‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 34 sur 103 · II · texte numérisé non relu

II

APHORISMES d’hiPPOCRATE,

manœ. Notandus rursiim decimus septimus : hic enim est quartus quidem à decimo-quarto 3 sep^ timus vero ah undecimo. (§ xiv.)

Hippocrate notait le premier jour où la faiblesse commence (i), sans égard aux lassitudes spontanées qui présagent une maladie, et n’indiquent pas qiVelle existe déjà (2). Aëtius comptait de l’instant où l’affaiblissement, causé par la violence du mal , forçait de rester au lit (3). Mîiis des personnes fortes souffrent courageusement, vaquent à leurs affaires , et ne s’alitent que tard 5 tandis que d’autres , plus molles ou plus faibles , se couchent de bonne heure ; il est donc nécessaire d’accorder que rien n’est moins aisé que de fixer invariablement le principe d’une maladie (4). Fréd. Hoffmann datait de la première apparition des signes pathognomoniques des fièvres , c’est-à-dire du frisson , de la fréquence et de l’accélération du pouls (5).

En partant du moment de l’invasion , les anciens diSéraient encore sur la durée des jours , de douze heures pour les uns , et de vingt-quatre pour les autres. Hippocrate composait le premier, de tout le temps écoulé depuis le début de la maladie jusqu’au soleil couché; et les suivans, de l’intervalle qui séparait le lever de cet astre de

(1) Observare itaque oportet primum diem quo œger debilis esxe cœpit, cognito undè , etquandà, pnncipio, Id enim nosce prœcipuitm œatimatur. De Vict. ration, acutor.

Çpt) Hujusce, sect. ir, aph. 5. ^

(3) Lib. V, cap. XV.

(4) Morbi principium statuere convenîens, non levions estnegotü.

Quippè adamussim principium , însen'sibilé est; ubi jam decubuerity non morbi , sed decubitûs est principium. Galen, , de Dieb. decretor., lib. I , cap. vr. '

De Crisium naturâ, Halde, J706, m-4°.

SÊtTlOÎT ïî ,■ APH. 24* I ï S

son coucher; enfin, dans aucune de sete histoires , le divin vieillard ne nomme l’heure d’invasion, sans doute parce qu’il lui suffisait de savoir que tout avait commencé le jour ou la nuit, le matin, à midi ou le soir, puisqu’il ne changeait rien dans sa manière de compter. Galien prenait une période de vinghquatre heures ; il Calculait de l’instant de l’invasion jusqu’au lendemain à la même époque, principe du second; jotir, ainsi de suité^ Celle manière, quoique non hippocratique , est universelle-, ment admise aujourd’hui.'

Le nombre de quatorze ou de vingt-un jours se divise en deux ‘ ou trois parties ' égales appelées sepjienàù’es. Chacun de ceux-ci a potfr principaux jours le quatre et le septk Le premier se' nomme mÆcafeur, index, indicaiorîus , indicans , internuncius , contemplabiîis , 'ÇditCQ que des changemens annoncés pendant' son cours en indiquent de décisifs pour le sept, qu’on nomme critique, proprih aut perfeclè criticüs , decretorius, jUdicans , princeps, car dinalis. Les trois , cinq , neuf, treize et dixneuf sont intermédiaires, intercidentes , irrepentes-, intermedii , iniercalares , provocatorii. D’une certaine valeur pour les crises , ils sont moins puissans que les précédens , et on remarque presque toujours comme imparfaites celles qui arrivent pendant leur cours. Cependant Heurnius a considéré les jours sous deux points de vue. Eu égard à l’exacerbation des symptômes , il suppose : 1° que si , dès le principe*; la fiètire a été très-aiguë, le septième jour sera simplement- critique ; 2“ que- si la fièvrea été' faible durant ^es- deux premiers jours, et plus forte ensuite i le septième dé toute fhistoire ne sera pas critique, niais le neuvièmej qui se trouvera être le sept , à dater de lexacerbation (i)*-

(i) In Hipp., Prognostic. m.

APHORISMES d’hipPOCRÀTE ,

II y a encore des jours insignifians , dies vécut, médicinales, pendant lesquels il ne se fait aucun mouvement. Ce sont les six, huit , dix, douze , seize et dix-huit. On les nomme aussi acritiques, acritici. Le plus terrible de tous est le sixième, auquel on a donné l’épithète à.Q tyran, tyrannus} il fut fatal à Epaminondas , à Silène , à Philisque (i).

On distingue encore les jours en pairs et en impairs, pares et impares. En calculant par septénaire , composé de sept jours complets , chacun a deux périodes ; savoir : du premier au quatre , et du quatre au sept. Le premier temps du second septénaire commence le huit et finit le onze; de là jusqu’au quatorze, le second temps se trouve mesuré. Ainsi, les jours impairs du premier septénaire sont les trois, cinq et sept; les jours pairs sont deux, quatre et six. Le huit , principe du second septénaire , est impair comme le dix , douze et quatorze , répondans aux trois, cinq et sept de la semaine précédente. Le neuf, pair, est le deuxième jour de ce second septénaire; il se rapporte à deux , comme onze à quatre , et treize à six du premier. Telle est la manière de déterminer la parité et l’imparité, si on veut savoir pourquoi Hippocrate a mis au nombre des jours impairs les quatorzième et vingtième (2).

On a remarqué, de tqus les temps, qu’il existait souvent des jours impairs , distincts par des changemens notables opérés dans les maladies , et qu’il s’en troujvait d’autres , le plus ordinairement pairs , où ces mouvemens étaient faibles, sinon nuis. Les faits ont donc, établi, comme point de doctrine, que les premiers sont plus puissans et plus fréquemment critiques que les seconds. De l’aveu

(i) Epidem., lib, i, sect. in.

(a) De Morb.y lib. iv.

SECTION II, APH. 24. Îl5

même d’Hippocrate , il n’y a rien d’absolument constant à cet égard. En effet , on lit dans plusieurs endroits des Epidémies, que des crises parfaites ont eu lieu les sixième {tyran'), huitième, neuvième et dixième jours (i).

Jusqu'à quel point Asclépiades a-t-il eu raison de s’emporter contre la doctrine des jours critiques (2) ? Pourquoi a-t-il conjecturé qu’Hippocrate ne l’a établie que par respect pour la théorie des nombres de Pylhagore, philosophe qui faisait grand cas des quaternaires et des septénaires ? Il esbdifEcile de ne pas admettre que des maladies aiguës se terminent par des crises manifestes qui sont trop souvent différentes entre elles , pour qu’on ne convienne pas de quelque incertitude sur ce , point , considéré dans quelques cas particuliers. Nous laissons à juger si Galien a bien rencontré, lorsqu’il a rapporté la puissance des jours critiques aux phases de la lune , pour les maladies aiguës , et au cours du soleil dans les signes du zodiaque, pour celles qui sont chroniques. Méad (3) et de Haën (4) peuvent occuper des

(1) In Larissâ yvirginem febris corripuit ardens , acuta. Insomnis , siticulosa : lingua fuliginosa , arida. TJrinœ boni quidem coloris , sed tenues. Secundd die taboriosè degebat. Non dormivit. Tertid, ah aivo multa prodierunt aquosa cum vîrore pallida. Itidemque sequentïbus diebus prodierunt, ejus modi tolerabiliter. Quartâ, urinam egessit tenuem , paucam : habebat in medio pendens ilLud sublime, non subsidebat. Mente mota est ad noctem. Sextd , per nares sanguis multus ïargè fluxit.Cùmque inhorruîsset , sudorem multum calidum pertotuin effudit. febre libéra , judicata est. Epidem., lib. iii., histor. xii.

JEa; vicinis, textoris fam,ula , ix. xuve-liKa» dejectiones habuit biliosas, copiosas , hypochondrii contentionem. Sextd , post suppressioiiem, alvus tenuia , copiosa und vice egessit , statim sudavit , etjudicata est. Epidem., lib. ivl

Judicatur autem. Causas, brevissirnus quidem nonâ aut decimd die. Zotigissimus autem decimd quartâ. Lib. de .Affect., p. 189.

(2) Cefs., lib. iir , cap. Il , sec. n.

(3) Opéra omnia , p. 458.

(4) Ratio niedend., jiart. i , cap. it.

Il6 APHORISMES d’hiPPÔCRATE ,

médecins théoriciens j mais l’expérience attachera les

dogmatiques.

25. Quartance œstivœ plerumquè firnit brèves; autumnales verb longce^ et maxime quœ prope hjemem incidunt. (§in.)

Une fièvre intermittente-quarte a ses accès distincts par deux jours d’apyrexie complète : on la divise en double et doublée, en triple et triplée. Dans la première espèce, les deux premiers jours sont avec fièvre, et le troisième est libre ; en sorte que le paroxysme du quatrième jour répond à celui du premier, et le paroxysme du cinquième à celui du second. Il y a intermittentequarte doublée, quand deux accès surviennent chaque quatrième jour, les deux jours intermédiaires étant apyrétiques. Lors d’une intermittente-quarte triple, les accès reviennent tous les jours dans cet ordre ; le quatriènie s’accorde avec le premier, le cinquième avec le second , et le sixième avec le troisième , pour l’invasion , la durée et la terminaison respectives. De Sauvages dit avoir heureusement employé .le quinquina, uni à des, sels alcalins, contre une intermitteHte-qparte.triplée, qui durait depuis six mois, et dont les accès étaient au nombre de trois tous les quatre jours (i).

Les commentateurs, se sont efforcés de découvrir la cause de la plus longue durée des fièvres quartes , en automne et en hiver, qu’au printemps et en été. Ils ont cru la trouver dans la mobilité plus ou moins grande de la bile et des autres humeurs dont ces fièvres peuvent dépendre. L’atrabile est la plus visqueuse de toutes , et séjourne plus long-temps dans le corps. Ce qui prouve,

(i) Nosol. , class. a, gen. a, sp, i6.

SECTION 11, APH. 25. ÏI7

dit Hippocrate , qo’elle a une grande part dans la production de la fièvre dont il s’agit , c’est que celle-ci se manifeste plus particulièrement en automne , saison dominante de l’atrabile , et qu’elle survient j>rincipalemefif depuis vingt-cinq jusqu’à quarante - cinq ans (i). Oë même que l’hiver là rend plus intense él plus rébèllè , parce qu’alors la pituite s’accumule , de même elle s’accommode mieux avec la constitution hyémale (à).

Sanctorius s’est convaincu que le corps èst plus peSânl en hiver que dans tout autre temps de rannêe(3) ; et Oh a interprété la cause de cette durée différente des fiëVres par les phénomènes de la transpiration. Gette Fonctioft cutanée est peu remarquable en hiver; la putridité des hümeürs est pour ainsi dire nulle , et toutès les matières ihorbifi:ques sont difficilement pousséés au-dehors. tes moüvemens ralentis reprennent plus d’activité au printemps j il y a plus d’agitation , plus de transport Veis la peau au retour des premières chaleurs. En été , celles-ci Sont plus grandes , disposent davantage à la putridité ; les sueurs sont plus copieuses, et diminuent à l’approche de l’automne , plus encore dans l’hiver, temps où le corps est nécessairement plus lourd. Il est facile de se persuader qu’une telle interprétation , déduite des travaux de Sanctorius , n’est point étrangère à celle puisée dans les écrits mêmes du père de la médecine.

(1) Àtrd ënim biUs intêi' àhitiès iidrpôrii hünidrés vucosissima éit^ et sedes àiuturhissiffias /àcit.,...

AutUtiiiio êtiim JÜtiobUnê hdtkînès â quàriânis corripiuntûr, èi in œtate à qüinqüë et t/iginti annist , ûsqtte àd quadragesimum quintum. jiœc autem cètàs prie tirtinibm üliis à bile àirâ infestatur, etautumni tempus omnium cttini tëtnpùnim aptU'siihûm est. Ùè Watur. homin., sub fin.

(a) PotrS pituita in hàtAînè hyeme augétur, jicêc enim hyêmi tnaximè secundùm natUràm convëfiil ex omnibus in corpore qxistentibus. Ibid. ibid.

(3) De Staticâ medicâ, séct. 1, apb. 11 5.

APHORISMES d'hiPPOCRATE ,

Il est spécialement question de la durée comparative des fièvres quartes d’été, d’automne et d’hiver, abandonnées à elles rmêmes et guéries par les seuls efforts de la nature. Les propriétés vitales , plus actives au printemps , opposent plus de résistance aux môuvemens morbides j encore vives en été , elles s’épuisent enfin par degrés à mesure qu’on avance vers l’automne, et sur-tout que l’on louche à l’hiver. On abandonne une saison meilleure pour en parcourir une autre durant laquelle tout languit, sommeille, et se prépare à de nouveaux eff’orts (i). Des pathologistes ont pensé avec Sydenham , que la fièvre s’accompagne d’une chaleur qui suffit pour préparer la coction de la matière fébrile ; ils en ont conclu que si les intermittentes durent moins en été qu’eri automne ou en hiver ,*c’est parce que la chaleur est plus grande dans les paroxysmes, Cest pourquoi ces mêmes écrivains se sont appuyés de cet axiome antique , calore naturam pugnare adversùs causant morhificam (2).

36. Febrem convulsioni supervenire metiùs est y quàm conduis ionem febri. (§ iii.)

Les convulsions dont parle Hippocrate, ne doivent être l’effet d’aucune cause mécanique j elles appartien-

(1) Æstate enim dysentetioe multc$, ac alvi projluvia incidunt, et fébres quartanœ diuturnœ.{De Aere , aq. etloc.ysect. i,p. 82.)Cette citation ne 4oit pas mettre Hippocrate en contradiction avec luimême : elle confirme au contraire la vérité de la sentence. En effet, le vieillard de Cos fait , ofrserver judicieusement que l’été répond à l’automne dont il éprouve les nombreuses variations, dans les villes situées au couchant, à l’abri de l’est, échauffées par le midi , et refroidies par le nord. Les habitans des climats aussi variables sont donc très-exposés aux maladies d’automne, aux fièvres -quartes prolongées.

(2) De naturâ morborum medicafriceà medico arte juvandâ , {xvi. Diss. Jacob. Christophor. Van-dçn-WalIe, Lugdun. Batav. 1746.

aent sans doute à la mélancolie , à l’hystérie (i) ou aux douleurs de femme en couche (2). Nous avons l’exemple de maladies éruptives qui s’annoncent quelquefois par des symptômes convulsifs dont la cessation suit promptement l’invasion de la fièvre et l’éruption exanthématique.

Pour qu’elle soit utile contre la convulsion , il faut que la fièvre soit aiguë , si elle se montre pour la première fois 5 ou qu’elle s’exaspère, si elle existe depuis quelque temps (3). Il ne convient pas qu’elle soit trop forte j et c’est sans doute parce qu’elle ne l’a pas été au degré nécessaire , qu’elle n’a point été utile au fils de Numène (4), selon la remarque de Houllier. Quoique moins avantageuse , la convulsion qui survient à la fièvre n’est point encore regardée comme un mal par l’auteur de cette sentence (5).

27. ITis, quce non secundùm rationem levant,, credere non oportet, rîèque timere valdè quœ prœter rationem. fiant prava. Multa enim horum

(1) Convulsiones anteà incognitce in strangulatis ab utero , qucS' faciles sunt. Coàc. Prgenot. , p. 433.

(2) Mulieri à convulsiorie presses ex partu , febrem supervenire

bonum. De Morb. , lib. i, p. i45. . •

(3) Canvulsionem solvit febris supervenîens acuta , quœ prias non fuit. Si verà fuitpriùs, exacerbata. Ibid, , Coac. Prœnot. , p. 433.

(4) Et tetano ac convulsiorie occupante, igneum rigorem siipervefiire bonum. De morb. , lib. i, p. 145.

Siderationes repentinœ ei, qui exolutè , ac diutinè insuper febriit perniciosœ sunt : quale quiddam passas est Numenii filius. Prædie-

tion. , lib. I , p. 406.

(5) -if convulsione si febris invaserit, sedatur eddem die , aut sequenti,. aut onininà tertiâ. De Loc. in bom. , p, 79.. — - Coacar Prœnot. , p, 427.

Si febre detentum convulsio prehenderit , febris eodem die, anti postera aut tertio desinit. De Judicat. , p. 398.

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