‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 31 sur 103 · Faciliùs est repleri potu , quàm cibo · texte numérisé non relu

Faciliùs est repleri potu , quàm cibo

Les personnes saines , fatiguées par de grands exercices , sont promptement ranimées par un vin généreux. Les convalescens pour lesquels le mot repleri est synonyme de refici, et qui sont parvenus à un degré remarquable d’émaciation , manquent souvent d’appétit ; ils ont la bouche sèche par défaut de salivé , et ne peuvent ni triturer ni avaler les alimens. Alors , ils font usage des

(0 ■Epidem., lib. vij sect. ii , p. 343:

SECTION 11, APIf. 10, I^, 12. 97

bouillons légers, des consommés, puis des potages rer/dus de plus en plus substantiels, jusqu’à ce qu’ils parviennent à prendre une nourriture solide. Les liquides de ce genre sont d’une élaboration facile pour l’estomac et réparent avec rapidité. Nôüs devons donc répéter avec Hippocrate : Quicumque veloci apposMone opu^ habent, his humidum ad rejlcienâas i^ires, inédicamen optimum (i). Beaucoup de convalescens se trouvent donc mieux d’une noumture liquide que de celle qui est solide. ■ ' ’

12. Qucb in morhis post crisim rQlinquuntuVj récidivas facere soient. (§ xiv.)

Selon la doctrine d’Hippocrate, la crise met fin aux maladies (a). Elle donne des résultats qui ne sont pas toujours les mêmes ; car ou la santé est recouvrée , ou bien l’affection n’éprouve qu’un changement en bien ou .en mal, et donne même la mort (3). Ces terminaisons sont connues des médecins sous les noms de crises bonnes, parfaites, complètes , mauvaises , impa faites j incomplètes , funestes et mortelles. Celles qu’on peut appeler métastatiques sont heureuses ou dangereuses , selon que le siège de la maladie se transporte d’un organe plus important sur un autre quiEest moins , et vice versâ.

On dit qu’une crise s’opère quand les maladies augmentent ou diminuent, ou se changent en une autre maladie

(1) Lib. de Alimenta additur^mbi verà adhuc celeriore egent,

per adores reficiantur. *

(2) Jndicatio est morbi joiüfio. PrsËCeption. , n® 12.

(3) . Oportet autem animadvertere nosce , in his temporibus ( diebus criticis) judicationes futuras esse ad salutem aut perniciem , aut inclinationes ad melius, aut deterius, Epiclem. , lib. j , sect. m p. 3o3.

Ç)8 APHOïlISMES d’ HIPPOCRATE ,

OU cessent (i). £Ue n’a jamais lieu sans qu’il ne survienne des mouvemens extraordinaires reconnus par la fièvre plus intense , par l’agitation , l’anxiété , l’inquiétude , et par d’autres signes relatifs à l’espèce d’affection qui existe. Nous apprenons de Galien que la crise par excellence se fait tout à coup , et est exactement achevée par les efforts de la nature (a).

Les exacerbations critiques sont presque toujours suivies d’une évacuation quelconque, qui consiste en une expectoration de plus en plus facile et abondante , en sueurs générales , en selles , ou enfin en un flux d’urines sédimenteuses. Depuis Galien , les humoristes ont fait résider les matières morbifiques dans ces différentes excrétions. Il est des crises qui s’exécutent avec lenteur sans qu’on s’en aperçoive en quelque sorte , et qui ne s’annoncent par aucun résultat digne de remarque. On reconnaît alors que la maladie s’est terminée par résolution, perlysim ; en un mot, qu’elle a été acritique.

Les praticiens exacts et rigoureux qui ont lu et médité les ouvrages du père de la médecine , doivent convenir qu’une récidive, rechute , est le retour d’une maladie mal jugée ou dont les mouvemens critiques n’ont été ni complets , ni parfaits ; tellement qu’il subsiste encore des symptômes qui auraient dû disparaître si la nature eût obtenu un triomphe absolu. Larécidive est si intimement liée à la lésion qui l’a précédée, qu’on ne peut l’en isoler , parce qu’il reste toujours des accidens intermédiaires qui indiquent que le malade n’a pas été un instant parfaitement bien. Il semble s’ensuivre que la même idée

(i) Judicari in morbis est , bùm ntorbi augescunt aut marcescunt , aut in alium tnorbum transeunt, aut desinunt. De Affection, n» 8.

(a) Eaquœ repentèfit, per excellentiam Kplrti dicitur, et à naturâ,ea quce prœternaturam sunt, superante , exquisité perficitur. De Cnsib. , lib. iii , cap. i.

SÈCTÎON ÎI, APH. 13. 99

est exprimée par le mot récidive et par celui rechute : le premier se trouve dans les ouvrages d'Hippocrate , lesquels ne font pas mention du second. Cependant les modernes donnent à l’un un sens qui n’appartient pas à l’autre, Larécidive est le retour d’une maladie qui n’existe plus et a disparu depuis long-temps. Une péripneuraonié ou toute autre inflammation topique se renouvelle à des époques plus ou moins éloignées avec lès mêmes symptômes et accidens , lorsqu’on s’expose aux Causés qui les ont produites une première fois. Il en est ainsi du rhumatisme, des névralgies, de la goutte , des catarrhes, des fièvres intermittentes, sur-tout si on ne prend aucune mesure efficace pour se garantir dé leur retour. La rechute est une nouvelle apparition d’une maiadié dont on sort à peinê^ et qui n’a pas été complètement jugée par des évacuations manifestes; alors la convalescence n’était pas confirmée. La maladie dont on relève reste susceptible de reparaître spontanément ou par l’effet de quelqu’écart de régime.

L’idée que l’on doit concevoir du mot récidive étant hippocratiquement fixée, il ne reste plus qu’à la confirmer par l’examen de quelques circonstances qui précèdent le retour des accidens. Dans nombre d’etidroits de ses ouvrages , l’oracle de Cos répète «aritiin la proposition générale exprimée dans le présent aphorisme , qui ne concerne uniquement que des symptômes permanens, plus faibles que ceux qui avaient dominé auparavant (i). D’une part , ce sont des gonflemens de la rate qui causent ces récidives, à moins qu’ils ne se portent sur les articulations ou qu’ils ne se terminent par une hémorrhagie ; des tensions de l’hypocondre droit, si

(i) Epidem.y lib. ii , sert, ni, p. 3ii; lib. iv, p. lîb. yi, sert. Il, p. 343 ; sçct. 111 , p. 34.4. £t pluriès passini.

Ï-OA APHORISMES d’hiPPOCHATE ,

'le* urines ne coulent abondemment (i); d’une autre part, on observe une soif ardente , la sécheresse de la bouche , té manque de goût et d’appétit , des crises prématurées , survenues dans la période de crudité des maladies (2) ; enfin, une foule d’autres dispositions semblables qu’il devient superflu de citer.

La doctrine d’Hippocrate est donc bien différente de celle des humoristes , qui ont tant accordé à la présence de matières morbifiques et à l’action des mouvemens fébriles , qui prépare leur coction , afin que la nature oul’art en opère la sortie au dehors. Ils ont imaginé des qualités froides ou chaudes , tenaces ou visqueuses , un siège dans les premières ou secondes voies , dans le parenchyme de tel ou tel organe : ils ont parlé, de crise parfaite , consécutive à l’évacuation totale de cette huméur ■peccante} de crise imparfaite, qui suppose des excrétions pénibles, lentes, partielles et long-temps incomplètes. De quelque manière qu’une maladie se fût jugée , pourvu que la santé fût recouvrée , les* galénistes avaient l’expérience des rechutes dont ils ne pouvaient expliquer le mécanisme , qu’en prétextant que la crise laissait dans le corps un reste d'humeur qui, par sa petite quantité , ne suffisait pas pour donner lieu à aucun symptôme apparent ; ma^l^ui , par son séjour, son altération et son accumulation , provoquait des mouvemens toujours

(1) Primùm igitur, lienum elevationes , nisi in articulos finiantur,

aut sanguis fluat ; hypochôndni dextri contentio , nisi profluant urinœ, heee enim utrorum’que intercep tio , et recidivœ horum meritb> Epiclem. , lib. 1 1 , sect. ni . ' .

(2) Silis intiis relicta , et siccitas cris, et insiiavitas , et inappetentia hoc modo abcessus facere possunt. Taies autem febres non sunt acutœ y sed récidivas faciunt. Epidenf. , lib. vi, sect. ii.

Quee præmaiuriùs judicantur} si qaùm cruda suntomnia judicentur^ récidivas porte ndunt , sin minus «cmia/n. Epidem. , lib. n.

SECTION II, APH. l3.

croissans, jusqu’à ce qu’enfin la nature l’eût expulsée au dehors. Ce n’est pas sans fondement que Werlhof a dit qu’avec une telle théorie on lève toutes les difficultés (i).

Concluons que , d’après plusieurs passages d’Hippocrate , le sens de cet aphorisme est celui-ci : Dans les maladies , les symptômes ou accidens qui subsistent à la suite des crises, ont coutume de causer des récidives.

i3. Quibus crisis fit 3 iis nooc ante exacer^ hationem gravis est; subsequens vero leviorple^ rumque. (§xiv.).

Une évacuation spontanée est préparée par de grands mouvemens qu’indiquent des symptômes différens de ceux propres à la maladie. Ces derniers , manifestés h toutes les époques, portent chaque jour une atteinte profonde aux forces vitales. Les premiers, au contraire, sont l’effet de ces mêmes forces radicales qui développent une puissante énergie au temps de la période de consistance , et la rendent très-prononcée par des signes particuliers qui présagent un changement prochain. La somme de ces symptômes constitue l’exacerbation, qu’Hippocrate a soigneusement distinguée de la crise même. Cette exacerbation se montre sous diverses formes : tantôt il y a stupeur, somnolence avec assoupissement 5 tantôt insomnie , délire , anxiété , dyspnée , qui surviennent tout à coup sans cause connue, et qui établissent cette exacerbation, au moyen de laquelle la nuit, temps où les symptômes sont plus graves que durant le jour, est orageuse et fort difficile à passer.

Un médecin instruit, prévenu de ce qui doit ai’river, ne s’en laisse pas imposer par l’invasion inopinée d’acci-

(i) Oper. OTtvt. , part. 1 , deFèbriH.^. sect. iv.

103 APHORISMES d’hIPPOCRATE ,

deijs plus fâcheux, qui répondent au génie, au caractère de la maladie et à la période de consistance , même au temps de son décroissement 5 qui sont conformes aux lois de la nature, aux couloirs qu’elle choisit, à ses directions ou déterminations ; enfin, qui coïncident avec les jours appelés critiques. Dès-lors , on s’attend à une nuit difficile lorsqu’on louche au moment où la nature doit juguler le mal, l’adoucir ou le changer. Quand la crise ne laisse rien ou que très peu à désirer, sur-tout dans les naaladies aiguës, on compte sur le repos et le calme pour la nuit suivante. S’il en est autrement, c’est une preuve qu’elle a été imparfaite : elle ne rassure pas le médecin , dont elle fixe de nouveau l’attention.

Ce n’est pas seulement dans les fièvres continues, c’est encore dans les intermittentes qu’on reconnaît la justesse de cet aphorisme. Les fièvres tierces se composent d’ac-» cès alternatifs qui surviennent ordinairement le matin , et qui spnt toujours précédés d'une mauvaise nuit. Hippocrate a fait cette remarque 5 je l’ai répétée un grand nombre de fois (i),

i4- In alvi projluviis mutationes ecQcremen^ torum luvant) nisi in prava mutentur. ( § ix, )

tJne crise étant faite , il y a des évacuations. En prenant pour exemple celles qui ont lieu par l’anus, les premiers excrémens sont d’autant plus noirs, poisseux , abondans et fétides , que la maladie aiguë a été plus longue. Ces matières deviennent ensuite pultacées, consistantes ; les selles sont moins fréquentes , et reprennent

(i) Quæcumque fbbres naturam terfiance induunt, noctem qucB accessionem prcecedit difficilem habent : quce verà subsfiquitur ut plurimùm leviorem. Epidem. , lib. yi , seçt. ii.

SECTION II, APH. l4» l5, l6. I03

peu à peu leurs pxoportibns et leur couleur naturelles, A mesure que ces changemens se succèdent, le mieux se prononce davantage , la faiblesse se dissipe , et la convalescence marche rapidement. Le malade s’épuiserait bientôt s’il en était autrement , sur-tout si les excrétions alvines devenaient de plus en plus liquides , muqueuses , aqueuses ou séreuses. .

Croira -t-on, contre toute vraisemblance, qu’Hippocrate parle de lienterie , de dysenterie, de flux hépatique, etc.? Eh bien f les déjections soutenues épuisent et amènent la cachexie. L’espérance est fondée dès qu’on les voit moins nombreuses , lorsqu’elles se rapprochent de plus en plus de l’état naturel , avec retour des forces, de l’appétit et de l’exercice régulier des fonctions digestives (i).

15. Uhi fauces œgrotant, aut tuhercula in corpore eæoriuntur, excretiones inspicere opor~ tet : si enim hiliosce fuerint^ corpus unà cBgrotat : si verb similes sanis fiant) tutiim est corpus nutrire (§vii.)

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