‹ Hieronymus Bosch; son art, son influence, ses disciplesChapitre 10 sur 25 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Gravures exécutées d’après les œuvres de Hieronymus Bosch, par Alart du Hameel; gravures exécutées d’après ses œuvres ou DANS SA MANIÈRE, PAR J. CocK ; C. F. VAN Thienen ; C. Danckertz ; P. Firens; J. Wierck; Corn. Galle; etc.

La question des gravures des œuvres de Hieronymus Bosch est résolue aujourd’hui. Longtemps, M. Maurice Gossart (i) l’a écrit avec infiniment de justesse, le maître a surtout été connu comme graveur. Il semble cependant aujourd’hui surabondamment prouvé, après les savantes recherches de Renouvier (2), Pinchart (3) et Firmin-Didot (4), qu’il n’a jamais tenu la pointe et le burin. Les estampes qui, au dire de Bartsch, Duchesne, Passavant, Heenecken, Huber et Rost, Leblanc, Nager (5) et autres, seraient sorties de sa main ont été burinées, les premières, à Bois-le-Duc, par Alart du Hameel, les autres à Anvers, plus d’un demi siècle après sa mort, par Jérôme Cock, Corn, van Thienen, C. Danckertz (6), retouchées et reprises à l’occasion par Peter Bruegel. Une dernière suite, signée de Petrus Firens, J. Wierck, Corn, et Jean Galle (7), de nouveau de Jérôme Cock, représente bien des sujets familiers à Hieronymus Bosch ; mais ce ne sont probablement que des imitations de ses œuvres.

(1) Maurice Gossart. Ouv. cit.

(2) Renouvier. Des types et des manières des maîtres graveurs, ouv. cit. — Histoire de l’origine et dès progrès de la gravure aux Pays-Bas, ouv. cit.

(3) Pinchart. Bulletin de l’Académie royale de Belgique.

(4) Ambroise Firmin-Didot. Essai typographique et bibliographique sur l’histoire de la gravure sur bois, Paris, i863.

(5) Adam Bartsch. Le Peintre graveur, 21 vol. in-8°, J. V. Degen, Wien, i8o3-i82i. — Duchesne AÎNÉ. Voyage d’un iconophile, Paris, 1884. — Passavant. Ouv. cit. — Heinecken. Ouv. cit. — Huber et Rost. Ouv. cit. — Leblanc. Manuel de l’amateur d’estampes, Paris, 1884. — Nagler. Neues allgemeines Künstler. Lexicon, Munich, i835.

(6) Cornelis Danckertz ou Dankertz, graveur hollandais, né à Amsterdam en i56i, vivait encore

en 1634.

(7) Petrus Firens, graveur d’origine française, qui vivait dans la première partie du XVI R siècle; Jean Wierix ou Wierck, graveur, né à Amsterdam ou à Anvers, en 1849 ; Cornelis Galle, graveur flamand, né à Anvers en 1576, mort en i65g ; Jean Galle, neveu du précédent, né à Anvers en 1660, mort en 1676.

Ces gravures sont des plus rares, surtout celles burinées par Alart du Hameel. Il ne faudrait cependant pas croire, comme certains l’ont pensé, qu’elles aient été pourchassées par l’Inquisition, inquiète des allusions qu’elles renferment sur les membres du clergé et les ordres religieux. Tout cela n’était que peccadilles et ne tirait pas à conséquence. C’est leur fragilité qui les a fait disparaître.

Le grand attrait de ces différentes planches, leur importance, réside surtout en ce qu’elles font connaître des compositions de l’artiste que nous ignorerions sans elles. Alart du Hameel, l’auteur des plus remarquables de ces estampes, fut un ami de Hieronymus Bosch. Sculpteur, architecte, graveur, Alart du Hameel, né à Bois-le-Duc, on ne sait au juste à quelle date, fut reçu à X Ilhistre Lieve Vrouwe Broederschap. Il avait épousé une certaine Maragarethe van Auweninge, morte en 1484, dont la pierre tombale, écrit M. Maurice Gossart (i), « est encore aujourd’hui enchâssée dans l’église Saint-Jean, avec son médaillon et son épitaphe » (2). Pour Alart du Hameel, il mourut à Louvain aux environs de i5io.

Alart du Hameel reproduisit au burin huit compositions de Hieronymus Bosch :

Le Serpent d'airain;

Le Jugement dernier ;

Saint Christophe;

Constantin le Grand, à la tète de son armée, contemplant h apparition de la croix ;

Héraclius entrant à Jérusalem avec le bois de la croix ;

L Eléphant assiégé;

Un couple de musiciens atiprès d'une fontaine;

Le jeune homme aux guirlandes ;

La gravure du Serpent d'airain, àoxdi on ne connaît qu’une seule épreuve conservée à la bibliothèque Albertine de Vienne, mesure o“20 sur o“i8 et figure à gauche, au sommet d’un rocher, un serpent sur une perche, tandis qu’à droite les Israélites, au nombre de huit hommes et de deux femmes, se prosternent les bras levés en l’air; au premier plan, un autre Israélite, à genoux, enlève sa coiffure ; à droite, quatre malheureux cherchent à se garantir des morsures du reptile ; en haut de l’estampe, encadrée dans des décorations gothiques, se trouve la signature ou le monogramme « Bosche » (3), accompagné de la majuscule A.

(1) Maurice Gossart. Ouv. cit.

(2) Cette épitaphe a été reproduite par le Xavier Smits, dans son ouvrage si souvent cité : De Kathedraal van ’s Hertogenbosch, p. 32, et dans son autre ouvrage : Grafzerken der St. Janskerk van ’sHertogenbosch, p. 3i5.

(3) A moins que dans le mot Bosche il ne faille voir une abréviation de s' Hertogen Bosche, Bois-le-duc, comme le pense M. Maurice Gossart.

Le Jugement dernier, qui porte, comme la gravure précédente, le mot « Bosche », reproduit en haut de la composition, au milieu, le Sauveur assis sur l’arc-en-ciel, les pieds sur le globe du monde, tenant de la main droite un lys, et de la gauche une épée nue ; à ses côtés sont deux anges sonnant de la trompette ; près d’eux, sur des banderoles, en lettres gothiques, on lit cette inscription tirée de X Apocalypse : « Hec est dies quam fecit dominus » , à gauche, et « surgi te, mortui ; venite ad judicium », à droite; au-dessus, du même côté, la Vierge et les Apôtres, agenouillés sur des nuages, prient pour les pécheurs ; au-dessous, des anges conduisent les élus au séjour des bienheureux, et des démons traînent les damnés aux enfers ; à droite se dresse un bâtiment en flammes d’où des diables pourchassent les habitants ; à gauche, ce sont des terrains convulsés éclatant en volcans ; les premiers plans sont occupés par des monstres se livrant aux contorsions les plus étranges. La gravure, mesurant o""34 sur o'”24, existe en trois états.

Saint Christophe, le solide géant, si populaire depuis le XIV® siècle, imploré comme Saint Roch et Saint Sébastien contre la peste, dont il suffisait encore d’avoir vu une image le matin pour ne pas mourir dans la journée, est figuré la barbe et les cheveux longs, un foulard enroulé autour du front, portant sur ses épaules l’Enfant Jésus, le globe du monde dans la main droite; il traverse un fleuve ou un bras de mer et s’appuie sur un tronc d’arbre, mordu au mollet par un énorme homard. Au premier plan, à gauche, un ermite descendu d’un ermitage placé au sommet d’un escarpement tient une lanterne allumée ; à droite, un homme étendu sur un bout de terrain est assailli par de nombreux nains ; dans les fonds apparaît un château fort ; les eaux du fleuve sont couvertes de barques chargées de guerriers, de monstres, d’êtres fantastiques, luttant et s’exterminant. En haut de l’estampe, qui mesure o^^iq sur o“33, une longue banderole contournée à replis multipliés porte : « Cristafore ste Virtutes sît tibi tate qui de manu videt tepore ridet », ou selon Passavant (i) : « Cristafore Ste virtutis subtilitate qui de mane videt nocturno tempore ridet ». Le mot Bosche et la lettre A se retrouvent naturellement ici, le mot « Bosche » inscrit sur un étendard à droite. Les épreuves de cette planche sont plus rares que celles de la précédente.

La gravure de Constantin le Grand regardant l’apparition de la croix, montre, à cheval, entre un de ses officiers et le Pape Sylvestre, également montés, le souverain soulevant son chapeau, à la vue de la croix, que lui présente un ange dans les airs ; derrière l’Empereur chevauche une troupe d’hommes d’armes portant des lances et des pennons ; devant lui, deux soldats, toujours à cheval, dont

(i) Passavant. Ouv. cit.

un trompette, vus de dos ; au dernier plan, derrière des vallonnements, se dresse la Ville Eternelle entourée de murailles et de tours, à laquelle on accède par un pont ; au tout premier plan se voit un chien couvert d’une armure. La planche, mesurant o”^2Ô sur chaque côté, est signée en haut « Bosche », avec l’initiale A, comme les précédentes.

Héraclius entrant à Jértisalem avec la croix figure deux scènes différentes : à gauche, l’Empereur, en armure, la couronne en tête, monté sur un cheval richement harnaché, suivi d’un nombreux cortège de cavaliers, est arrêté devant une porte ogivale murée, donnant accès dans Jérusalem, par un ange placé sur un balcon qui la surmonte et lui interdit l’entrée de la Ville Sainte avec ces paroles : « C’est en marchant à sa Passion sans pourpre royale, monté sur une humble ânesse, que le roi des cieux vous a donné, à vous, son serviteur, un modèle d’humilité » ; à droite, Héraclius, cette fois, en chemise, nu-pieds, portant la croix, suivi pieusement de quatre serviteurs, se présente devant la porte de Jérusalem que rien ne l’empêchera plus de franchir. La planche, haute de o“2Ô sur o™i8, porte toujours la même signature et la même lettre A.

Eléphant assiégé rentre dans la série des inventions drolatiques du maître. Un éléphant bizarrement caparaçonné, portant une tour sur son dos, est assiégé par des soldats munis des engins les plus hétéroclites. Certains de ces hommes d’armes vaincus gisent à terre, écrasés sous de bizarres et extravagantes machines ; ce ne sont, de côté et d’autre, que châteaux forts et tours, que luttes et combats, auxquels prennent part non seulement des hommes, mais aussi des cerfs, des lions, des taureaux, des ours, etc. On ne connaît que deux épreuves de cette planche, l’une à la Hof-bibliothek de Vienne, l’autre à Londres, au British Muséum, dans la collection Peart ; elle porte en haut, à gauche, le nom de « Bosche », et, à droite, celui de « Hameel » précédé de l’initiale A. Faut-il voir dans V Eléphant assiégé les effets du peuple oppressé, essayant d’abattre et de détruire le pouvoir du maître, du seigneur? Peut-être, mais ce n’est pas certain.

Le couple de Mtisiciens, c’est un jeune homme jouant de la guitare, aux côtés d’une jeune femme, auprès d’une fontaine hexagonale surmontée d’une colonne en spirale dont le sommet est occupé par un petit Mannekenpis nu ; au pied de la fontaine, en avant de la jeune femme, dont il soulève légèrement le bas de la robe, un fou, à demi assis à terre, satisfait ses besoins naturels ; en arrière de la scène se dresse une vigne aux lourdes grappes de raisin, sur les sarments de laquelle perche un corbeau au bec entr’ouvert. Le mot « Bosche » suivi de la lettre A se trouve inscrit à gauche, au tiers de la hauteur de la planche qui mesure o"^24 sur chaque côté. On ne connaît qu’une unique épreuve au British Muséum.

Le Jeune homme aux guirlandes, comme son titre l’indique, montre un

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