‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 33 sur 103 · Famem vini potio suivit. ( § xxi · texte numérisé non relu

Famem vini potio suivit. ( § xxi

Lorsque des convalescêns sont trop tôurmentés par la faim, on leur ferait un grand mal si on leur accordait autant d’alimens qu’ils en désirent. Il est sage d’empêcher qu’ils ne fatiguent leur estomac et de relever les forces de cet organe. C’est pourquoi le vin généreux, tel que celui que l’on récoltait dans le pa3's d’Hippocrate , concourait à dissiper cette faiblesse qui rendait la faim insupportable. Le vin est donc un moyen de faire disparaître un symptôme dont sont souvent tourmentées les personnes qui relèvent d’une maladie aiguë'.

Nous savons qu’en bonne santé, ceux qui boivent beaucoup de vin sè contentent de très-peu de nourriture. C’est tout le contraire de ceux qui font un grand usage de l’eau. Ce fluide, dit Hippocrate, ne contient rien de substantiel 5 il donne de l’appétit de la même manière que l’intempérie froide de l’estomac. L’intempérie chaude provoque à la boisson, et le vin nourrit un peu (2).

(0 Qiibd si quis me audiat, isquàin prudentissimè et consultissimè tùm in cælerâ arte , tàni in prcedictis hnjusmodi se geret , probè intelligent, qui prœdictionis successum consecutus sit , apud pmdentem admirationi fore, qui verb deerraverit, prœterquam quàd odio degtavabilur, eum ne insanicE quidem suspicionem ejfugere passe. Quapropter prœcipio prœdicta tùm hæo tùm alia ' omnia prudenter fiéri. Hipp. , Prœdiction., lib. 11, n» 3.

(2) .^qua i/orctx. Hipp., Epideni. , lib. vi, sect. iv.

22. A repletione quicunque fiunt morbi , eça-^ cuatio sanat; et quicunque ab evacuatione^ repletio et aliorum contrarietas sanat{i). (§xviii.)

Cet aphorisme énonce trois propositions : dans la première , il s’agit dès réplélions morbides guéries par des évacuations 5 dans la seconde , des évacuations que les réplétions font cesser} enfin, des contraires opposés aux contraires.

I® Que d’exemples n’avons nous pas de turgescences sanguines, bilieuses et muqueuses, qu’on ne parvient à dissiper qu’à l’aide des saignées , des vomitifs , ou de médicamens qui ont la propriété de relâcher le ventre? Dans d’autres pas, les déterminations connues de la nature obligent le médecin à faciliter les expectorations, l’écoulement des sueurs ou celui des urines. Sous ces deux rapports , l’art a une action directe. Il en a une indirecte, toutes les fois que, les médicamens n’étant pas jugés nécessah'es, il se borne à la prescription d’une diète absolue, de boissons légères et aqueuses, qui mènent au même but en faisant disparaître tous les signes de réplétion.

2® Il n’est encore question ici que des évacuations excessives : elles cèdent à la soustraction immédiate des causes qui peuvent les entretenir, telles que l’abus des purgatifs , des délayans et d’un régime débilitant. Dépendent-elles d’un épuisement constitutionnel , et non d’une lésion organique portée au plus haut degré? les toniques, les cordiaux, les astringens mettent souvent un terme aux accidens. Alors , par cela même qu’une évacuation

(i) De Fiat. , no a.

108 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,

aussi pernicieuse n’a plus lieu , il y a réplétion, que ron' nomme indirecte, diff’ërente de celle qu’on peut appeler directe. Celle-ci est l’effet subit d’un régime nourrissant/ de l’administration méthodique et mesurée d’alimena choisis, en même temps que l’on facilite le retour des forces digestives à l’aide de médicamens appropriés.

3“ Quant à la guérison des contraires par les contraires, il n’est pas douteux qu’il ne faille souvent combattre la cause première du mal (i). Dans mille circonstances, on attaque avec avantage l’influence exercée sur le développement de beaucoup de maladies, parun mauvais régime de vivre, par dés habitudes pernicieuses, par les saisons et les climats ; en un mot , personne ne l’ignore , l’excès du travail cause des dérangemens de santé que le repos détruit , l'oisiveté eu occasionne d’autres dont le travail est l’unique remède, (a). Si nous avons égard à la nature des symptômes dominans , nous ne prescrivons pas les éehauffans dans les cas d’irritatioa vive, ni les délayans ou les rafraîchissaiis , quand il s’agit d’une affection niuqueuse ou d’un catarrhe atoniques,, chez des vieillards ou chez des personnes épuisées et cacochymes (3).

(1) Curant sanè facere oportet ex contrario, instando adversùs: malt causant. Hipp. , de Naturâ homini , p. 25.

(2) Quin et hcBc insuper nosce oportet , quàd quoscitnque morhos repletio parat, evacuatio sanat ; et quicunque ex evacuatione fiunt moibi, repletio sanat. Quicunque. verà à labore fiunt, quies sanat;. qui autem ab otio gignuntitr, labor sanat. In sumrnâ medicum scire. oportet, opponere se contrarium instan'ibus, et morbis et natiiris et temporibus , et œtatibus , distende ntia solo ere , et soluta distenderCi Ibid. ibid. , p. 25.

(3) Quœ verà contraria sunt àvertere , ipsisque adversari, Ibid. de Hiimorib. , p. 46.

Si eniniid, quod ipsum lœdit , aliqiiod ex his est ( calido , an fvigido,vel sicco, vel humido ) , corflrario solvere oportet ac Uberare^ De Veteri medicin. , p. 11.

îl y a encore des maladies que nous guérissons par les semblables , similia similibus curantur. On sait , avec le père de la médecine, que, nombre de fois, le vomissement fait cesser le vomissement , que les purgatifs calment les diarrhées , que des saignées suspendent des hémorrhagies. Alors on écoute la nature, on suit ses mouvemens , et la conduite du médecin est en harmonie avec elle. En diminuant la violence des efforts spontanés, on s’oppose à ce qu’ils soient portés trop loin , et qu’ils ne deviennent funestes (i).

25. Morhi acuti in quatuordecim diebus judicantur. ( § xiv. )

Ces maladies sont de très-courte durée , et se terminent promptement en bien ou en mal; ou bien elles se prolongent un peu , et n’offrent rien de pressant (2). Parmi les premières , on compte la pleurésie , la péripneumonie , la phrénésie et la fièvre ardente (3) . On reconnaissait encore anciennement des maladies aigues qui se continuent jusqu’aux vingtième et quarantième jours; on les appelait telles par décidence ou métaptose, parce qu’elles subissaient des changemens , et que leurs crises nè se faisaient plus par semainès, mais par vingt jours , d’où l’importance des nombres , 60, 80, 120, 180.

Il est certain qu’il y a des maladies aiguës qui se jugent très-tard : dans des cas , Galien dit que c’est toujours le quatorzième jour, à commencer de l’instant où le caractère aigu s’est annoncé. Selon ce commentateur,

(1) Eit enim secundùm naturam ipsa medicina. De Fiat, Quidquid natura facit spontè] id medicus facit arte.

(2) -Gels. , de Medicinâ , lib. iii , cap. 1.

(3) Hipp. , de Fici. ration, in acut. , n» 3. Coacar. , n® an. He Ju~ dication. , n» 4.

I ï O APHORISMES d’iIIPPOCR ATE ,

on observe des fièvres qui , dans les premiers jours , paraissent légères, s’exaspèrent le quatrième ou le cinquième, et se jugent le dix-septième ; d’autres n’augmentent d’intensité que le sixième ou le septième , et ont leur solution le vingtième (i).

Dans les livres d’Hippocrate , on trouve l’exemple de maladies terminées les vingt -septième et quarantième jours, ce qui a fait conclure à Vallésio que l’énoricé de l’aphorisme n’est pas d’une exactitude rigoureuse. Il est vrai qu’Hermocrate est mort d’une fièvre aiguë le vingtseptième, et que ce malade, qui demeurait dans le jardin de Déalce , n'a éprouvé sa crise que le quarantième (2). En nous conformant à la doctrine de Galien , nous trouvons que le premier a eu des jours de repos du quatorzième au vingtième , en sorte qu’on ne peut pas dire que son affection a constamment été au même degré jusqu’au vingt-septième jour. Le second malade fut libre de sa fièvre à deux fois différentes. *

Boerhaave avance que les maladies aiguës simples ont une période de vingt jours 5 que celles très-aiguës en ont une de quatorze, et celles extrêmement aiguës en parcourent une de sept, morbi acuti, acidissimi, peracuti. On en admet encore de plus fâcheuses que ces dernières j leur terme est de trois ou de quatre jours au plus ; telle est ta fièvre pestilentielle , morbus superperacutus . Hippocrate nous apprend que les crises des fièvres arrivent absolument dans le même nombre de jours où elles sont salutaires ou funestes; que les maladies très - légères ,

(1) Ex iis verb , qui motus habent inœquales , multi extenduntur, nsquê ad aliquod tempus prœfiniturn. Dico autem inœquales habere motus, eos qui aliquoi diebus vehementiores ' fuêre ; posteà sine aliqiid si^nificatione torpuerunt , deiadè rursùs adaucti ^ continuitatem acceperunt. Gai.

(a) Epidem. , lib. m. Ægrot. i et iii.

dont les symptômes sont fort rassuraris , se terminent le quatrième jour ou auparavant; que celles décidément mortelles tuent k la même époque (i).

A. Pasta fait remarquer que les maladies aiguës qut se jugent dans l’espace de quatorze jours , proviennent principalement de la bile ; quelles régnent dans un pays chaud , durant l’été ou autres saisons , dont la température est élevée. Sous les deux derniers rapports , l’assertion est vraie; mais les faits n’admettent pas la cause’ bilieuse comme unique. A Périnthe , le solstice d’été fut précédé d’un hiver tempéré et chaud, d’un printemps qui fut sec, ainsi que l’été , jusqu’au coucher des vigiles ou des pléiades (2). Il tomba plutôt une rosée qu’une véritable pluie. Cependant, à cette époque du solstice, les maladies dominantes étaient muqueuses, et la plupart' se jugeaient le quatorzième jour (d).

L’époque de la crise des maladies aiguës, fixée par Hippocrate , peut être vraie pour les climats où ce premier maître exerçait ; mais elle n’était pas , comme on l’a* vu , sans présenter des anomalies qui ont appelé l’attention de Galien; et elle offre beaucoup d’incertitudes dans' les pays que nous habitons.

24. Septimorwn quartus est index. Alterius septimanœ octavus est initiwn. Notandus undecimiis : is enim quartus est alterius septi-

(1) Febres judicantur in iisdem numéro diebus ex quibus et superstites evadunt hcMiines , et ex quibus pereunt. Ftenim placidissirnçe febres, et signis securissimis fientes , quarto die desin unt aut priùs. Zéethalissimce uerà et signis. horrendissimis fientes , quarto die aui^ priùs occidunt. De Judicat. , n® a.

(2) Les pléiades sont un astre placé dans le signe du taureau. Elle» se lèvent en avril , et se couchent au commencement de novembre.

(3) Epidem, , lib. n , sect. lii.

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