dont les gravures figurant des fous sur des barques devinrent vite populaires?

Les deux Aveugles montrent dans un paysage flamand borné à gauche par une ferme couverte de chaume, à droite par des troncs d’arbres, deux vieillards, l’un tenant d’une main le bourdon de pèlerin, l’autre main posée sur l’épaule de son compagnon qui porte une vielle, tombant dans un fossé plein d’eau, paraphrase du verset XIV du chapitre XV de l’Evangile de Saint Mathieu : « Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans le fossé ». L’estampe porte l’inscription « H. Bos inventor. H. Cock excud», avec, au-dessus,

le monogramme suivants :

Coecus ducem se praebet alteri coeco ;

Quod saepe nunc usuvenire lugendum est.

Quid restât autem? nisi ut viae ignari,

Qua destinatum consequi scopum detur.

Tandem in patentem uterque corruant fossam.

Traduits comme suit sur une épreuve de cette planche conservée à la Bibliothèque royale de Bruxelles :

(1) L. Maeterlinck. Le genre satirique dans la peinture flamande, ouv. cit., p. 284. — R. van Bastelaer. Ouv. cit., p. i3.

(2) Voici l’interprétation de ces deux distiques :

Là, où Platbroeck est le ménétrier et en même temps le conducteur, là, les oiseaux le prennent pour un hibou.

Sa compagnie a beau hurler jusqu’à en transpirer

on les considère toujours comme les chanteurs de la barque bleue.

Platbroeck, dans le langage populaire néerlandais, signifie lâche, peureux et aussi eunuque. Le hibou, considéré comme un oiseau qui fuit la lumière, s’applique, en la circonstance, à l’homme borné, inintelligent. Barque bleue est l’équivalent de conte bleu, en français — Traduction et note communiquées par M. van Puyvelde.

Voyez comment le pauvre aveugle enfin se porte,

Qui sur un autre aveugle ignoramment se fie ;

Il va mal assuré, quyque fort il s’appuie

Et se tienne à son homme. Ainsi par male sorte

Tombent dans le fossé et luy et son escorte.

Ce sujet des Aveugles devint vite populaire, il l’était sans doute déjà. Il fut imité entre autres par Cornelis Metsys et Peter Bruegel. Remarque curieuse faite par M. R. van Bastelaer (i) : avec le temps, le nombre des aveugles ne fit qu’augmenter. De deux qui figurent dans la composition de Jérôme Bosch, ils montent à quatre dans celle de Peter Bruegel.

La Baleine éventrée est cette célèbre composition au motif principal figurant l’énorme cétacé échoué sur le rivage, dont un homme, à l’aide d’un formidable coutelas à dents de scie, ouvre les flancs d’où s’échappent, ainsi que de sa gueule ouverte, une multitude de poissons qui se mangent entre eux ; au premier plan, dans une barque, sont assis deux pêcheurs — entre eux se trouve le mot « Ecce » — dont le plus âgé dit à l’autre, comme le porte une inscription : « Vois, mon fils, je le sais depuis longtemps, les gros poissons mangent les petits ». Sur le coin inférieur de la planche on lit, à gauche : « Hieronymus

Bos inventor

au-dessous le monogramme

et sur le coin inférieur, à droite :

« Cock excu. iSSy », puis, au-dessous, la phrase ; « Grandibus exigui sunt pisces piscibus esca ».

Il existe à l’Albertine de Vienne un dessin daté de i55o et signé de Bruegel, qui représente, à quelque chose près, la composition inversée de Hieronymus Bosch.

Viennent ensuite deux Fêtes de Carnaval. Une première où, dans l’intérieur d’une chambre, au-dessus d’une cheminée, sous la gravure représentant un coq et un hibou en pèlerin, est l’inscription ; « Hiero. Bos inventor », variante ou plutôt reproduction, plus poussée, plus achevée, mais néanmoins littérale, du dessin de la bibliothèque Albertine de Vienne ; au bas de la planche on lit : « H. Cock excudebat iSôy », et dans la marge :

Masquers entrez, laisses ce gras grouleur Bien soies venu a nostre ducasse chantes, jouez, la vielle de bon cœur nous faict les gauffres assez bien grasse buvons de ces te malvoisi garbe ce pendant quau sot on faict la barbe

Pypt nou vry oppe ; en speelt van hertten fier

backt wafelen en struyven om wel te smeeren

tis non al keremisse syt nou vrolyck hier

dus brengt nialcanderen eens van den Rynschen Cleeren

en wylt nou wt ghenuchten de sot wel scheeren.

(i) R. VAN Bastelaer. Ouv. cit.

Une seconde, dans laquelle se trouve un buste de Saint Jacques, porte : « Hier. Bos. inve. Corn. Van Tienen excud ».

Les planches des Mendiants, infirmes et malingreux, ne sont, elles aussi, que la reproduction du dessin de mendiants, d’infirmes, de malingreux de la bibliothèque Albertine.

Sur la première se trouve l’inscription : « Jer. Bosche invent. Aux Quatre vents » , avec la légende :

Aidât op den blauwen trughel sack ghecne leeft Gaet meest al Cruepele op beyde syden Daerom den Cruepelen Bisschop, veel dienaers heeft Die om een vette proue den rechten ghanck myden (i).

dont voici la traduction empruntée à M. Maeterlinck :

Celui qui tient à vivre de la besace Boite presque toujours des deux côtés ;

C’est pour cela que l’évêque boiteux a un nombreux entourage,

Qui pour une grasse prébende évite de marcher droit.

La seconde porte : « Jeron Bosch, invent. Aux Quatre vents », puis :

« Dese leronimus bosch drollen, lang geprophiteert Siet hoe elck synen stryt hier den sin gheeft

Soo ongheschickt, nu oock tsweerelts stryt verabuyseerd Alsoo dat elck vat, geeft wt sulcks hy in heeft.

La troisième, « Jeronimus Boss invent. Antwpia. A. fe. iSqq», et la légende :

Wel gaender creupele op bey de syden

Die om een vette proye, den rechten ganck-myden.

Nous avons déjà décrit un Saint Christophe dans la série des gravures données à Alart du Hameel ; en voici un autre, portant dans la marge : «J. Kock, G. Dankertz ex. » et la légende :

Aspicis ut sacro curvatus pondéré pinu Sulciat incertum per fréta caeca pedem Littore noctivago praetendit lumina mundo Non bene canities, sed mage grata Deo.

Scilicet et pinu fidei, verigz Lucerna Pictum Littora, caelestem tendimus in patriam (2).

Ce second Saint Christophe, fort différent du premier, composé dans un tout autre sentiment, gravé dans un esprit également différent, montre le Saint traversant les flots tumultueux d’une rivière appuyé sur un long bâton, les

(1) L. Maeterlinck. Le genre satirique dans la peinture flamande, ouv. cit., p. 225.

(2) Ces vers semblent pouvoir se traduire ainsi : Regarde comme ployant sous son poids sacré, le vieillard aux cheveux blancs, guide avec son bâton, son pied incertain, à travers les sombres eaux. Il tourne ses regards vers le rivage plongé dans la nuit, se confiant plus en la faveur divine qu’au monde. C’est ainsi qu’appuyé sur le bâton de la foi, nous tendons vers les radieux rivages de la céleste patrie.

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épaules ployant sous la charge d’un énorme globe du monde sur lequel est assis l’Enfant Jésus ; à gauche, se voient des grèves, des tours, des montagnes ; à droite, sur un bout de terrain, au pied d’un tronc d’arbre dont les branches enserrent une chaumière, un ermite éclaire le passeur à l’aide d’une lanterne.

Cette gravure mesure o”"3i de largeur sur 0^24. de hauteur.

Sain/ Sébastien attaché à la colonne de son martyre, mesurant o“ii de hauteur sur o'"o8 de largeur, montre, pour toute signature, la lettre B et le couteau que nous avons rencontrés sur les Epreuves de Job.

Voici un second Eléphant assiégé, déjà gravé avec autrement de caractère, par Alart du Hameel, ce qui nous dispense de le décrire ; haut de o'"4o sur o“54 de large, il porte ; « Hieronymus Bos inve. H. Cock excud. » avec ces lignes dans la marge de l’estampe : « Temeritatis subiti ut vehementes sunt impulsus ; quorum ictibus hominum mentes concussae, nec sua pericula respicere, nec aliéna facta justa aestimatione prose quivalent ».

Ecaille voguant sur feau, haute de o""28 sur o'^iqde largeur, porte au bas de la planche, à droite, dans une sorte de cartouche : « Hieronimus Bos inve. H. Cock ex. i5ô2 ». Elle figure, dans une écaille de moule entrouverte, des gens faisant de la musique sur des instruments en partie grotesques, s’embrassant à pleine bouche, mangeant, rendant par-dessus bord le superflu de leur ripaille ; à travers l’écaille supérieure, du fond de l’esquif, passe un arbre sur les branches duquel sont perchés un hibou et un autre oiseau, suspendues une cruche et une jatte.

Une autre planche, La Sobriété des Moines, inutile d’insister sur le sujet, porte les mots : « Hieronimus Bos inv. et H. Cock. Exc. 1662 ».

Puis vient un Charlatan faisant rendre une souris à un malade, portant la mention : « Jheronymus Bosch inventer. B. S. fecit ». Sur la bordure du vêtement de l’opérateur on lit : « D. Marcolenus R. V. ».

Finissons cette revue par la Satire de la Chevalerie traitée comme les Epreuves de Job, dans le caractère maigre et sec des gravures de Alart du Hameel, figurant au milieu de la composition un rustre enfumant un homme caché sous une cloche, sur lequel des arbalétriers déchargent leurs arcs ; à gauche, un énorme casque, dont le cimier consiste en un paysan tenant un pot de bière au bout d’un bâton, sert dp prison à divers personnages dont l’un souffle dans une longue trompette ; au dernier plan, entre autres épisodes, une vieille femme arrose un chevalier bardé de fer, embroché et rôtissant sur un brasier.

Le casque à l’emploi si original, figuré dans cette gravure, se rencontre dans maintes et maintes oeuvres de Jérôme Bosch, qui semble avoir eu pour cette coiffure guerrière un goût tout particulier. On en trouve jusqu’à sept croquis dans le dessin dernièrement identifié au Louvre ; un autre figure dans la

Descente du Christ aux limbes, plus ou moins empruntée au maître de Bois-le-Duc par Peter Bruegel.

Mais revenons à la Satire de la Chevalerie, dont les divers motifs, selon M. L. Maeterlinck (i), semblent la revanche rêvée par les prolétaires qui, dans leur révolte sauvage, deviennent, à leur tour, les bourreaux de leurs anciens persécuteurs.

Bien d’autres gravures passent pour avoir été burinées d’après Hieronymus Bosch ; certifier l’authenticité de ces planches serait certainement aller trop loin. Ce qui est hors de doute, c’est que nombre d’entre elles rappellent le maître, étant tout au moins exécutées dans sa manière et son style.

De celles-ci signalons à part \ Eglise triomphante (2), mesurant 0^09 sur chaque côté, dont une épreuve appartient au Cabinet des Estampes de Paris ; elle est figurée par une femme debout, drapée, aux longues ailes éployées, brandissant une épée de la main gauche et tenant par les cheveux, dans la main droite, une tête qu’elle vient de trancher; autour d’elle, des démons fuient de tous côtés.

Citons ensuite : X Avare dans sa cellule, X Ivresse et la Gourmandise, Un fou rase tin autre fou, la Graisse et randouille, une Vision, toutes signées H. Cock ; un Portement de croix, sorti du burin de Cornelis Galle ; deux Tentations de Saint Antoine, l’une gravée par Petrus Firens, l’autre par J. Wierck ; une Femme assise sur les genoux d'un homme et une Famille de fous, provenant de l’officine. Aux Quatre vents ; une Société à table; une Bataille ; Jésus entre Marie et Saint Jean ; Saint Michel terrassant les démons ; Saint Antoine au milieu des diables ; Jés^ts mort sur les genoux de sa mère et soutenu par Saint Jean et Saint Jean à Pathmos.

Ces différentes planches ont été burinées par les divers graveurs dont elles portent les signatures, employés par Jérôme Cock, sous sa direction, à ses dépens; certaines par lui-même.

Pour la gravure connue sous le nom de Sorgheloos Leven — La vie sans souci — de Cornelis Galle, quoique le sujet en ait été, d’ordinaire, attribué à Jérôme Bosch, il n’est pas de lui, mais bien de Jean Verbeeck, de Malines.

Signalons, enfin, les trois gravures sur bois de la Tentation de Saint Antoine, de Saint Jeaji à Pathmos et de Saint Antoine au désert, de l’Histoire des peintres de Carel van Mander — édition de Jongh — qui passent pour avoir été exécutées d’après des dessins de Jérôme Bosch.

(1) L. Maeterlinck. Le genre satirique dans la peinture flamande, ouv. cit.

(2) La gravure cataloguée par Renouvier, sous le titre de Saint Michel terrassant les démons, est sans doute la même que celle de VÉglise triomphante.

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