‹ Hippocrate par lui-même, ou Commentaires sur les Aphorismes, d'après les écrits vrais et supposés d'HippocrateChapitre 56 sur 103 · Çuœ in utero gerunt, harum os uteri clausum est. (§ xi · texte numérisé non relu

Çuœ in utero gerunt, harum os uteri clausum est. (§ xi

62. Mulieri in utero gerenti si multùm lactis ex mammis JLuxerit^ infirmiim fœtum signijicat ; si vero solidœ fuerint mammŒy saniorem fœtum signifient. (§ xi.) .

53. Quœ perditurœ sunt fœtus y hismammœ graciles fiunt; si vero rursüs ^urce fiunt ^ dolor erit, aut in mammis., aut in coxisy aut in oculiSy aut in genihus, et non perdant. (§ xi.)

54. Quibus os uteri durum est, his necesse est os uteri clausum esse. (§ xi. )

J’ai connu une femme dont le col de l’utérus était squirreux, dur et douloureux. Devenue grosse, son accouchement a été facile et heureux. Le squirre, station-

(0 Secundarum purgatio , si non discedant, Sternutatoriurn ad nares apponito , ut sternutet et sternutantis nares ac os apprehen-’ ditù. Epidein., lib. n, sect. v. .^d calcem.

Section v, aph. 4^ à 57. Sat

haire tant qu’a duré la gestati9p, a fait ensuite des progrès rapidement mortels.

55. Quœcunque in utero gerentes à febrihus torripiuntur, et vehementer attenuantur absque manifestâ ocûasione, difficulter et periculosè pciriunt^ aut abortientes periclitantur. (§ xi.)

56. Si Jluocui muliebri convulsio et animi deliquium superpeniat, malum, (§xi.)

V [)jez aphorisme 3 de cette section. Quelques femmes éprouvent ces accidens durant leurs règles , lors même que les proportion^ de l’écoulement sont gardées.

57 . Mensibus copiosioribus prodeuntibus , morbi contingunt : non prodeuntibus, ab utero Jiunt morbi. (§xi.)

Il n’est pas possible de donner une évaluation positive du sang que les femmes perdenf à chaque époque périodique. Pour croire que l’écoulement est excessif, il faut savoir qu’il est beaucoup supérieur à ce que rend ordinairement la femme pour laquelle on est consulté. Une hémorrhagie considérable fait naître des maladies qui ne dépendent que d’elle : ce sont les convulsions , le hoquet, les syncopes , les infiltrations , les hydropisies , l’émaciation, et quelquefois la paralysie. Lors des règles supprimées , la plupart des atfections proviennent de l’uiérus. On observe des métrites , des squirres , des cancers , des ulcères de mauvais caractère. La déviation du flux menstruel se fait reconnaître par des turgescences sanguines à la tête, à la poitrine: par des douleurs lombaires., inguinales, coxales , etc. Les feirlmes deviennent également

522 APHORISMES d’hIPPOCRATE ,

sujettes aux pâles couleurs, aux affections nerveuses, qui se montrent sous toutes les formes, et qui ont leur origine' à l’utérus, dont les fonctions sont troublées et interverties.

58. Recto intestino injlammato y et utero in~ jiammato i et renibus suppuratis , urinœ stillicidium supervenit. Hepati autem inJLammato y singukus supervenit. (§ xi.)

La strangurie , qui consiste dans l’action de rendre les urines goutte à goutte avec de violentes angoisses et des douleurs très-vives, n’est ici que symptomatique, et ne provient pas d’une affection spéciale' de l’appareil urinaire. Elle est considérée comme effet d’une phlegmasie qui peut avoir son siège sur des tissus plus ou moins éloignés de la vessie, et qu’une sympathie de contiguïté rapproche. On conçoit avec facilité que, chez fhomme , l’intestin rectum étant uni à la vessie au moyen d’un tissu cellulaire très -serré, l’inflammation de ce dernier peut exalter la sensibilité de l’autre organe , et troubler ses fonctions. Chez la femme ^ la remarque est semblable , en ce qui concerne une maladie analogue de futérus et du vagin , contigus au col de la vessie et à l’urèthre. Quant à la suppuration des reins , nous pouvons dire que la présence du pus ne détermine pas toujours la strangurie, que néanmoins on observe assez fréquemment.

59. Minier si dn i^entre non concipiaty velis autem scirë^an conceptura sit y vestihus circumtectam subtèr suffito , et si quidem procedere tibi videatur odor per corpus ad nares et ad. os y scito y hanc non propter se ipsam infœcun* dam esse. (§xi.)

Section v, aph. 58, 59,60, 61. $25

60. Si mutieri in utero gerenti purgationes prodeantj fœtum sanum esse impossihile. (§ xi.)

Les règles coulent quelquefois plus ou moins , mais non aussi abondamment que de coutume , les deux ou trois premiers mois de là grossesse , qui ne laisse pas que de parvenir à son terme ; les mères , d’ailleurs bien portantes, accouchent heureusement, et leurs enfans sont sains. Hippocrate ne parle pas de cette circons-tance ; il fixe l’attention sur les femmes enceintes depuis deux ou trois mois , chez lesquelles les règles paraissent tout à coup , et reviennent aux époques ordinaires. Proniincio de muliere habente duos, aut très menses , et ultrà; si menses statim prodeant singulis mensibus , necesse est tenuem ipsam Jieri et debilem{\). Dans un tel état, la sânté dé la mère ne peut être bonne, et Ténfant ne se porte pas bien.

61. Si mulieri purgationes non prodeant , hetjue hOrrore^ neque fehre supervenierite , cihi autem fastidia ipsi accidant; hanc in utero ge~ rere putato. (§xi.)

J’ai vu des femmes, mères de plusieurs enfans, éjirouver tous les symptômes de la grossesse , s’attendre à accoucher d’un jour à l’autre, et n’être pas enceintes. Madame dont le ventre était très-développé, avait du dégoût pour les alimens ; de ses seins gonflés , elle exprimait une sorte de sérosité laiteuse; enfin elle sentait journellement remuer dans son ventre. On la saigna plusieurs fois durant cette grossesse présumée. L’instant de l’accouchement , attendu avec grande impatience , se

(i) JDe Morh^mulier., lib.i, s(*ct. », p. 24'î, n» vjo.

324 APHORISMES d’hIPPOCHATË , <

passa, et je fus consulté dans le cours du dixiéme mois de cet état. Je reconnus que cette damen’était pas grosse; M. Baudeloque confii'ina mon diagndstic. 11 s’agissait d’une maladie nerveuse qui céda au traitement que je crus devoir employer.

62. Quœ frigides ac densos uteros hahent , non concipiunt ; et quœ prœhumidos hahent uteros i non concipiunt : eoctinguitur enim ipsis genitura ; et quœ siccos magis et adurentes : alimenti enim inopid semen corrumpitur. Quœ hero ex utrisque temperatum hahent moderatum, hœ ipsœ proliferœ fiunt. (§xi.)

Concipit autem in ventre , neque ea , quœ humiditatem habet, neque quœ resiccata est, nisi quid horum in veteri natura fuerit ( i ) .

63. Similiter autem etiam in masculis. Aut enim propter corporis raritatem spiritus extra fertiir, ut semen non demittat. Aut propter densitatem humidum non pervadit foràs. Aut propter frigiditatem non incalescit y ut ad hune locum congregetur : aut propter caliditatem hoc idem contingit. (§ xi. )

Galien pense que cet aphorisme n’est pas hippocratique. V allésio est d’une opinion tout a fait opposée. Ce dei'nier commentateur avance que, parmi les hommes incapables de se reproduire, il en est qui ne peuvent opérer le coït , parce qu’ils n’ont pas d’érection; que, chez d’autres , le pénis tombe lorsqu’ils sont prêts à con-

(i) Hipp., de Morb, mul.f lib. j , sect. j , n» 3S, p.

SECTION V, APH. 63, 63, SsS

sommer l’acte vénéHen ; enfin que , pour quelques-uns , il peut y avoir intromission du pénis , sans émission de liqueur testiculaire, et l’érection cessant très-tard. On dit, des premiers, qu’ils sont froids; des seconds, qu’on leur a noué l’aiguillette; et des troisièmes , que le fluide testiculaire est trop consistant, ou que les canaux qui le transmettent sont étroits.

Dans l’examen des principales causes de stérilité de l’un ou de l’autre sexe , Hippocrate à égard à l’habitude du corps , et considère l’excès de froid , d’humide et de chaud, en ce qui concerne l’utérus. L’œuvre de la réproduction s’accomplit, s’il existe une harmonie entre la constitution et l’organe générateur, à quelque degré qu’il soit froid , chaud et humide. Les femmes n’ont aucune disposition à devenir mères , quand les propriétés vitales des parties génitales sont trop, exaltées , ne le sont que faiblement ou pas du tout, toute l’habitude du corps se trouvant dans un état opposé. Il est même des cas où la constitution entière étant excessivement muqueuse et lymphatique, le contraire a lieu pour l’utérus.

Il est presqu’impossible de comprendre l’aphorisme qui traite de la stérilité, chez l’homme. Prop/er raritatem

corporis . . donne l’idée de cette érection qui tombe

tout à coup lorsqu’on est prêt de consommer l’acte vénérien; en sorte que le pénis, devenu- inopinément flasque et mou, n’est plus susceptible d’intromission. Alors, s’il y a écoulement de liqueur prolifique , il se fait hors des organes de la femme. Propter densitatem..... Des hommes ont commerce avec des femmes et n’éjaculent pas après un coït prolongé ; est-ce à cause de quelques embarras dans les canaux excréteurs , qui empêchent la transmission au-dehors du fluide spermatique? Les testicules peuvent être atrophiés, comprimés dans l’intérieur du bassin, au pli de l’aîne; ou bien ils manquent

Saô ^^IPIIORISBIES d’hippocrate ,

tout à fait. Propler frigiditalem non incalescit . Il y a

des hommes qui ne sont jamais en érection, et qui n’ont aucun appétit vénérien. Quelques-uns d’entr’eux perdent un mucus qui n’est point un produit testiculaire. P. Marlian est enfin porté à croire qu’Hippocrate a connu plusieurs hommes d’un tempérament chaud et humide, qui ne pouvaient éprouver d’érection, ni ha-? hiter avec les femmes. L’abus des plaisirs vénériens ne favorise pas la reproduction 5 aut propter caliditatem hoo idem contingit,

64- Lac dure capite dolentibus, malum. Ma-> lum verb etiam fehricitantibus , et quibus hjpoçhondria elevata sUnt murmurantia , et siticulosis. Malum autem et quibus dejectiones biliosce, et qui in acutis sunt febribus : et quibus çopiosi sanguinis facta est ègestio. Convenit çero tabidis non admodùm {faldè febricitantibus (lac) dure, et in febribus longis et languidis 3 nullo eæ supràdictis signis prœsente ; et prœter rationem quidem eætenuatis. (§ xvni.)

Liquide doux , blanc et sucré , le lait est composé de matière séreuse , caséeuse et butireuse ; et , de temps immémorial, plusieurs de ses espèces sont usitées en médecine. Le lait de vache est celui auquel tous les autres sont comparés. Plus épais, plus opaque , il est moins sucré- que le lait de femme, qui a beaucoup de rapports avec celui d’ânesse. La chèvre le donne fort épais, très-crèmeux et butireux; et la brebis le fait remarquer par beaucoup de viscosité. Le lait de jument est le plus fluide de tous et le plus sucré.

Le sérum lactis ou petit-lait n’a pas été inconnu des anciens , qui accordaient une grande confiance à des

propriétés tempérantes ; délayantes , et même un peu laxatives. Le lait dè vache se donne comme aliment; et , coupé avec beaucoup d’eau , il devient une excellente boisson pour certains malades. Le lait d’ânesse n’est ordinairement prescrit que comme rafraîchissant , après de longues affections de la poitrine. Le printemps et l’automne sont les saisons durant lesquelles on a coutume de le faire prendre.

Hippocrate précise les principaux cas qui exigent l’usage du lait : on peut ajouter qu’il est très-utile dans les affections rhumatismales chroniques , rebelles à tous les efforts de la médecine ; dans des éruptions herpétiques ou dartreuses des plus opiniâtres , qui forcent souvent de le donner comme unique aliment , à l’exclusion de tout autre. Les malades se trouvent alors soumis à une diète lactée dont ils ne doivent pas se désister tant qu’ils s’en trouvent bien. Ce régime était connu des anciens , et l’histoire a conservé le nom d’un certain Dioclès , qui nourrissait indistinctement tous ses convaleseens de cette manière , et qui avait généralement répandu éette règle de conduite. Mais , lorsqu’elle n’est pas indiquée , la diète lactée ou l’abus du lait provoque des indispositions graves , dont il est possible à tout médecin de citer des exemples. Aucun n’ignore ce qui concerne Apollonius d’Ab ci ère. Cet homme digérait mal depuis long-temps; il souffrait de l’épigastre et des hypocondres. Il but abondamment du lait de chèvre et de brebis; il mangea des alimens de mauvaise qualité. Sa fièvre. augmenta; lés déjeelions alvines devinrent presque nulles. L’hypocondre droit parut tendu et douloureux ; enfin , d’au 1res accidens fâcheux se sont succédés. Le trente-quatrième jour, Apollonius est mort (i). Au mois d’octobre iSo’ÿ, ma-

(r) Epidem.y lib. lu, segvot. xui.

528 APHORISMES d’hiPPOCRATE ,

clame la vicomtesse de R*** quitta son château pour rentrer à Paris et se faire soigner d’une fièvre appelée , dans nos écoles, méningo- gastrique. La lésion des fonctions des premières voies provenait d’un grand abus de lait de vache pendant les mois d’août et de septembre. Il a suffi d’une diète sévère , de l’usage des infusions chicoraçées, decelles de menthe , de camomille et de petite centaurée, pour rappeler l’appétit et l’exercice des fontions digestives. La santé a été recouvrée sans l’aide d’aucun remède évacuant,

65. Quibus tumores in ulcerihus apparent ^ non valdè convelluntur, neque insaniunt. His autem derepentè disparentihus , quibus in pos^ticâ quidem parte fuerint, convulsiones y te tard (i. e. rigores) : quibus vero in anticd, insaniœ, aut lateris dolores acuti, aut suppuratio , aut djsenteria y si rubicundi fuerint tumores. (§ v. )

Des traducteurs et des commentateurs se sont imaginés que le mot ulcère est ici synonyme de plaie on blessure. Ils se sont trompés, et ils n’auraient pas tardé à revenir de leur méprise, s’ils eussent comparé cet apho^ risme avec le suivant , et s’ils eussent consulté , dans Y Histoire des épidémies (ï), le texte dont cette double sentence est extraite. Dans toute plaie considérable qui doit suppurer, les convulsions, les spasmes, les moùvemens tétaniques ont cjuelquefois lieu en même temps cjue l’engorgement inévitable des parties coupées ou déchirées , est porté à un trop haut degré. Il serait même difficile d’avancer un fait qui attestât que tous ces accidens nerveux ont été immédiatement l’effet de la dispa-

(i) .Ppidem,, lib. 11, sect. «1, n® 3ia,

SECTION V, APH. 65. SsQ

rition subite de cet engorgement nécessaire de surfaces divisées, et non réunies par première intention. Rien ne constate les aliénations mentales , les péripneumonies , les pleux'ésies, les hépatites, les suppurations intérieures, enfin les diarrhées colliquatives après l’affaissement des plaies qui n’ont pas encore donné de pus , et qui n’en sont encore qu’à la première période , ou temps de cette inflamniation appelée vulnéraire ou traumatique.

Au contraire, un ulcère qui est dans le meilleur état que l’on puisse désirer, offre toujours une tuméfaction salutaire , d’après laquelle la quantité de pus qu’il fournit se trouve proportionnée. On n’a rien à craindre tant que ces rapports se conservent à mesure que la cicatrice fait des progrès. Des exemples se répètent trop souvent , pour qu’on ne connaisse pas les suites d’un affaissement inopiné des bords et de la surface des ulcères , quelque part qu’ils aient leur siège. Cette conversion malheureuse est ordinairement la suite d’une affection constitutionnelle intervenante. Si celle-ci parcourt régulièrement ses périodes et se juge bien , la convalescence* est marquée par le retour de l’ulcère à son premier état , et par des nouveaux progrès vers la cicatrisation. Mais si cet affaissement coïncide aussitôt avec un violent frisson, céphalalgie vive, douleur pectorale' , hypocondriaque , avec souffrance de tout le bas-ventre et symptômes de fièvre putride ou maligne , avec diarrhée ou dysenterie, la mort est à craindre, et survient presque toujours. À l’ouverture des cadavres, on trouve des traces d’inflammation , du pus dans les parenchymes du poumon ou du foie , etc.-, et on dcr meure convaincu qu’Hippocrate h’a entendu parler que d’ulcères, dont le bon état de suppuration est susceptible d’une foule de changemens.

APHORISMES D HIPPOCRATE

66. Si magnis et jyravis existentibus vulnerihus y tumores non apparent y ingens malum. (§xn.)

On a mallreureuseinent recueilli beaucoup de fait? relatifs à des plaies très-simples ou très-compliquéqs qui ne s’enflammaient en aucune manière. On a également observé ce phénomène, après des amputations que l’urgence a forcé de pratiquer. Les malades ônt toujours succombé en peu de temps. Les tissus se trouvaient frappés d’adynamie mortelle par le coup même de la blessure, et les forces radicales étaient dans un épuisement complet, les individus étant fatigués par des campagnes pénibles , par toute espèce de privation , et frappés de terreur par la seule idée de perdre un mem- Irre ou de manquer des moyens propres à assurer leur existence. Les chirurgiens militaires se sont donc assurés plus d’une fois de la vérité de l’aphorisme si exactement interprété par Celse. Nirnis intumescere vulnus y periculosum. Nihil intumescere , pericuhsissimum est, Illud indicium magnœ inflammationis : hoc emortui corporis est (t).

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