Spontaneœ lassitudines morbos denuntiant. (§ xm
La lassitude est un état douloureux des membres el de tout le corps ; elle ne permet pas de reposer ni d’exécuter des mouvemens qu’avec une certaine difficulté , et en faisant éprouver un sentiment pénible de fatigue. Elle est spontanée quand elle ne connaît pas de cause et n’a été précédée d’aucun exercice violent du corps et de l’esprit : les personnes affectées se disent plus lourdes , plus pesantes et moins agiles que de coutume. Une telle situation physique précède ordinairement de quelques jours les fièvres les plus dangereuses, que l’on nomme putrides , mulignes et lentes neri>euses.
6. Quicimque aliqud corporis parte dolentes 3, dàlorem fere non sentlunt , his mens œgrotat. (§xin.)
Le corps humain , dit Hippocrate , ressemble à un cercle dans lequel on ne disl^gue ni le commencement ni la fin (i); toutes les actions vitales sont en harmonie, tendent au même but et concourent au même résultat (a) 5 ensorte que, sila plus petite partie est souffrante, fout le corps se ressent de l’afFection , quelle qu’elle soit ,(3). S’il en e^Lautreuaent , l’oracle de Gos conclut
(1) JLil», 4e Loc. in kom. , anb princip.
(?) C»nflurC'io una t c&nspimtio una y consentientin omnia.'LTh. de jdlimentei,
Æt ^i qnis minimam corporis partent malè afficere vêtit , totum aprpus offyotionem sentiet , qualiscumque tandem ea fuerit. De Loc. fn bomiu.
02 APtïORiSMES d’hIPPOCRATE ,
par la sentence exprimée dans cet aphorisme et confirmée par l’expérience (i). H est donc fâcheux qu’on n’ait aucun sentiment de la douleiir que doivent causer,’ par exemple, une inflammation, une plaie, une fracture, etc. Ce n’est pas sans inquiétude qu’un médecin voit cesser tout à coup et inopinément une douleur très-vive, sans qu'il se manifeste aucun mouvement critique, ni solution ou diminution de la maladie sur-tout si la fièvre n’en devient que plus forte , avec soif plus ardente , toux plus opiniâtre , et difficulté plus grande de respirer, dans le cas d’inflammation thoracique...
Nous avons observé des malades aussi gravement affectés, éprouver subitement un mieux tel qu’ils recouvraient toute leur raison et conversaient fort sensément avec les personnes qui les entouraient. Nous en avons vu , attaqués de catarrhes pulmonaires adynamiques , assurer qu’ils respiraient et parlaient librement , lorsqu’on voyait avec douleur la gêne de leur respiration, courte et précipitée , et qu’on entendait leur parole entrecoupée et leur voix presqu’éteinte. Certes, his mens ægrotahat y ils n’avaient pas la conscience de leur affreuse position. te délire ne se manifesle^ws toujours par les actions ni par les discoûrs. En èffe^^'e$t-ce p,as avoir l’esprit malade, que de ne pas souffrir d’une douleur qui devrait exister? dé n’a'voir pas soif quand on est embrâsé par tine chaleüt fébrile? d’être plfis taciturne ôuplüs parleur
(]) In Larissâ cdlvus femoris àextri repehtiko dolore cdrreptus est } nihil eorum qitce ojjerebantur juyabat. Primâ die febrjs acuta et ardens sensim corripuit , dolores autem comitabantur. Secundâ qui’ dern , femoris dolores remiserdnt, \febris g.utem intensa èst-j'sùb molesté sese habuit , non. dormwit. Extrernœ partes frigidœ erant, urinarum non probarum copia prodibat. Tertiâ , femoris dolor sèdatu* est, mentis autem alienatio accidit' et \perturbatio et malta jaetatio, Quartây circci pieridieni. mortuus , est ckeiitimjnè, Epideiu.i lib. JU ,< sect, m , ægiot. V. ' ’ . .
que de coutume ? Gardons-nous d’en douter , de tels malades ne tardent pas à tenir des propos absurdes.
7. Çuœ longo tempore extenuantur corpora, lente reficere oportet : quce vero brevi, celeriter, (Sxxi.)
Il ne s’agit ici que de ces exténuations consécutives aux maladies aiguës ou chroniques , et on peut encore leur ajouter celles qui sont l’effet du manque de nourriture dont on souffre dans les villes assiégées, ou qu’éprouve la classe pauvre du peuple. 11 est certain que les forces digestives et assimilatrices ont d’autant plus perdu de leur puissance , qu’elles ont été plus long-temps dans l’inaction 5 et qu’on les ruinerait bientôt de fond en comble, si on avait l’imprudence de les soumettre sur le champ au travail qui leur est propre dans l’état de santé. N’oublions jamais cet axiome qui dit qu’en nourrissant un malade comme celui qui se porte bien , on lui fait plus de mal qu’en donnant à un homme sain les alimens d’une bête de somme (i). On ne se nourrit pas précisément de ce qu’on mange , mais de ce qu’on digère; et, dans le cas’ présent, le médecin doit proportionner la qualité et la quantité de nourriture à la faculté de digérer.
il est certain que, quelle que soit la maigreur à la suite
(i).... Magis offenditur si œgris sanorum , queim si sanis jumentorum alimentum porrigatur. Hipp. , lib. de Feter. /nedicin.
Corpora longo tempore extenuata , longiore sunt reficienda , atque paulatim; iis enim carnes contabescunt , et graciles redduntur alice partes , per quas actiones naturales perficiuntur. Corpora verà quce pauco tempore extenuata sunt, quia id non ex solidarum colliquatione partium , sed ex humonim et spirituum evacuatione contin^t , ea celeriter et afj'atim licet reficere. Gaien. ■
94 APHORISMES D^HIPPOCRATË ,
d’une maladie grave dè courte durée , les forces conservent encore beaucoup d’énergie , les besoins deviennent très-pressans et demandent à être promptement satisfaits; mais il ne faut jamais outrer , car on ne tarderait pas à tomber dans l’inconvénient que l’on s’efforce d’éviter.
8. Si à morho quis cibum capiéns non robo^ retur, indicat corpus uberiori alimento uti. Si verb cibum non capienti hoc evenkit^ évacua^ tione opus habere nosce oportet. (§ xxi.)
Après les maladies, il reste une faiblesse qui a pour cause la nécessité de réparer, et qui cesse avec elle. Çu’un convalescent , pressé par le désir impérieux de manger, prenne des alimens jusqu’à satiété , nul doute qu’il ne surcharge son estomac, auquel il donne plus de travail qu’il n’en peut supporter. S’il est malade depuis long temps, il sent encore mieux. l’urgence de procéder avec lenteur pour se refaire ; les dérangemens qu’il éprouve au moindre écart dans son régime , l’avertissent que ses forces diminuent de plus en plus , loin de s’accroître, et qu’il s’expose à x'etomber dans cet état de maladie connue sous le nom de récidive (i). .
Est-il constamment vrai que , chez un convalesçéhf , • un dégoût permanent exige qu'on évacue? Cette proposition est étrangère aux personnes attaquées de maladies chroniques fort avancées ; car ce dégoût est alors un signe des plus fâcheux ; mais elle n’est point applicable à toutes les espèces de convalescences; En effet, beaucoup de fièvres muqueuses ou lentes nerveuses , d’une très-longue
(i) Qui ex longâ valetudine sese recalligerUes, cibum benè sumunt, nihilque pmficiunt, hi maügnè recidivam incidunt. Coac., Prænot. , sect. i , p. 42a.
SECTION II, APH. 9. gS
durée, sont suivies d’une faiblesse extrême, avec répugnance invincible pour toute espèce d’aliment. Quiconque , dans cette circonstance , qui n’est pour nous qu’une exception à la règle générale établie par Hippocrate , purgerait aussi souvent que les évacuations seraient faciles , abondantes et multipliées , que les premières voies paraîtraient embarrassées , porterait le dernier coup aux propriétés vitales de l’estomac, provoquerait le marasme^ l’anasarque, l’hydropisie, etc. C’est donc le cas de prescrire des alimens d’une extrême ténuité , et mis en rapport avec le peu de forces digestives. Ne perdons pas de vue qu’un convalescent se ranime par cela seul qu’un organe principal et isolé^ecouvrequelqu'énergie, et que la constitution s’améliore , selon, que l’estomac se prête mieux à l’exercice de ses fonctions (i).
9. Corpora y ubiquispurgxire voluerit y. facile JLuentia reddere oportet.\%'siy..)
Les anciens médecins n’employaient que des purgatifs très-violens , et ne pouvaient se dispenser de disposer le corps à leur action. Ce précepte ne doit pas être négligé aujourd’hui que l’on purge beaucoup plus doucement sur-tout à l’égard des personnes qui , par précaution , croient utiles de s’évacuer au retour de telle ou telle saison. En effet , comme elles jouissent d’une bonne santé, elles s’exposeraient si elles usaient brusquement des purgatifs. Il leur cont'^ient donc d’altérer leur état pendant quelques jours , à l’aide .d’un régime végétal peunourrissant , délayant et rafraîchissant ; quelquefoismême en se faisant tirer du sang. Tmnsitus aperios esse:
(1) Qui cibi paulatim adjectibne utetur, U eorparî leniter sanitatem Tcstituet, De Vict. ration, in acut.
gô APIIORISMÊS d’'hiPPOCRA’Î'Ë ,
oportet y veluti nares , et alla , quibus opus est , et velut opus est, et qualia, et quâ parte , et quandb , et quantüm opus est, velut sudores, et alla sanè omnia (i) .
Cette précaution est indispensable dans toute maladie aiguë ou chronique, pour laquelle on n’est pas trop pressé d’évacuer j mais s’il s’agissait de turgescences subites et très-prononcées , il n’y aurait pas de temps à perdre ; toute temporisation pourrait être préjudiciable: Il y aurait urgence à purger de suite par haut ou par bas , sauf à revenir postérieurement aux altérans et aux rafraîchissans.
10. Impura corpora, cjuo ma gis nutriveriSi eh ma gis lœdes. (§ xyiii.)
Cet aphorisme est la conséquence de la seconde proposition présentée dans le huitième 5 ensorte qu’il me paraît exister une intercalation du neuvième, qui dérange l’harmonie du texte.Vallésio a rétabli l’ordre, en mettant cette sentence à la place de celle qui précède.