‹ Hippocrate & Vénus [electronic resource]Chapitre 1 sur 35 · DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

DE MONTPELLIER

CONTRE CEUX QUI NE CESSENT D'EMBRASSER LEUR FEMME POUR AVOIR DES ENFANTS ET LES AUTRES QUI LE FONT PEU SOUVENT AFIN D'EN AVOIR MOINS

LE vulgaire ignorant s'abuse de deux façons contraires^ contrevenant totalement à son intention : quand les uns^ fort désireux d'avoir des enfants^ ne cessent d'embrasser leur femme le plus qu'ils peuvent^ et les autres les épargnent^ craignant d'avoir trop de ménage* Les uns pensent qu'un coup manqué est tôt réparé par un autre^ or il en advient tout autrement car ce qui pourrait être fait d'un bon coup peut être défait par un second* De plus^ quand on y retourne ainsi souvent^ même sans y être incité de nature, la semence n'a loisir d'être bien élaborée et parfaite, d'où elle n'est féconde ni prolifique, et inutile comme de l'eau*

Toute semence n'est pas convenable à faire des enfants* Il y faut deux conditions très nécessaires : Tune qu'il y en ait asse2; bonne quantité^ l'autre qu'elle soit bien cuite et digeste^ épaisse^ gluante^ pleine d'esprits frétillants* Toutes deux manquent à ceux qui y retournent si souvent^ car^ quand ils seraient les mieux nourris du monde (c'est en effet un métier qui exige de bien vivre et Vénus^ comme dit le proverbe^ est bien froide sans pain ni vin)^ il est impossible qu'il y ait toujours provision de semence et qu'elle soit bien digeste*

Au contraire réussissent mieux ceux qui couchent moins souvent avec leur femme car (s'ils sont continents et ne font l'amour autre part^ cela s'entend) ils font ce pendant amas de semence^ qui tout à loisir se rend parfaite en bontés de sorte qu'au premier coup^ si la femme y est disposée^ ils l'engrossent au plus loin de leur intention*

Ainsi voit-on plusieurs femmes ne relever de gésine qu'elles ne soient grosses à nouveau d'autant que le mari a fait provision de matière durant trois semaines ou un mois* Et la femme^ de son côté^ a la matrice bien purgée de sorte qu'ayant été mieux nourrie que de son ordinaire (surtout si elle a fait un fils qui cause volontiers plus de joie qu'une fille) elle a pour sa part accumulé beaucoup de sa semence qui la chatouille et la rend plus friande du mâle

qu'elle n'avait été de longtemps* Car^ durant que sa matrice est pleine du fait de la grossesse^ elle a moins de plaisir à la copulation^ mais à la fin de la gésine la matrice commence à crier à la faim et a Tappétit plus grand qu'auparavant* Voilà pourquoi la femme^ émue de cette friandise^ oublie facilement les vœux et protestations qu'elle a faits lors de l'enfantement^ pressée de douleurs^ quand il faut rendre gorge du plaisir reçu auparavant* Pour lors ne voudrait plus faire d'enfants^ désirant être désormais stérile et (si ce pouvait se faire sans autre mal) n'aurait plus les parties de copulation*

Mais quand, au delà de quelques jours, douleurs, tranchées de ventre et mal de reins ont bien passé, le tout s'oublie et la matrice commence à frétiller, en l'attente du jeu d'amour dont elle est plus affamée que jamais pour la friandise goûtée auparavant* Et plus encore si l'accouchée a été bien accommodée et servie d'étuves, bains et autres gentillesses pour raffermir le ventre, resserrer les conduits et réparer tout, de sorte qu'il semble qu'on n'y ait pas touché* Adonc, vraiment, la femme est bien disposée à concevoir*

On voit le semblable au retour du mari après quelque voyage lorsque la femme devient soudainement grosse pour ce que l'homme apporte bien de quoi (s'il a été bon mari et n'a fait brèche à son mariage) et que la femme.

ayant attendu longuement^ en est affamée, tant et si bien que pour fêter leur revoir ils se font Tamour comme le jour de leurs noces* Par ces observations, et les raisons déduites, il est aisé de comprendre que celui qui fait ramour moins souvent est plus assuré d'engrosser mieux sa femme, pourvu (comme je rai bien noté) qu'il n'aille au change et n'épargne sa femme pour les commères* Car ce serait bien un moyen pour n'avoir guère de ménage quand on ne sèmerait en son champ que de semence de mauvaise qualité, la meilleure étant employée à l'exécution de l'amour folle, où les mauvais maris apportent la crème de leur embonpoint et toute leur gaillardise, ne réservant à leur femme que le pain bis* Ce sont de méchantes gens adultères, infâmes et vilains auxquels Dieu ne fait la grâce de multiplier leur descendance en enfants légitimes, vrais successeurs de leurs biens et honneurs, mais remplit leur maison de bâtards qui représentent à leurs yeux leur péché, duquel (s^ils ont quelque crainte de Dieu) ils doivent avoir grand déplaisir et componction avec repentance continuelle et en gémir du profond de leur cœur, comme le bon David* Mais au contraire on glorifie Dieu des enfants légitimes et l'on s'en réjouit ouvertement, leur répartissant biens et honneurs au grand contentement de tous*

QU'IL NE FAUT CONNAITRE LA FEMME AVANT DORMIR ET QUE, POUR CE, LES TRAVAILLEURS SONT MOINS GOUTTEUX ET ONT PLUS D*ENFANTS

J'ai deux choses à remontrer : pourquoi les travailleurs^ comme laboureurs et artisans, ont communément plus d'enfants que les personnes d'état ou sédentaires et pourquoi ils sont moins goutteux* Je tais les autres causes de la goutte pour le présent* Ici, où je traite de la génération, il me suffit de faire entendre que la goutte procède bien souvent de Tacte vénérien, importun et intempestif* C'est quand on s'y adonne avant que l'estomac ait fait sa digestion, après avoir crapulé, comme font volontiers ceux qui sont par trop adonnés à volupté charnelle, luxurieuse et paillarde* Toutes heures sont bonnes à ceux-là qui, étant pleins d'oisiveté, bien nourris du corps, maigres d'esprit, vont cherchant telle occupation et se provoquent, voire pressent et forcent nature à cette folie qui ainsi coûte bon* Car ils abrègent leur vie de beaucoup, ainsi que les passereaux salaces et lubriques qui vivent peu et sont fort enclins et sujets à goutte, colique néphrétique, apoplexie, tremblement et autre maladie de crudité, laquelle engendre le phlegme, père de tous les maux*

Et ce d'autant plus que le paillard fait grande perte d'esprit et de chaleur naturelle

en dépensant beaucoup de sang^ prochaine matière de la semence^ dont il s'ensuit que les parties servant à la nourriture du corps sont refroidies et affaiblies et par conséquent ne peuvent faire bonne digestion» Et voilà quant à la fréquence ou continuation démesurée de l'acte vénérien auquel sont plus adonnés les gens qui ont autrement de quoi vivre et qui passent davantage leur temps au plaisir que les pauvres travailleurs qui ont plus à penser de quoi ils vivront la journée qu'à faire l'amour* Et le travail d'ailleurs les endurcit et rend plus forts d'où ils sont moins délicats et moins sujets à maladies*

L'autre considération est que Tacte vénérien importun et intempestif est cause de crudité et faiblesse d'estomac comme lorsque l'on s'y abandonne tôt après le repas et à l'entrée du lit ainsi que font volontiers les oisifs et sédentaires* Au contraire les pauvres travailleurs^ qui sont bien las de la journée, soudain qu'ils sont au lit, s'endorment et, s'ils ont quelque chose à demander à leur femme, c'est après le repos, ayant dormi et fait digestion du souper* En quoi ils ont plus de plaisir, le font mieux à leur aise, gaillardement, et en rapportent le profit qu'on doit attendre de cette action naturelle, à savoir qu'ils se lèvent plus dispos et allègres, la chaleur naturelle en étant excitée, non dissipée et affaiblie, et sont plus

assurés d'engrosser leur femme s'il y a lieu* C'est pour venir à l'autre point de la pluralité des enfants qu'on voit aux pauvres travailleurs plus qu'aux riches et bien aisés*

La raison de ceci peut être tirée des propos que nous avons déjà tenus que la semence est plus féconde et prolifique^ tant plus séjourne en ses vaisseaux et qu'elle n'est versée ou répandue avec prodigalité* Ce qui est plus observé che^ les pauvres travailleurs chastes et continents pour la plupart tant par suite du travail qui les amuse ailleurs que de la pauvreté qui les fait contenter de leur ordinaire* Ainsi^ faisant meilleure provision de semence, et l'employant mieux à propos, ils ne faillent guère leur coup, si la femme en est capable* Voilà comment ils remplissent la maison d'enfants, dont toujours sont plus pauvres sinon de cette bénédiction et grâce que le prophète royal David promet à ceux qui craignent Dieu, lequel pourvoit à tout de sa largesse et providence* Voilà aussi comment ils sont moins goutteux quant à la cause vénérienne et par même moyen font des enfants robustes et plus sains que les autres*

Donc l'heure la plus convenable est, après le premier sommeil, alors qu'on a contenté la nature et récupéré une bonne partie des esprits dissipés et que le corps a senti le profit des aliments pris pendant le jour* C'est alors le

moment de se tourner vers sa femme^ si Ton est poussé par Taiguillon de la chair, et, bientôt après, de se remettre à dormir, si Ton peut, sinon au moins se reposer au lit et se récréer en devisant ensemble joyeusement*

S*IL EST VRAI QU'UN HOMME VIEUX NE PUISSE ENGENDRER DES FILS ET DU SECOURS QUE LUI PEUT APPORTER SA FEMME EN CE BESOIN

CETTE proposition serait indigne de réfutation, vu qu'on voit plusieurs femmes enfanter mâles malgré que leur mari soit vieux, n'était le soupçon et le doute qu'on peut avoir s'ils sont bien légitimes et non empruntés à un jeune ami. Donc, pour sauver et défendre l'honneur des honnêtes femmes qui sont bien souvent soupçonnées d'avoir quelque gaillard à leur commandement, je suis contraint de renverser et rabattre cette fausse opinion des ignorants, lesquels sont persuadés qu'un vieillard est totalement inapte à engendrer des fils.

Il ne me servirait à rien de baser ma démonstration sur l'observation que plusieurs ont eu des fils l'an dernier et que leurs femmes

ont toujours vécu en très bonne réputation, pas même en en mettant le doigt au feu, assuré qu'il ne brûlerait pas à cause de la croyance qu'elles ont toujours été chastes et loyales envers leurs maris* Car ceux contre lesquels je dispute en douteront si bon leur sem.ble et diront qu'elles peuvent avoir été si discrètes, secrètes, accortes et rusées qu'on ne s'est aperçu qu'elles rompaient leur mariage. Ce qu'ils désirent savoir c'est la raison qui fait qu'un homm.e vieux (qui est communément froid, phlegmatique et catharreux) puisse engendrer un fils, car, pour les filles, on les lui accorde tant qu'il peut engendrer.

Je sais bien qu'il y a asse2; de méchantes femmes qui profanent le sacré mariage et n'ont pas honte d'aller au change. On dit assez qu'une femme de bon esprit n'est jamais en peine d'avoir un héritier, car si son mari est impuissant, elle se pourvoit d'un gentil compagnon qui l'accommode d'un fils. Or je ne parle point pour ces bagasses : je veux soutenir seulem.ent le parti des femmes de bien et ôter cette suspicion qu'on peut avoir d'elles à tort et sans cause.

Je réponds qu'un vieillard peut engendrer un fils pour deux raisons assez fréquentes. La première est que la jeunesse de la femme peut corriger et tempérer la semence du vieillard de sorte qu'elle deviendra apte à former un

corps mâle* Je veux encore que la femme tire sur Tâge : elle peut néanmoins être de telle complexion que sa matrice corrigera la froide semence de son mari*

Je viens à l'autre raison non moins fréquente^ à savoir la disposition du vieillard qui peut être saine et gaillarde ainsi qu'on voit des septuagénaires^ et encore de plus vieux, faisant des efforts corporels des bras et des jambes qu'un autre de quarante ans n'y pourrait parvenir* Pourquoi ne serait-il pas aussi vigoureux des parties génitales? Il y en a qui ont plus de force en quelque partie que dans d'autres* L'un est fort des bras et faible des jambes, l'autre est fort de tête comme un bœuf (encore qu'il n'ait point de cornes)* Pourquoi ne serait-il aussi quelqu'un plus fort de la braguette que des autres membres, de sorte que sa plus grande vigueur sera réduite là? Ne voit-on pas des vieillards fort roides, peu ou point catharreux ni phlegmatiques, bien colorés et en bon point? A quoi tient-il qu'ils n'aient quelque coup de semence bien chaude et sèche pour engendrer un fils?

Ajoutes; encore à ces raisons que le vieillard, plus sage et prudent qu'il n'a été en sa jeunesse, fait moins souvent ce métier-là depuis que la fureur juvénile a fait son temps* Il se contente le plus souvent de baiser, manier les tétins.

chatouiller le ventre de sa femme et autres caresses^ mignardises et entretiens amoureux* Au reste^ le calendrier est observé : c'est de non conjuguer les jours caniculiers, aux mois qui n^ont point de en temps

sec et, quand il gèle, aux quatre quartiers de^ la lune, tout le Carême et autres jours de jeûne, les fêtes de grande dévotion et celles de ^Notre-Dame et des autres vierges, des Apôtres, des saints martyrs, idem les vendredis et samedis qu'on ne mange pas de chair, tellement qu'il n'y a guère de jours bons pour lui (ou pour sa femme à mieux dire) que la veille des Rois, le jeudi et mardi gras, trois ou quatre jours après Pâques et la Saint-Martin*

D'où il s'ensuit que la semence, séjournant plus de temps en ses vaisseaux, est d'autant plus élaborée et digeste à un vieil homme qu'à un jeune. Et, de fait, on en voit asses; qui, ne faisant que des filles en premières années de leur mariage, font des fils en leurs dernières années. Pour ce que, quand les fers étaient plus chauds, ils ne cessaient de battre sur l'enclume et ne faisaient rien de parfait; depuis, battant au froid, ils font besogne plus serrée et de plus forte trempe.

Ainsi ne faut calomnier les femmes qui font des enfants mâles à leurs maris vieillards. Mais il faut qu'elles soient soigneuses de leur honneur, autrement, pour le peu d'occasion qu'elles donnent aux gens de penser qu'elles sont amoureuses, cela est tout persuadé.

COMMENT SE DOIT ENTENDRE QU'UNE HEURE PLUS TOT OU PLUS TARD FAIT QU'ON ENGENDRE FILS OU

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